Afghanistan: une minorité chiite dénonce les violences dont elle est victime

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Régulièrement persécutés par les talibans à l'époque où ils avaient la haute main à Kaboul (1996-2001), les Hazaras, reconnaissables à leurs traits asiatiques, forment 10 % de la population afghane.

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Usman SHARIFI
Agence France-Presse
KABOUL

Une manifestation a rassemblé un nombre inhabituellement élevé d'Afghans à Kaboul mercredi pour dénoncer les violences dont sont victimes les Hazaras, une minorité chiite qui s'estime persécutée par les rebelles talibans et laissée pour compte par le pouvoir.

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Les forces afghanes ont dû tirer des coups de sommation lorsque le cortège, fort de plusieurs milliers de personnes, dont de nombreux Hazaras, s'est approché du palais présidentiel, à Kaboul, le 11 novembre. 

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Les forces afghanes ont dû tirer des coups de sommation lorsque le cortège, fort de plusieurs milliers de personnes, dont de nombreux Hazaras, s'est approché du palais présidentiel.

Les manifestants étaient partis dans le calme de l'ouest de la capitale afghane, portant les cercueils de sept Hazaras décapités la semaine dernière dans le sud-est de l'Afghanistan, des assassinats qui pourraient être qualifiés de crimes de guerre selon les Nations unies.

Les protestataires ont déclamé des slogans hostiles aux talibans, mais aussi au président Ashraf Ghani et au chef de l'exécutif Abdullah Abdullah, accusés de ne pas en faire assez pour protéger les Hazaras.

«Ghani démission! Abdullah démission!», ont-ils lancé.

Après des discours incendiaires, certains manifestants ont tenté d'escalader un mur d'enceinte selon des images diffusées par la télévision et les réseaux sociaux.

Des coups de sommation ont été tirés en début d'après-midi, et «les manifestants ont été dispersés. Personne n'a été blessé», selon Sayed Gul Agha Rohani, chef adjoint de la police de Kaboul.

Mais d'après un porte-parole du ministère de la Santé, sept personnes ont été blessées pendant la manifestation, dont certaines «par balle».

Après les tirs de sommation, un photographe de l'AFP a indiqué que seules quelques dizaines de manifestants restaient devant le palais, sous l'étroite surveillance de la police et de l'armée.

Régulièrement persécutés par les talibans à l'époque où ils avaient la haute main à Kaboul (1996-2001), les Hazaras, reconnaissables à leurs traits asiatiques, forment 10 % de la population afghane. Ils s'estiment de plus en plus vulnérables face aux rebelles talibans qui ont étendu leur insurrection de leurs bastions du sud et de l'est vers le nord du pays autrefois relativement stable.

Le président promet la «vengeance»

Ils en veulent pour preuve l'enlèvement de 31 Hazaras en février dans le sud, dont 24 ont été libérés, mais surtout la mort par décapitation de sept autres coreligionnaires, quatre hommes, deux femmes et un enfant. Leurs corps ont été retrouvés à Zaboul, une province du sud-est de l'Afghanistan où deux factions talibanes rivales se livrent une bataille sanglante depuis samedi.

C'est ce dernier incident qui a poussé les manifestants à défiler dans Kaboul mercredi.

«Vengeance!», «Aujourd'hui, ils nous tuent, demain ce sera votre tour», disaient les pancartes, une référence explicite aux rebelles talibans et aux militants se réclamant de l'organisation djihadiste de l'État islamique, accusés d'avoir décapité les sept Hazaras dans le sud-est de l'Afghanistan.

«Nous voulons que justice soit faite», a déclaré à l'AFP Mohammed Hadi, un manifestant hazara de 42 ans.

«Ashraf Ghani, nous exigeons des réponses!»: lançait une oratrice au micro devant le palais présidentiel.

«Nous voulons savoir pourquoi le gouvernement se montre indifférent. Nous demandons la démission des dirigeants parce qu'ils sont inefficaces et corrompus», s'est exclamé Mohammed Jawad Sultani, un professeur d'université interrogé par l'AFP.

Au cours d'un discours télévisé mercredi soir, M. Ghani a estimé que la souffrance provoquée par les décapitations était «partagée par tout le pays» et il a accusé les groupes insurgés de vouloir semer la discorde en Afghanistan, dont la population est une mosaïque ethnique et religieuse.

«Toute leur oeuvre destructrice vise à créer des divisions au sein de notre peuple», a-t-il ajouté en précisant que le gouvernement ne ménagerait pas ses efforts pour que les meurtres soient «vengés».

«Il est possible que ces meurtres insensés équivaillent à des crimes de guerre. Leurs auteurs doivent être traduits en justice», a réagi de son côté Nicholas Haysom, le chef de la mission de l'ONU en Afghanistan dans un communiqué mercredi.

Mais les circonstances dans lesquelles ces décapitations se sont déroulées sont opaques, car elles sont survenues dans une zone qui échappe au contrôle du gouvernement. Deux factions talibanes s'y affrontent depuis plusieurs jours, l'une loyale au mollah Akhtar Mansour, successeur officiel du défunt mollah Omar, l'autre fidèle au mollah Mohammed Rassoul, désigné chef d'une frange rivale la semaine dernière.

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