Des milliers de Palestiniens sur l'esplanade des Mosquées malgré les restrictions

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Le vaste parvis était noir de monde autour du Dôme du rocher et de la mosquée al-Aqsa.

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Sarah BENHAIDA
Agence France-Presse
JÉRUSALEM

Des dizaines de milliers de Palestiniens se sont pressés sur l'esplanade des Mosquées à Jérusalem-Est pour la prière du premier vendredi du ramadan, malgré de nouvelles restrictions annoncées par Israël après un attentat meurtrier.

Deux jours après l'attaque la plus meurtrière commise par des Palestiniens contre des Israéliens depuis des mois, Israël a annoncé vendredi le bouclage des Territoires palestiniens de Cisjordanie et de la bande de Gaza jusqu'à dimanche minuit, soulevant l'inquiétude de la communauté internationale.

Deux exceptions ont toutefois été faites, pour les urgences humanitaires et pour les fidèles qui se rendaient vendredi à l'esplanade des Mosquées. Mais dans les faits, les autorités ont là aussi imposé des limites: les hommes en dessous d'un certain âge (30, 35 ou 45 ans selon des sources israéliennes discordantes) étaient interdits de franchir les points de contrôle. Les femmes et les enfants, eux, pouvaient passer sans restriction.

Israël n'a pas voulu trop serrer la vis à un moment où les Palestiniens célèbrent le mois sacré du jeûne musulman et accordent beaucoup d'importance à la possibilité d'aller prier sur le troisième lieu saint de l'islam situé à Jérusalem-Est, partie palestinienne de Jérusalem annexée et occupée par Israël.

Personne ne sortait cependant de la bande de Gaza, l'enclave séparée de Jérusalem et de la Cisjordanie par le territoire israélien et sous blocus permanent. En 2015, 500 pèlerins gazaouis avaient fait le voyage selon un chiffre officiel israélien.

Il était difficile d'établir si les mesures annoncées jeudi et vendredi avaient ou non tiré vers le bas l'affluence sur l'esplanade.

Si près, si loin

Avec 100 000 fidèles, le nombre a diminué de plus de moitié par rapport à 2015, a dit à l'AFP cheikh Azzam Khatib, le chef de la fondation islamique qui administre le site. La porte-parole de la police israélienne Luba Samri s'est contentée de parler de plusieurs dizaines de milliers de personnes. Elle citait le chiffre de 80 000 en 2015.

Surveillé par les ballons d'observation et survolé par les hélicoptères, le vaste parvis était noir de monde autour du Dôme du rocher et de la mosquée al-Aqsa. Les policiers israéliens s'étaient déployés en nombre dans la vieille ville que surplombe l'esplanade.

Les Palestiniens accueillent les mesures annoncées par Israël avec un mélange de déjà-vu et ressentiment face à qui relève selon eux du châtiment collectif et d'un empiètement israélien sur l'esplanade.

«Il est vrai que nous ne vivons pas loin d'al-Aqsa, mais nous avons l'impression d'en être très éloignés à cause des points de contrôle et des obstacles que l'occupant met sur notre route», disait Jannat Khaled, 48 ans, parmi les milliers de Palestiniens qui franchissaient le point de passage de Qalandia pour aller prier à midi à Jérusalem.

Symbole national et religieux intangible pour les Palestiniens, l'esplanade est sous la garde de la Jordanie pour des raisons historiques. Mais Israël en contrôle tous les accès. Elle est aussi un lieu saint pour les juifs qui la vénèrent comme le mont du Temple, mais n'ont pas le droit d'y prier.

L'esplanade catalyse de manière chronique les tensions entre Palestiniens et Israéliens.

Inquiétude onusienne

Le bouclage des Territoires est une réponse supplémentaire à l'attentat dans lequel deux Palestiniens ont tué quatre Israéliens mercredi à Tel-Aviv.

Israël a annoncé jeudi l'annulation de dizaines de milliers de permis d'entrer sur son territoire accordés à des Palestiniens pour leur permettre de retrouver les leurs ou aller prier à al-Aqsa.

L'armée a annoncé l'envoi de centaines de soldats supplémentaires en Cisjordanie. La localité de Yatta (sud de la Cisjordanie), d'où sont originaires les auteurs de l'attentat, a été bouclée.

Le Haut-Commissariat de l'ONU aux droits de l'homme a condamné l'attentat. Mais il s'est aussi dit «profondément inquiet» de la réponse israélienne qui inclut des mesures pouvant tenir de la «punition collective» et ne fera qu'«accroître le sentiment d'injustice» des Palestiniens.

Le département d'État américain a dit «espérer» qu'Israël prendrait des mesures «destinées à ne pas augmenter encore davantage la tension».

Israël, Jérusalem et les Territoires palestiniens sont en proie à des violences qui ont coûté la vie à 207 Palestiniens, 32 Israéliens, deux Américains, un Érythréen et un Soudanais depuis le 1er octobre, selon un décompte de l'AFP. La plupart des Palestiniens tués sont les auteurs ou auteurs présumés d'attaques.

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