Israël: l'ultranationaliste Lieberman entre au gouvernement

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«La première chose à laquelle je m'engage, c'est une politique responsable, raisonnable», a dit M. Lieberman (à gauche) devant la presse alors qu'il officialisait l'accord avec M. Nétanyahou (à droite).

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Jonah MANDEL
Agence France-Presse
JÉRUSALEM

Le premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou a conclu mercredi un accord sur l'entrée dans son gouvernement de l'ultranationaliste Avigdor Lieberman qui a promis de se montrer «responsable», face aux interrogations sur un durcissement de la politique vis-à-vis des Palestiniens.

Après une semaine de laborieuses discussions, les alliés de MM. Nétanyahou et Lieberman se sont entendus pour que ce dernier prenne le poste crucial de ministre de la Défense, qui supervise les Territoires palestiniens occupés. Un autre membre de sa formation Israël Beiteinou, Sofa Landver, deviendra ministre de l'Intégration. Leur investiture doit avoir lieu la semaine prochaine.

Le remaniement porte de 61 voix à 66 la majorité de M. Nétanyahou au Parlement, où siègent 120 élus. Il fait de ce gouvernement le plus à droite de l'histoire d'Israël selon les commentateurs.

Le premier ministre cherchait à élargir son gouvernement depuis sa victoire aux législatives de mars 2015 qui lui avait accordé une majorité parlementaire d'une seule voix. La nécessité d'étendre son assise semble s'être faite plus urgente avec un surcroît attendu de pressions internationales et peut-être américaines pour notamment une relance des efforts de paix.

Dans une rare critique publique sur la politique israélienne, l'allié américain a estimé que le nouveau gouvernement de droite soulevait des «interrogations légitimes sur la direction» qu'il «pourrait prendre et quel genre de politiques il pourrait adopter» à l'égard des Palestiniens.

Depuis l'échec en 2014 de la médiation américaine dans les négociations de paix israélo-palestiniennes, notamment en raison de la colonisation israélienne, les relations entre les deux alliés se sont refroidies.

«Escalade de l'extrémisme»

M. Lieberman, connu pour ses diatribes anti-arabes et son populisme belliqueux, est une figure détestée des Palestiniens.

«Ce gouvernement représente une vraie menace d'instabilité et d'extrémisme dans la région», a déclaré à l'AFP Saëb Erakat, numéro deux de l'Organisation de libération de la Palestine (OLP).

Quant au mouvement islamiste Hamas au pouvoir à Gaza, il a dénoncé dans le retour de M. Lieberman «une escalade dans le racisme et l'extrémisme».

Face à la possibilité d'un durcissement de la politique israélienne à l'encontre des Palestiniens avec son arrivée à la Défense, M. Lieberman s'est employé à dissiper les inquiétudes.

«La première chose à laquelle je m'engage, c'est une politique responsable, raisonnable», a-t-il dit devant la presse alors qu'il officialisait l'accord avec M. Nétanyahou.

Ce dernier a signifié que le retour de celui qui fut son mentor puis son ministre des Affaires étrangères (2009-2012 et 2013-2015) ne changerait pas les orientations gouvernementales.

«Nous allons continuer à préserver la sécurité des Israéliens, et nous le ferons avec détermination et sens des responsabilités», a assuré M. Nétanyahou. «Mon gouvernement continuera a chercher à parvenir à la paix avec les Palestiniens et avec tous nos voisins».

Avant d'engager les négociations avec M. Nétanyahou, M. Lieberman accusait le gouvernement de manquer de fermeté face aux attaques palestiniennes et de ne pas construire dans les grands blocs de colonies de Cisjordanie, territoire palestinien occupé depuis 1967.

Conditions

Agé de 57 ans, M. Lieberman remplace à la Défense Moshé Yaalon, considéré en Israël comme un avocat de la retenue envers les Palestiniens.

A la différence de plusieurs autres membres d'un gouvernement qui fait la part belle aux nationalistes religieux et à la droite du Likoud, M. Lieberman n'est pas hostile à la création d'un Etat palestinien. Mais il défend un échange de territoires qui ferait passer sous administration palestinienne une partie de la minorité arabe d'Israël contre des colonies de Cisjordanie. Une idée inacceptable pour les Palestiniens.

Selon différents commentateurs, M. Lieberman pourrait se montrer pragmatique à l'épreuve du gouvernement et ce serait M. Nétanyahou qui tirerait les ficelles.

Les deux hommes se sont durement affrontés par le passé et M. Lieberman a récemment décrit le premier ministre comme «un menteur, un tricheur et une crapule».

M. Lieberman a renoncé à certaines de ses conditions qui, de la part de ce fervent laïc, portaient sur le mariage civil ou la conscription des ultra-orthodoxes. Mais elles heurtaient précisément la composante ultra-orthodoxe du gouvernement.

Il a insisté en revanche sur une exigence concernant les retraites des immigrés de l'ex-URSS, base électorale de ce natif de Moldavie. Le gouvernement a finalement accepté d'allouer environ 1,4 milliard de shekels (475 millions $ CAN) aux retraites de tous les Israéliens.

M. Lieberman défendait aussi la possibilité accrue d'infliger la peine de mort aux auteurs d'attentats anti-israéliens. Il a obtenu que la peine prononcée par les tribunaux militaires en Cisjordanie ne le soit plus à l'unanimité des trois juges, mais à la majorité. Israël n'a pas appliqué la peine capitale depuis 1962.

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