Afghanistan: le «retrait tactique» de l'armée alimente la peur de l'instabilité

Un soldat afghan surveille les lieux d'une attaque... (Photo Rahmat Gul, AP)

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Un soldat afghan surveille les lieux d'une attaque par des taliban, à Kaboul.

Photo Rahmat Gul, AP

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Mamoon DURRANI, Usman SHARIFI
Agence France-Presse
Kandahar

Les forces afghanes se sont retirées de plusieurs districts du sud, sans même se battre, pour aller renforcer d'autres théâtres, un «retrait tactique» qui permet aux talibans de gagner du terrain et ravive le spectre de zones hors du contrôle gouvernemental.

Seuls sur le terrain depuis la fin de la mission de combat de l'OTAN fin 2014, les 350 000 soldats et policiers afghans sont débordés par les insurgés dont les ambitions militaires couvrent désormais l'ensemble du territoire, et non plus seulement leurs bastions du sud et de l'est.

Mais c'est bien dans le sud, berceau du mouvement taliban, que les combats sont les plus féroces. L'armée y enregistre des pertes records et le taux de désertion grimpe en flèche.

Dans le centre de la province rurale d'Uruzgan, l'état-major a donc décidé d'abandonner plusieurs postes avancés et de rediriger ses troupes vers d'autres lignes de front. Un mouvement initié le mois dernier dans la province voisine du Helmand, lorsque la totalité des soldats déployés dans les districts de Musa Qala et de Nowzad a reçu l'ordre d'aller défendre Lashkar Gah, le chef-lieu du Helmand assiégé par les talibans, et le district-clef de Sangin.

Très vite, les spéculations sont allées bon train sur un éventuel accord secret scellé entre le gouvernement et les talibans, des insurgés qui ont refusé samedi de se joindre aux pourparlers de paix voulus par Kaboul.

«Retirer les troupes et abandonner des territoires durement conquis, cela revient à admettre que les talibans ont gagné», s'insurge Mohammed Ismaïl, un chef tribal qui a fui Musa Qala au moment où l'armée quittait son district. «C'est trahir tous ceux qui ont donné leur vie pour défendre ces régions au cours des 15 dernières années».

Plus généralement, les civils craignent que le gouvernement soit en passe de perdre le contrôle de la totalité du Helmand. Les talibans ont aujourd'hui la haute main ou un avantage militaire dans 10 des 14 districts de cette province où est produite la majeure partie du pavot afghan.

«L'armée nous laisse mourir»

Pour autant, l'état-major réfute en bloc l'idée selon laquelle elle aurait négocié avec les talibans et préfère qualifier de «tactique» le retrait de ses troupes.

«Ceux qui critiquent notre stratégie ne connaissent rien à l'art de la guerre», affirme ainsi Dawlat Waziri, le porte-parole du ministère de la Défense. «Nous ne nous retirons pas du Helmand. Les forces afghanes sont redéployées de façon à mieux organiser l'offensive contre l'ennemi».

Or, Michael Kugelman, analyste au centre de réflexion américain Woodrow-Wilson, parle bel et bien d'une «capitulation» face aux talibans. «Rien ne laisse penser que ces territoires seront repris dans un avenir proche», explique-t-il à l'AFP.

«Quand on parle de retrait stratégique, on s'attend à ce que les forces afghanes retournent dans les districts qu'elles ont abandonnés pour y affronter les talibans et reprendre ces territoires. Or l'armée afghane est surmenée et n'a pas les moyens nécessaires. Elle n'est pas en position de reconquérir ces districts».

Les stratèges de la mission de l'OTAN en Afghanistan conseillent, eux, de longue date à leurs homologues afghans de réduire le nombre de leurs barrages, «trop nombreux» selon une source militaire américaine, et d'abaisser le volume faramineux de soldats qui les défendent.

«Dans l'armée, on a un dicton qui dit que défendre partout revient à ne défendre nulle part. C'est particulièrement vrai en Afghanistan», expliquait en janvier le général américain William Shoffner, porte-parole de l'Alliance atlantique en Afghanistan, selon lequel il manque 25 000 hommes à l'armée afghane.

Si l'armée poursuit sa stratégie, les soldats pourraient bien abandonner davantage de bases et de postes avancés et ainsi alimenter la crainte, très répandue au sein de la population civile, d'une reprise en main de zones entières par les talibans.

«Les talibans pourchassent tous les habitants qui travaillaient pour le gouvernement», raconte à l'AFP Abdul Ahad, un chef tribal de la région de Kharkhord dans la province d'Uruzgan, d'où plusieurs dizaines de soldats ont récemment été retirés.

«L'armée nous laisse mourir», souffle-t-il.

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