Yemen: un cessez-le-feu poussé par l'ONU

Un raid mené par la coalition saoudienne frappe... (photo Hani Mohammed, AP)

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Un raid mené par la coalition saoudienne frappe ce qui est présenté comme étant l'un des plus grands dépôts d'armes des rebelles Houthis, en banlieue de Sanaa, le 14 octobre. Un cessez-le-feu doit entrer en vigueur mercredi à 23 h 59 locales.

photo Hani Mohammed, AP

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Agence France-Presse
Aden

Un cessez-le-feu de 72 heures initié par les Nations unies est entré en vigueur comme prévu mercredi vers minuit au Yemen, après un nouvel embrasement dans ce pays ravagé par 18 mois de guerre.

Le cessez-le-feu est officiellement entré en vigueur à 23h59 locales. Peu auparavant, la coalition arabe et les rebelles avaient tour à tour annoncé cesser les hostilités tout en menaçant de riposter en cas de violation de la trêve.

Dans un communiqué, la coalition arabe a ainsi affirmé «cesser les opérations militaires» tout «en maintenant le blocus» et «les vols de reconnaissance des mouvements des Houthis et de leurs alliés», les forces fidèles à l'ex-président Ali Abdallah Saleh.

Elle a également souligné que la trêve devrait donner lieu à un accès humanitaire aux zones encerclées par les rebelles, dont la ville de Taëz (sud-ouest), selon le communiqué publié par l'agence officielle saoudienne Spa.

Pour sa part, un porte-parole des forces progouvernementales a déclaré «respecter la trêve» mais aussi «se réserver le droit de riposter en cas de sa violation».

A Sanaa, le porte-parole militaire des rebelles, le général Sharaf Lokman, a affirmé dans un communiqué «respecter le cessez-le-feu dans le temps imparti dès lors que l'ennemi s'y conforme totalement aux plans terrestre, naval et aérien».

Cette trêve renouvelable, annoncée lundi par le médiateur de l'ONU Ismaïl Ould Cheikh Ahmed, est la sixième tentative de cesser les hostilités entre les rebelles chiites Houthis et les forces progouvernementales depuis l'intervention en mars 2015 au Yémen d'une coalition arabe sous commandement saoudien.

Des experts estiment cependant que cette trêve a plus de chances de tenir en raison de fortes pressions internationales sur les belligérants et du prix élevé qu'ils payent dans cette guerre.

«Fin de l'agression» 

À l'approche du cessez-le-feu, des combats et des raids aériens ont fait mercredi des dizaines de morts, principalement dans le nord, près de la frontière saoudienne.

Un communiqué des forces progouvernementales a donné un bilan partiel de 30 rebelles et de 5 loyalistes tués. Ce bilan n'a pas pu être confirmé dans l'immédiat.

La trêve intervient dans un contexte d'enlisement du conflit qui a fait 6900 morts, 35 000 blessés, déplacé trois millions de personnes et dévasté l'économie d'un pays considéré avant même les hostilités comme le plus pauvre de la Péninsule arabique.

La guerre actuelle oppose depuis mars 2015 le gouvernement yéménite, reconnu internationalement et soutenu par une coalition militaire arabe sous commandement saoudien, à des rebelles chiites Houthis, accusés de liens avec l'Iran et qui contrôlent la capitale Sanaa et de vastes régions du nord, de l'ouest et du centre.

Cette sixième tentative de cessez-le-feu suit une escalade marquée par une énorme bavure de l'aviation de la coalition, qui a coûté la vie à 140 personnes et blessé 525 autres le 8 octobre à Sanaa.

Le conflit a connu un autre développement majeur: des tirs de missiles contre des navires de l'US Navy en mer Rouge et une riposte américaine contre des batteries de radar en zone rebelle.

La communauté internationale - Washington en tête - a multiplié les pressions sur les belligérants: le gouvernement du président Abd Rabbo Mansour Hadi, soutenu par la coalition de pays arabo-sunnites, et les Houthis pro-iraniens, alliés aux forces de l'ex-chef d'État Ali Abdallah Saleh.

Mardi, le secrétaire d'État américain John Kerry a demandé non seulement le respect de la trêve mais aussi son renouvellement sans conditions.

Mais le gouvernement Hadi a posé comme conditions la mise en place d'un comité d'observation de la trêve, la fin du siège de Taëz, grande ville du sud-ouest encerclée par les rebelles, et la distribution sans entrave de l'aide humanitaire.

Les rebelles s'étaient dits prêts à «un cessez-le-feu durable, global et sans conditions, qui garantira la fin de l'agression (...), et la levée du blocus imposé» par la coalition.

Paix possible

Les chances d'une trêve durable semblent réelles, affirme l'analyste Mustafa Alani.

«Les grandes puissances sont impliquées cette fois avec les États-Unis et la Grande-Bretagne qui exercent des pressions sur les parties», a-t-il expliqué à l'AFP.

«En même temps, (les belligérants) sont épuisés en raison du coût humain et financier du conflit. Les parties pensent qu'elles ne peuvent plus le gagner militairement», poursuit ce spécialiste des questions de sécurité au Gulf Research Center basé à Genève.

Moins d'une heure après l'entrée en vigueur de la trêve, des actes de violences se sont cependant poursuivis notamment autour de Taëz, dont certains quartiers ont été bombardés par les rebelles, provoquant des accrochages avec les forces loyalistes, ont rapporté des sources militaires et des habitants.

Des positions des pro-Hadi ont également essuyé des tirs à Sarwah, dans la province dans Marib, à l'est de Sanaa, selon les sources militaires loyalistes.

M. Kerry, dont le pays est l'allié de l'Arabie saoudite mais qui la critique sur les victimes civiles de la guerre au Yémen, a souligné que la trêve est essentielle pour «conclure un règlement négocié».

Le cessez-le-feu «doit être la première étape vers la reprise des négociations sous les auspices de l'Onu», a estimé la chef de la diplomatie de l'UE, Federica Mogherini.

Pour M. Alani, une possibilité de compromis existe autour de la résolution 2216 (avril 2015) du Conseil de sécurité de l'ONU.

Ce texte, accepté par M. Hadi, engage les rebelles à se retirer des zones qu'ils ont prises, à remettre les armes et à commencer des discussions politiques. Les Houthis insistent quant à eux sur un dialogue politique sans conditions.

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