Arabie saoudite: une «esclave» risque la décapitation

Mbayang Diop, divorcée et mère d'un garçon de... (Photo tirée de Twitter)

Agrandir

Mbayang Diop, divorcée et mère d'un garçon de 3 ans, a quitté le Sénégal en mai pour aller travailler comme domestique en Arabie saoudite. En juin, lors d'une violente dispute, elle aurait poignardé la femme chez qui elle travaillait, un geste de légitime défense, disent ses proches.

Photo tirée de Twitter

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

Des passeurs lui avaient fait miroiter un salaire mensuel d'environ 1300 $ pour travailler comme domestique en Arabie saoudite.

Mbayang Diop, divorcée et mère d'un garçon de 3 ans, vivant en banlieue de Dakar, a sauté sur l'occasion, comme tant d'autres de ses compatriotes.

Elle a quitté le Sénégal en mai, mais elle a vite été victime de mauvais traitements, a raconté son frère Mamadou Diop à la radiotélévision publique britannique BBC. En juin, lors d'une violente dispute, elle aurait poignardé la femme chez qui elle travaillait, un geste de légitime défense, disent ses proches.

Accusée de meurtre, elle est détenue et risque la décapitation.

Esclavage contemporain

Mbayang Diop est « victime » d'une « forme contemporaine d'esclavage », s'insurge Alioune Tine, directeur de la section Afrique de l'Ouest et du Centre chez Amnistie internationale, que La Presse a joint par téléphone au Sénégal.

Le défenseur des droits de la personne évoque « des circuits » de passeurs sénégalais, qui « font miroiter de l'argent » aux femmes - mais aussi aux hommes, dans certains cas - pour les convaincre de partir travailler à l'étranger, où ils sont exploités.

« Souvent, elles ne sont même pas payées durant deux mois ou trois mois », explique-t-il, ajoutant que leurs passeports sont confisqués et qu'elles sont victimes de chantage.

Certaines subissent aussi des viols ou d'autres formes de sévices.

« Elles sont dans des situations de vulnérabilité énorme, c'est ça qui cause la révolte qui aboutit à ces tragédies. »

L'attrait de l'Arabie saoudite, mais aussi du Qatar, est « très récent » au Sénégal, souligne Alioune Tine.

« Au départ, c'étaient les Éthiopiennes [qui y allaient], mais maintenant, ça touche aussi l'Afrique de l'Ouest », affirme-t-il, incluant ce fléau dans le problème plus large des migrants. « C'est de la migration économique, tout ça est lié, dit-il. C'est lié au chômage qui sévit. »

C'est ce qui explique « l'indignation générale » devant le cas de Mbayang Diop, croit-il. « Au Sénégal, les gens sont écorchés à vif [...] et sont particulièrement indignés, car la vie des domestiques, c'est vraiment la galère », lance-t-il.

Amnistie internationale souligne que de nombreuses travailleuses domestiques étrangères se sont retrouvées dans les couloirs de la mort en Arabie saoudite, notamment l'Indonésienne Siti Zainab Binti Duhri Rupa, qui a été exécutée l'an dernier alors qu'elle souffrait possiblement de déficience intellectuelle, selon l'organisation.

Manifestations et visites diplomatiques

La mobilisation en faveur de Mbayang Diop prend ainsi de l'ampleur au Sénégal : une pétition a été lancée et des manifestations ont été organisées, dont une, lundi, devant la Grande Mosquée de Dakar.

Plusieurs organisations et personnalités de la société civile réclament son rapatriement, afin qu'elle évite l'exécution et qu'elle purge sa peine au Sénégal.

La visite, jeudi à Dakar, du ministre saoudien des Affaires étrangères, Adel Al-Jubeir, a suscité l'espoir des Sénégalais, même si rien n'a filtré de sa rencontre avec le président sénégalais Macky Sall.

La veille, l'ambassadeur sénégalais en Arabie saoudite avait rendu visite à Mbayang Diop, qui est détenue à la prison des femmes de Fayçaliyah, à 450 km de la capitale, Riyad, a rapporté dans un communiqué le ministère sénégalais des Affaires étrangères, précisant que les conditions de détention de la jeune femme étaient « correctes ».

Stéphane Dion a «abordé» le cas de Badawi en Arabie Saoudite

Le ministre des Affaires étrangères du Canada, Stéphane Dion, a « abordé » le cas de Raif Badawi lors d'un séjour en Arabie saoudite en mai dernier, a indiqué vendredi à La Presse son attachée de presse, Chantal Gagnon.

Le blogueur saoudien, dont la femme et les enfants vivent au Québec, croupit derrière les barreaux depuis maintenant plus de quatre ans. La visite du ministre Dion était passée inaperçue dans les médias québécois, mais le ministre avait publié une photo sur les réseaux sociaux le montrant en compagnie du roi Salmane. Il n'a pas été possible de savoir si le ministre Dion a parlé de Raif Badawi directement au monarque saoudien.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer