Irak: le Kurdistan dans l'attente d'un «oui» massif au référendum

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Si le résultat du scrutin ne fait aucun doute, la majorité des Kurdes étant acquis au «oui», leur rêve d'indépendance chéri depuis un siècle ne devrait pas devenir réalité dans un futur proche.

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Linda ABI ASSI, Salam FARRAJ
Agence France-Presse
Erbil, Bagdad

Une victoire massive du «oui» au référendum d'indépendance est attendue au Kurdistan irakien tandis qu'à Bagdad le gouvernement fédéral préparait mardi sa riposte.

Cette consultation, une décision unilatérale prise par le président du Kurdistan Massoud Barzani, s'est tenue lundi non seulement dans cette région autonome du nord de l'Irak --qui comprend les provinces d'Erbil, Souleimaniyeh et Dohouk--, mais aussi dans des zones que se disputent les Kurdes et le gouvernement central.

Après les festivités de lundi, la vie quotidienne a repris ses droits mardi à Erbil, capitale du Kurdistan. «Je ne souhaite que du bien au peuple kurde. Si Dieu le veut, la situation va s'améliorer et nous allons trouver une sorte de stabilité», a affirmé Kamal, la quarantaine, qui faisait des courses en face de la citadelle.

Si le résultat du scrutin ne fait aucun doute, la majorité des Kurdes étant acquis au «oui», leur rêve d'indépendance chéri depuis un siècle ne devrait pas devenir réalité dans un futur proche.

Massoud Barzani a en effet affirmé que ce vote ne serait pas aussitôt suivi d'une déclaration d'indépendance, mais marquerait le début de «discussions sérieuses» avec Bagdad, pour régler les contentieux.

Mais ces discussions promettent d'être tendues et le risque d'escalade est grand face au refus du pouvoir central de voir l'Irak amputé de sa région nord. Le président irakien Haider al-Abadi a dénoncé une «décision unilatérale affectant l'unité de l'Irak».

Déploiement de forces?

Le député chiite Ali al-Alaq a indiqué à l'AFP que M. Abadi serait mercredi au Parlement «pour discuter des décisions qu'il entend prendre dans cette crise avec le Kurdistan».

Lundi, le Parlement de Bagdad a voté une résolution «exigeant du commandant en chef de l'armée (M. Abadi) de déployer des forces dans toutes les zones» disputées, qui n'a pas encore été appliquée.

Outre Kirkouk sont visés des secteurs des provinces de Ninive, Dyala et Salaheddine. La plupart avaient été conquises par les peshmergas, les combattants kurdes, en 2014, à la faveur du chaos qui a régné dans le pays après l'offensive des jihadistes du groupe État islamique (EI).

«Le gouvernement irakien va prendre son temps avant de prendre des décisions en tenant compte de l'avis notamment des chefs militaires, car la priorité actuellement pour l'Irak, c'est la guerre contre Daech» (acronyme arabe du groupe État islamique), a estimé Issam al-Fayli, professeur de Sciences politiques de l'Université de Bagdad.

«Il y aura peut-être certains incidents mineurs, mais la crise devrait en fin de compte rester sous contrôle», a-t-il dit à l'AFP.

Dans la province disputée de Ninive, des habitants de Hamdaniyé ont été maltraités lundi à un barrage de miliciens de Hachd al-Chaabi, une force paramilitaire alliée au pouvoir central.

«Ils ont examiné nos doigts, et ceux qui avaient de l'encre ont été humiliés», a dit un habitant. Chaque votant devait tremper l'index dans l'encre pour éviter des fraudes.

À l'étranger, ce scrutin est largement critiqué.

Les États-Unis se sont dits «profondément déçus» de la décision d'Erbil de maintenir ce référendum «unilatéral», craignant qu'il «augmente l'instabilité» de la région.

«Compromis»

Cette consultation a également été rejetée par la Turquie, la Syrie et l'Iran, trois pays voisins comptant des minorités kurdes.

Tout en rejetant catégoriquement un référendum d'indépendance semblable organisé en Syrie, le ministre syrien des Affaires étrangères Walid Mouallem a affirmé lundi soir que Damas était prêt à discuter d'«autonomie» avec les Kurdes de son pays.

Les Kurdes en Syrie ont affiché lundi leur solidarité avec leurs frères irakiens avec des célébrations à Qamishli (nord-est).

Le chef de l'ONU Antonio Guterres s'est dit de nouveau «préoccupé» par le risque de déstabilisation, appelant «à des compromis».

Plus de 3,3 millions de personnes se sont rendues aux urnes lundi, soit 72,16% des inscrits, selon la commission électorale. Mais dans la région de Souleimaniyeh, fief de l'Union patriotique du Kurdistan (UPK), parti rival de Massoud Barzani, ce taux a été de 50% seulement.

L'UPK avait proposé en vain au président kurde de repousser le scrutin et d'engager des négociations avec Bagdad sous les auspices de l'ONU.

Dans la province disputée de Kirkouk située hors du Kurdistan, l'affluence a été nombreuse dans les quartiers kurdes.

Craignant d'éventuelles violences, «un couvre-feu total» a été imposé lundi soir dans le centre de Kirkouk et les quartiers arabes et turkmènes.

Une source policière a indiqué qu'il avait été levé mardi matin et que la vie avait repris normalement.




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