L'Afghanistan demande des sanctions après le carnage de Mazar-è-Charif

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La plupart des corps ont été renvoyés aux familles dans leur région d'origine.

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Hamid Fahim
Agence France-Presse
MAZAR-I-SHARIF

Les familles endeuillées enterraient leurs fils, dimanche, après le carnage des talibans dans une base militaire du nord de l'Afghanistan qui a fait 130 morts au moins et face à ce nouveau désastre, le pays réclame que des têtes tombent.

Le bilan reste flou deux jours après la tuerie survenue vendredi à l'heure de la prière: la presse afghane s'accorde sur plus de 130 morts et quelques dizaines de blessés sévèrement atteints, faute de données officielles du gouvernement qui a décrété une journée de deuil national.

La plupart des corps ont été renvoyés aux familles dans leur région d'origine. Mais certaines sont injoignables et les dépouilles sont ensevelies près de la base sous haute surveillance, a constaté l'AFP.

Les autorités s'en tiennent officiellement depuis 24 heures à «plus de cent tués et blessés», bilan de plus de cinq heures de carnage contre des soldats fauchés à la mosquée ou au réfectoire, désarmés, par dix hommes en uniforme, arrivés à bord de camions militaires avec fusils mitrailleurs et vestes explosives.

«Le président (Ashraf Ghani) a ordonné une enquête minutieuse. Une équipe spécialisée a été formée à cet effet et partagera ses conclusions avec la nation» a indiqué dimanche le porte-parole de la présidence, Shah Hussain Murtazawi.

«Le bilan sera communiqué à l'issue» de ces travaux. Selon lui «certains corps n'ont pu être identifiés en raison de la puissance des explosions».

Deux kamikazes ont notamment déclenché leurs charges dans la mosquée pendant la prière.

En attendant, le décompte des victimes - pour la plupart de jeunes recrues à l'entraînement arrivées des provinces du nord-est et d'Uruzgan (centre) - va jusqu'à 160, selon les médias citant des sources militaires à l'intérieur de la base du 209e Corps d'armée, à une quinzaine de kilomètres de Mazar-è-Charif.

Les talibans pour leur part revendiquent «500 tués», mais sont coutumiers des bilans hypertrophiés.

L'incapacité des responsables et des services de renseignement à protéger leurs forces armées au sein même d'une base militaire suscite rancoeur et indignation.

«Négligence»

«Mon frère était marié depuis quatre mois et le voilà mort», sanglote Qari Ahmadullah dont le frère était l'imam de la base.

Sur les réseaux sociaux que la société civile afghane utilise pour se faire entendre, il s'agit surtout de demander des comptes: «qui va démissionner après le désastre de Mazar? Le ministre de la Défense, le vice-ministre ou quelque lampiste?» demande ainsi sur Twitter «Badloon», un analyste politique engagé dans les mouvements de jeunesse.

Beaucoup réclament la démission du ministre de la Défense Abdullah Habibi et celle du commandant du 209e Corps d'armée pour «négligence»: «nous n'avons pas besoin de deuil national», «que fait le gouvernement pour empêcher ces atrocités à part condamner?».

«Nous avons toujours pensé être à l'abri parce que notre maison est près de la base», raconte Faiz Mohammad, en marge des funérailles. «Mais nous sommes sous le choc, comment est-ce que ça peut se produire sur une cette base?»

Pour Atiqullah Amarkhail, analyste joint par l'AFP, le désastre de Mazar-è-Charif est d'abord imputable au «fiasco total des services de renseignements qui se répète. Nous sommes face à une guérilla avec des combattants qui attaquent par petits groupes et causent d'énormes dégâts. On devrait apprendre à contrer leurs tactiques».

«Les tactiques d'assaut ont changé en Afghanistan» a aussi estimé le porte-parole de la présidence, Shah Hussain Murtazawi: «il y a deux ans les talibans faisaient leur possible pour prendre une capitale provinciale, mais ils ont échoué. Maintenant ils s'en prennent à des cibles molles». Une thèse contestable dans le cas d'un vaste complexe militaire, base-arrière de neuf provinces du nord/nord-est.

Le mois dernier, le plus grand hôpital militaire du pays, au coeur de Kaboul, avait subi l'assaut de plus d'une dizaine de terroristes pendant plus de six heures avec, comme à Mazar, des accusations portant sur des complicités au sein de l'établissement.

Là encore le bilan officiel a été arrêté à une cinquantaine de tués contre toute vraisemblance, des rescapés et des sources de sécurité avançant plus du double. Le Parlement avait tenté de démettre les ministres de l'Intérieur et de la Défense, ainsi que le patron du NDS, les services de renseignement. Mais ils sont toujours en place.




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