Hôpital bombardé par l'armée américaine: «Une violation du droit humanitaire»

L'hôpital spécialisé en traumatologie abritait 180 personnes, patients... (PHOTO VICTOR J. BLUE, THE NEW YORK TIMES)

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L'hôpital spécialisé en traumatologie abritait 180 personnes, patients et personnel médical confondus, lorsqu'il a été bombardé, selon Médecins sans frontières.

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Dans la nuit du 3 octobre, l'armée américaine a bombardé à cinq reprises un hôpital de l'organisation Médecins sans frontières (MSF) à Kunduz, en Afghanistan, tuant au moins 22 personnes. Le bombardement est une «violation grave au droit humanitaire», dit la présidente de MSF international, Joanne Liu, qui demande une enquête indépendante.

Quand la première bombe est tombée sur l'hôpital de Médecins sans frontières à Kunduz, dans le nord de l'Afghanistan, les employés de l'organisation humanitaire ont pensé que c'était une erreur.

«On a appelé l'armée américaine et l'armée afghane pour leur dire: "hey, les boys! Savez-vous ce que vous êtes en train de faire?"», raconte Joanne Liu, présidente de l'organisation.

L'appel n'a cependant pas freiné les ardeurs de l'avion militaire américain. Au cours des quelque 30 minutes qui ont suivi, entre 2h08 et 3h15 de la nuit, quatre autres bombardements ont frappé de plein fouet l'édifice principal de l'hôpital spécialisé en traumatologie. Ce dernier abritait 180 personnes, patients et personnel médical confondus.

«Ce n'était pas un petit hôpital qui distribuait du paracétamol [l'équivalent européen du Tylenol], tonne Joanne Liu, jointe hier à Genève. On y pratiquait de la chirurgie de haut niveau. Il y avait des bâtiments, un mur qui délimitait l'hôpital. C'est comme si on avait bombardé Sainte-Justine!», dit la médecin québécoise, à la tête de l'organisation humanitaire depuis 2013.

Pas de hasard

«Quand il y a cinq frappes précises en 30 minutes et que ces frappes continuent malgré les appels que nous avons faits, la théorie du hasard est difficile à croire», note Mme Liu, qui a elle-même visité l'hôpital de Kunduz cette année.

Des témoins qui étaient sur place ont décrit des scènes d'horreur. «Il n'y a pas de mots pour décrire comment c'était terrible. Dans l'unité des soins intensifs, des patients brûlaient dans leur lit», a écrit Lajos Zoltan Jecs, un infirmier qui était sur place. Les bombes ont tué au moins 22 personnes, dont 12 employés afghans de MSF. Parmi les dix patients qui ont péri se trouvaient trois enfants.

La faute des Afghans?

Hier, le commandant des forces américaines en Afghanistan, John Campbell, a affirmé que c'est l'armée afghane qui a demandé aux Américains de bombarder la cible. «Nous allons enquêter. Si des erreurs ont été commises, nous les reconnaîtrons», a dit le général lors d'un court point de presse.

La réaction du commandant militaire laisse Joanne Liu de glace. «On n'est pas satisfaits par cette explication. C'est facile de blâmer l'autre. Nous insistons pour qu'il y ait une enquête internationale indépendante», dit Mme Liu, qui croit que seule une enquête impartiale, n'impliquant pas une des parties au conflit, permettrait d'établir s'il y a eu crime de guerre. «Il ne faut pas laisser passer ça. C'est une violation du droit humanitaire. Je manque de mots pour dire comment je suis choquée. Au-delà du deuil que MSF porte, c'est toute la communauté humanitaire qui est touchée», ajoute-t-elle.

Joanne Liu rappelle que son organisation travaille dans les endroits les plus dangereux du monde, dont la Syrie et le Soudan du Sud. «On prend des risques parce qu'on pense qu'on a une immunité», affirme-t-elle, notant que les espaces médicaux sont protégés par le droit de la guerre.

Même si le secrétaire général des Nations unies Ban Ki-moon a demandé lui aussi une enquête «complète et impartiale», l'organisation internationale semble peu pressée d'intervenir, préférant voir le résultat des enquêtes qui seront menées par l'armée américaine, l'armée afghane et l'OTAN. «Il est encore tôt», a dit hier le porte-parole de l'organisation, Stéphane Dujarric.

La faute des talibans?

De leur côté, les autorités afghanes avancent que les bombardements ont eu lieu parce que des combattants talibans se trouvaient dans l'enceinte du centre hospitalier. «Le campus de l'hôpital était utilisé à 100% par les talibans. L'hôpital a un grand jardin et les talibans s'y trouvaient. Nous avons toléré leurs tirs pendant un certain temps» avant d'appeler les Américains à la rescousse, a dit aux médias le gouverneur de Kunduz, Hamdullah Danishi.

Joanne Liu nie catégoriquement cette affirmation. «C'est mensonger. Il y a des gardes de sécurité et seuls le personnel de l'hôpital, les patients et leurs proches se trouvaient dans l'enceinte», affirme la présidente de MSF, qui a dû se résoudre à fermer l'établissement.

Les employés internationaux de MSF qui oeuvraient à Kunduz ont été évacués vers Kaboul. «On a offert la même chose au personnel local, mais ils ont décidé de rester sur place», note Mme Liu.

La bataille de Kunduz

Cinquième ville en importance d'Afghanistan, Kunduz est le théâtre d'intenses combats ces jours-ci. La semaine dernière, les talibans ont pris le contrôle de cette ville du Nord, qui se trouve près de la frontière du Tadjikistan. Cette victoire militaire des talibans - la plus grande depuis 2011 - a été de courte durée. Au cours des derniers jours, les autorités afghanes ont regagné du terrain, mais des combats sporadiques se déroulent toujours.

«On ne rouvrira pas nos portes tant que notre sécurité ne sera pas assurée, conclut Joanne Liu. C'est tout le nord de l'Afghanistan qui est privé des soins prodigués dans cet hôpital.»

MSF demande l'aide des réseaux sociaux

Médecins sans Frontières (MSF) a appelé mardi les réseaux sociaux à relayer sa demande d'enquête indépendante sur le raid aérien américain qui a tué 22 personnes à l'hôpital de l'ONG dans la ville afghane de Kunduz.

Sur son site, l'ONG lance un appel aux citoyens pour qu'ils relaient, sur les réseaux sociaux, sa demande d'enquête indépendante, en retweetant ou partageant: Kunduz outrage: Demand an IndependentInvestigation. 

Avec l'Agence France-Presse, BBC et The Guardian

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