Le mur des Lamentations aura un espace de prière mixte

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Le mur des Lamentations est le lieu le plus saint du judaïsme.

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Delphine MATTHIEUSSENT, Michael BLUM
Agence France-Presse
JÉRUSALEM

Hommes et femmes juifs vont pouvoir prier ensemble devant le mur des Lamentations en toute légitimité. La décision israélienne de créer une section mixte consacre la lutte menée pendant des années par un groupe de femmes et écorne le monopole des ultra-religieux sur un des lieux les plus saints au monde.

Aujourd'hui, l'esplanade jouxtant le mur des Lamentations, ou «Kotel», site le plus sacré du judaïsme, dans la Vieille ville de Jérusalem, est séparée en deux espaces, un pour les hommes et un autre, plus petit, réservé aux femmes.

Le site est régi par les lois ultra-orthodoxes imposant une séparation entre les hommes et les femmes. Elles exigent que les femmes se couvrent la tête, les épaules et les jambes en entrant sur le site.

Depuis des années, les mouvements juifs libéraux, massorti (conservateur) et réformiste, réclamaient une solution leur permettant de prier sur le site selon leur pratique accordant une place égale aux femmes et aux hommes dans les rituels.

Le gouvernement a décidé dimanche de créer un troisième espace, mixte, dans un parc archéologique situé au sud de l'actuel mur des Lamentations, dans le prolongement des espaces hommes et femmes.

En réalité, les mouvements juifs libéraux y tenaient déjà des prières mixtes, devant des vestiges du mur beaucoup moins imposants que ceux plus au nord. Mais l'endroit était sommairement aménagé et l'accès mal indiqué. Il fallait descendre au milieu des blocs de pierre d'un champ de fouilles pour y accéder.

En l'officialisant troisième lieu de prières, le gouvernement s'engage à entreprendre les travaux nécessaires. Visiteurs et de fidèles emprunteront en outre la même entrée sur l'esplanade, ce qui n'est pas le cas actuellement.

Tefilins, talit et kippa

Ce sont les «femmes du mur», un groupe de femmes pour la plupart inspirées par le judaïsme libéral, qui avaient été le plus virulentes dans leur remise en cause du monopole ultra-orthodoxe sur le Kotel.

Pendant plus de 20 ans, elles ont bravé les insultes, et parfois les violences, des ultra-orthodoxes, pour prier dans l'espace réservé aux femmes, mais en lisant la Torah à haute voix et en utilisant, pour certaines d'entre elles tefilins (phylactères en cuir), talit (châle de prière) et kippa, des pratiques réservées aux hommes selon les règles ultra-orthodoxes.

La revendication de la mixité n'était que l'une des exigences de ces femmes, et même pas de la totalité d'entre elles.

Cependant, la création d'un espace mixte «est une reconnaissance historique des courants non-orthodoxes qui permettent une réelle liberté de culte», s'est réjouie la présidente du mouvement, Anat Hoffman.

La rabbin du mouvement massorti, Valérie Stessin, insiste sur l'aspect «symbolique» d'une décision qui reconnaît la pluralité des courants du judaïsme.

«Attribuer un espace physique aux mouvements juifs libéraux est une façon de reconnaître la diversité du judaïsme, de dire que le Kotel doit être un microcosme de cette pluralité, et pas seulement un lieu régi par les rites des ultra-orthodoxes», déclare-t-elle à l'AFP.

Cette pluralité est rejetée par le rabbinat ultra-orthodoxe qui a le monopole sur les affaires religieuses et une partie des affaires civiles, comme les mariages et les divorces.

«Il fallait faire tomber le gouvernement»

«Cette décision est scandaleuse car elle légitime ces groupes qui ne représentent même pas 1% de la population», écrit Dov Halbertal, un avocat ultra-orthodoxe, sur le site ultra-orthodoxe Kikar Hashabat.

Cet ancien directeur général du rabbinat israélien reproche aux députés ultra-orthodoxes de ne pas avoir provoqué de crise gouvernementale.

«Pour défendre les valeurs juives, il fallait non seulement faire tomber le gouvernement mais fermer le Kotel à tous les fidèles», affirme-t-il.

Contrairement aux États-Unis, le judaïsme libéral - massorti et réformé - reste très minoritaire en Israël. Seulement 7,1% des juifs israéliens se définissent comme tels, contre 26,5% qui disent appartenir au judaïsme orthodoxe, les autres se disent traditionalistes - respectant les principales fêtes, mais pas le shabbat - ou non religieux, selon le centre de recherches Israel Democracy Institute (IDI).

Certains ultra-orthodoxes ont cependant salué la décision du gouvernement qui leur permet de perpétuer leur contrôle sur les deux espaces traditionnels, non mixtes, du mur des Lamentations, et de cantonner tous les religieux non-orthodoxes dans un espace à part.

Le mur «était devenu un lieu de querelles incessantes» par la faute des Femmes du mur, ce «groupe marginal et bruyant», a dit le rabbin du mur, Shmouel Rabinovitz, dans un communiqué.

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