Israël en finit avec la colonie emblématique d'Amona en Cisjordanie

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Les policiers étaient parvenus, à grand-peine, et dans les cris et les larmes des occupants, à évacuer la quasi-totalité des dizaines de préfabriqués dans lesquels s'étaient installés les colons depuis la fin des années 1990, en haut d'une colline pelée et venteuse, présumée biblique.

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Joseph DYKE, Laurent LOZANO
Agence France-Presse
Amona et Jérusalem

Des centaines de policiers israéliens ont extrait de force jeudi des colons retranchés dans la synagogue de la colonie d'Amona en Cisjordanie occupée, épilogue d'un psychodrame qui a poussé le gouvernement à promettre la création d'une nouvelle implantation, la première depuis 25 ans.

Les policiers se sont démenés pendant des heures pour forcer les accès du lieu de prière et achever la vaste opération lancée la veille pour faire partir les 200 à 300 habitants de cette colonie vouée à la démolition sur ordre de la Cour suprême.

Retransmise par les chaînes israéliennes, l'évacuation théâtrale a constitué le point d'orgue d'une bataille de plusieurs années aux lourds enjeux humains, politiques et diplomatiques.

Il a fallu longtemps aux policiers pour venir à bout des plaques de métal et des madriers placés derrière portes et fenêtres, en se protégeant derrière des boucliers contre les crachats, les substances caustiques et les projectiles lancés par les interstices.

À l'intérieur, des dizaines de jeunes hommes regroupés autour de deux rabbins faisaient barrage de leurs corps. Les policiers ont fini par attaquer les parois et les ouvertures du préfabriqué à la scie circulaire. Enfin dans la place, ils ont extirpé les irréductibles un à un par les bras et les pieds.

Beaucoup étaient des adolescents venus des colonies environnantes avec la conviction inébranlable que ces terres de Cisjordanie, territoire palestinien occupé par Israël depuis 1967, sont israéliennes selon la Bible, quoi qu'en disent les juges, les Palestiniens ou la communauté internationale.

«Nous partons le coeur brisé», a dit l'un des rabbins, Yair Frank, «nous avons agi pour la terre d'Israël et le peuple d'Israël».

La veille, les policiers s'étaient empoignés avec des centaines de jeunes les accusant de trahir le peuple juif, dans une confusion de cris, de chants et occasionnellement de jets de pierres.

Les policiers étaient parvenus, à grand-peine, et dans les cris et les larmes des occupants, à évacuer la quasi-totalité des dizaines de préfabriqués dans lesquels s'étaient installés les colons depuis la fin des années 1990, en haut d'une colline pelée et venteuse, présumée biblique.

Les colons vainqueurs «par KO»

«Huit policiers ont été blessés (jeudi), 24 hier. 14 personnes ont été arrêtées (jeudi). On compte les arrestations pour aujourd'hui. Le but était d'évacuer la zone, c'est chose faite», a dit à l'AFP un porte-parole de la police Micky Rosenfeld.

Amona devrait être démolie la semaine prochaine, a-t-il dit.

À la différence d'Israël, l'ONU considère toutes les colonies comme illégales et comme un obstacle à la paix, toujours insaisissable entre Israéliens et Palestiniens.

L'évacuation d'Amona pourrait rester comme le début de ce que le ministre israélien de la Défense Avigdor Lieberman a qualifié de «nouvelle époque» pour la colonisation.

Le premier ministre Benyamin Nétanyahou a annoncé mercredi soir la formation d'un groupe chargé de rechercher rapidement un terrain pour ce qui serait une nouvelle colonie pour les gens d'Amona.

«Nous établirons une nouvelle colonie sur des terres de l'État» a tweeté M. Nétanyahou jeudi, «nous ferons en sorte que cela se produise le plus vite possible».

La colonisation s'est poursuivie sous tous les gouvernements israéliens depuis 1967. Mais aucun n'avait officiellement annoncé de nouvelle colonie depuis 1992, avant les accords d'Oslo sur l'autonomie palestinienne, a dit à l'AFP Hagit Ofran, de l'organisation anticolonisation la Paix maintenant.

C'est une «décision très grave», a ajouté Mme Ofran, tout en précisant que le relatif moratoire observé depuis 1992 n'avait pas empêché la colonisation. Soit Israël construisait à l'intérieur de colonies existantes, soit il reconnaissait rétroactivement des colonies dépourvues de son approbation officielle.

Amona, qui était l'une de ces colonies «sauvages», a cristallisé la problématique de la colonisation à un moment charnière. Elle a servi l'agenda du lobby des colons, jusqu'au sein du gouvernement, et inspiré une proposition de loi qui permettrait de reconnaître 55 colonies «sauvages».

Tourmenté par sa droite et par les enquêtes de police, M. Nétanyahou s'est engouffré dans l'espace ouvert par l'avènement de Donald Trump, jetant aux orties la relative retenue qu'il était forcé d'observer, selon lui, sous la pression «énorme» de l'administration Obama.

Depuis le 20 janvier, Israël a annoncé la construction de plus de 6000 logements de colonisation. Sans s'être installé dans le coeur des Israéliens, «le mouvement des colons (qui fêtera son 50e anniversaire dans cinq mois) a gagné par KO la guerre» dans le débat public, écrivait le quotidien Maariv.




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