Deux Israéliens reconnus coupables du meurtre d'un Palestinien brûlé vif

Des proches du jeune Mohammad Abou Khdeir brandissant... (PHOTO ODED BALILTY, AP)

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Des proches du jeune Mohammad Abou Khdeir brandissant des portraits du jeune homme brûlé vif en 2014 se sont rassemblés devant le tribunal de Jérusalem à l'issue du verdict, le 30 novembre.

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Majeda EL-BATSH
Agence France-Presse
JÉRUSALEM

Un tribunal de Jérusalem a déclaré lundi deux Juifs israéliens coupables d'avoir brûlé vif un adolescent palestinien en 2014, crime qui avait contribué à l'escalade des violences menant à la guerre de Gaza, mais a suspendu son jugement contre le meneur du groupe.

Le tribunal a jugé que les trois accusés ont bien enlevé et tué Mohammad Abou Khdeir, mais n'a pas encore prononcé de peines.

À la dernière minute, la cour a décidé de se laisser du temps pour se prononcer sur l'état mental de Yosef Haim Ben David, seul majeur du groupe au moment des faits.

Il déterminera le 20 décembre si cet homme de 31 ans - considéré comme l'instigateur et principal exécutant de cet assassinat - est ou non pénalement responsable.

Les avocats affirment depuis le début du procès fin juillet 2014 que Ben David, qui a proclamé être «le messie», n'est pas pénalement responsable. Ses avocats ont attendu les tout derniers jours pour produire un document à l'appui de leurs dires.

Les juges fixeront les peines le 13 janvier.

La décision est particulièrement attendue dans un climat de tensions toujours vives entre Palestiniens et Israéliens.

Pour le père de Mohammad Abou Khdeir, Hussein, le contretemps annoncé par le tribunal est un «crime affreux». «Le tribunal traite les Arabes d'une manière et les Juifs d'une autre», a dit à l'audience ce père forcé, comme son épouse, de prendre des somnifères pour cesser de «penser à la manière dont ils ont brûlé» son fils de 16 ans.

Aspergé d'essence encore vivant 

Mohammad Abou Khdeir avait été enlevé et sauvagement assassiné en pleine spirale de violences.

Trois semaines avant, des Palestiniens avaient kidnappé et assassiné trois adolescents israéliens en Cisjordanie occupée. L'armée israélienne avait lancé une vaste opération pour retrouver les disparus. Des centaines de Palestiniens avaient été arrêtés et des heurts avaient fait plusieurs morts. Après la découverte des corps, des appels à la vengeance avaient résonné parmi les Israéliens.

«Nous nous sommes dit : "ils ont pris trois des nôtres, prenons l'un des leurs"», avait dit Ben David, habitant juif d'une colonie proche de Jérusalem, après son arrestation quatre jours après le meurtre de Mohammad Abou Khdeir.

Le trio s'était alors mis en chasse. Les deux complices de Ben David, alors âgés de 16 ans et demi, minimisent leur rôle et le désignent comme le meneur.

Après une tentative infructueuse la veille contre un enfant, le trio a enlevé Mohammad Abou Khdeir aux premières heures du 2 juillet 2014 dans le quartier de Chouafat à Jérusalem-Est, partie palestinienne de Jérusalem occupée et annexée par Israël.

L'adolescent palestinien aurait perdu connaissance quand l'un de ses ravisseurs l'a étranglé dans leur voiture. Ils l'ont conduit dans un bois et Ben David l'aurait frappé à la tête avec un pied-de-biche. Puis ils l'auraient aspergé de carburant et Ben David aurait mis le feu.

Le cadavre avait été retrouvé quelques heures après. Selon l'autopsie, le jeune homme a été brûlé vif.

«Parce qu'il était arabe»

Cet assassinat avait provoqué de violentes manifestations. Au même moment se multipliaient les tirs de roquettes de la bande de Gaza sur Israël et les raids israéliens sur le territoire gouverné par le Hamas, le mouvement islamiste tenu par Israël pour responsable de la mort des trois adolescents israéliens trois semaines auparavant.

Peu après commençait la plus dévastatrice des trois guerres qu'a connues la bande de Gaza en six ans.

À Gaza, le Hamas a vu dans la décision du tribunal la preuve «du racisme de l'occupant et de l'impunité qu'il accorde aux crimes des colons». Le gouvernement palestinien, de son côté, en a appelé à la communauté internationale pour que les Palestiniens obtiennent «justice contre les violations israéliennes quotidiennes», a dit à l'AFP son porte-parole, Ehab Bseiso.

En Israël même, le chef de file des partis arabes au Parlement, Ayman Odeh, a déclaré que Mohammad Abou Khdeir avait «été assassiné uniquement parce qu'il était arabe, et cette fois-ci encore, comme de nombreuses autres fois dans le passé, quand les meurtriers sont juifs, ils bénéficient de la protection des institutions judiciaires».

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