La réconciliation palestinienne dans le doute

Un échange de tirs de mortier palestiniens, et... (Photo MAHMUD HAMS, Agence France-Presse)

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Un échange de tirs de mortier palestiniens, et de frappes de l'artillerie et de l'aviation israéliennes rappelle la précarité constante de la situation dans la bande de Gaza, qui a connu trois guerres depuis 2008.

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Joseph DYKE
Agence France-Presse
Gaza

Les groupes rivaux palestiniens ont assuré jeudi que le transfert de pouvoirs très attendu dans la bande de Gaza restait d'actualité, malgré son report de dernière minute sans le moindre plan pour sauver cette entreprise aux enjeux humains et politiques pourtant considérables.

Au même moment, un échange de tirs de mortier palestiniens, et de frappes de l'artillerie et de l'aviation israéliennes rappelait la précarité constante de la situation dans la bande de Gaza, qui a connu trois guerres depuis 2008.

L'armée israélienne a mené jeudi au moins six frappes contre des positions du Hamas et du Jihad islamique dans la bande de Gaza, en riposte à des tirs de mortier contre ses soldats de l'autre côté de la barrière de sécurité qui ferme hermétiquement les frontières israéliennes avec le territoire.

Les frappes israéliennes ont fait trois blessés, selon les secours palestiniens.

La persistance du conflit israélo-palestinien sert de toile de fond à l'entreprise de réconciliation en cours entre groupes rivaux palestiniens.

Les deux principales organisations palestiniennes, le Fatah et le Hamas, ont annoncé mercredi soir remettre au 10 décembre la passation de pouvoirs initialement prévue d'ici à vendredi à Gaza, confortant les nombreux sceptiques qui prédisent depuis le départ l'échec de cette énième tentative de rapprochement entre frères ennemis.

«Décision stratégique»

Le Hamas et l'Autorité ont assuré jeudi que le processus restait sur les rails.

Hassam Qassem, un porte-parole du Hamas, a persisté auprès de l'AFP à mettre en cause l'Autorité. Mais, a-t-il assuré, «la réconciliation n'a pas échoué et n'échouera pas (...) Nous avons pris une décision stratégique et nous nous y tiendrons».

«La réconciliation ne s'est pas effondrée», a abondé sous le couvert de l'anonymat un haut responsable de l'Autorité.

Les analystes s'attendent dans le meilleur des cas à un processus long, jalonné de heurts, dans le pire à un fiasco. Pour les Gazaouis eux-mêmes, après l'espoir des premiers jours, ces atermoiements sont de mauvais augure.

«Tout le monde veut que ça marche», dit Abdul Latif Abu Abdo, 45 ans, vendeur de légumes sur un marché animé de Gaza, «mais on nous ment des deux côtés. Il ne s'est pas trouvé un responsable pour nous dire où était l'erreur. Le Fatah ne veut pas que ça marche, le Hamas ne veut pas que ça marche, les pays arabes et Israël non plus».

Le mouvement islamiste Hamas avait accepté le 12 octobre au Caire de rétrocéder d'ici à vendredi les pouvoirs dans la bande de Gaza à l'Autorité palestinienne, qu'il avait évincée par la force en 2007.

Le Hamas, considéré comme «terroriste» par Israël, les États-Unis ou l'Union européenne et ostracisé par une partie de la communauté internationale, gouvernait depuis sans partage l'enclave coincée entre Israël, Égypte et Méditerranée.

L'Autorité internationalement reconnue et censée préfigurer un État palestinien indépendant ne gouvernait plus, avec les restrictions imposées par l'occupation israélienne qu'à des fragments de Cisjordanie, séparée de la bande de Gaza par le territoire israélien.

Le rôle égyptien

Le retour annoncé de l'Autorité à Gaza a fait naître l'espoir de jours meilleurs chez des Gazaouis éprouvés par les guerres, la pauvreté et l'enfermement causé par les blocus israélien et égyptien. L'ONU veut croire prudemment en une chance de ranimer le processus de paix moribond avec Israël.

Le transfert a calé dès qu'il s'est agi de le mettre en oeuvre sur le terrain, quand des fonctionnaires appelés par l'Autorité à reprendre leur poste après des années d'inactivité se sont retrouvés bloqués à l'entrée des ministères de Gaza par les délégués syndicaux proches du Hamas.

La question des fonctionnaires n'est que l'un des écueils sur la voie de la réconciliation. L'Autorité exige un contrôle total de la sécurité dans le territoire. Le Hamas, dont le bras militaire est réputé fort de 25 000 hommes et de milliers de roquettes, refuse de rendre les armes.

Le président de l'Autorité palestinienne Mahmoud Abbas n'a par ailleurs toujours pas levé les sanctions financières imposées en 2017 pour forcer la main du Hamas.

Le professeur d'université et ancien ministre de l'Autorité, Ghassan al-Khatib, doute que le Hamas et le Fatah parviennent à surmonter leurs différends en dix jours. «Ce qui est le plus probable, c'est que, dans dix jours, ils annoncent des progrès partiels, ou bien qu'ils annoncent un nouveau report», dit-il.

Les analystes prêtent au voisin égyptien un rôle prépondérant, en fonction de sa détermination à voir réussir le processus. Une délégation égyptienne restera à Gaza jusqu'au transfert de pouvoirs, a assuré un haut responsable de l'Autorité.




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