Les talibans prennent le contrôle d'une ville afghane, une première depuis 2001

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Des soldats afghans montent la garde lors de l'offensive talibane à Kunduz, le 28 septembre.

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Gul RAHIM
Agence France-Presse
KUNDUZ, Afghanistan

Pour la première fois depuis la chute de leur régime en 2001, les rebelles talibans contrôlaient lundi la majeure partie d'une grande ville afghane, Kunduz, verrou stratégique du nord du pays, infligeant un grave revers au gouvernement afghan, en place depuis tout juste un an.

Selon plusieurs témoins joints par l'AFP, les habitants fuyaient la ville par centaines face à l'avancée rebelle dans ce carrefour commercial de 300 000 habitants, situé sur la route qui relie Kaboul au Tadjikistan. Ceux qui n'avaient pas fui restaient calfeutrés chez eux.

Les talibans étaient parvenus en avril et en juin jusque dans les faubourgs de Kunduz, mais ils avaient été repoussés à chaque fois.

Lundi, ils ont pénétré dans la ville à la mi-journée et en contrôlaient la majeure partie «mais nos forces résistent encore dans certains quartiers», a déclaré Sayed Sarwar Hussaini, porte-parole de la police provinciale. Dans la foulée, ils ont attaqué la prison de Kunduz «et libéré des centaines de détenus», dont de nombreux talibans.

Les insurgés islamistes sont coutumiers du fait. Il y a deux semaines, ils ont libéré des centaines de leurs frères d'armes d'une prison du centre de l'Afghanistan au terme d'un raid meurtrier.

À Kunduz, les talibans auraient également hissé leur drapeau blanc sur la place principale, d'après un responsable local qui s'exprimait sous le couvert de l'anonymat, une information qui n'était pas confirmée officiellement.

Autre geste de défi: ils occupent le bureau du gouverneur de la province, d'après un responsable gouvernemental.

«C'est le chaos. Je ne peux pas vous parler, j'embarque à bord d'un hélicoptère pour partir», a lancé à l'AFP Safiullah, un élu local. «Les insurgés ont installé leurs drapeaux blancs sur la devanture de magasins», a renchéri Javed, un tailleur.

Les talibans ont également «pris le contrôle de l'hôpital municipal de Kunduz, qui compte 200 lits», a ajouté un responsable tribal. Ils y «font la chasse aux soldats blessés», a expliqué Sahad Mukhtar, directeur de l'établissement.

Un responsable du ministère de l'Intérieur a évoqué un bilan de deux policiers, 4 civils et 25 talibans tués dans les combats et l'ONG Médecins sans Frontières, qui compte un centre de soins à Kunduz, a dit traiter «des dizaines de personnes blessées».

Face à la débâcle, le gouvernement afghan assure que des renforts ont été envoyés et «nous nous préparons à renverser la situation», a lancé le général Murad Ali Murad, chef d'état-major adjoint de l'armée afghane.

«Grande victoire»

Mais l'armée afghane, surmenée, ne peut plus guère compter sur l'appui des soldats étrangers de l'OTAN, qui a retiré ses troupes de combat du pays en décembre dernier et n'y maintient plus que 13 000 hommes cantonnés à des missions de conseil et formation.

«Le manque de soutien aux forces de sécurité a renforcé les talibans», juge l'analyste Abdul Wahid Taqat.

La prise de Kunduz est un très grave revers pour le président afghan Ashraf Ghani qui avait promis, lors de son élection en 2014, de ramener la paix dans son pays, déchiré par plus de 30 ans de conflits, dont près de 14 avec les talibans.

Quant aux premiers pourparlers de paix directs entamés par les rebelles avec Kaboul en juillet, ils ont été reportés sine die après l'annonce de la mort du mollah Omar, qui serait décédé début 2013, et son remplacement contesté par le mollah Akhtar Mansour.

La «grande victoire» de Kunduz, comme il l'a qualifiée dans un message, lui permet d'asseoir son autorité au sein d'un mouvement dont certains cadres lui niaient toute légitimité.

Sur place, les talibans ont très vite incité les habitants de Kunduz à reprendre une «vie normale», signe de leur volonté de s'allier la population civile, tout en continuant à attaquer les forces gouvernementales.

Or l'armée et la police afghanes doivent également faire face à la menace grandissante du groupe Etat islamique (EI).

Dimanche, des militants se réclamant de l'EI ont lancé une de leurs premières grandes offensives contre la police afghane dans la province de Nangarhar, tuant au moins deux policiers.

Jusqu'ici, l'EI s'attachait à combattre les talibans, mais cette attaque marque une étape de plus dans ses efforts pour s'implanter en Afghanistan. Les combattants qui s'en réclament sont souvent d'anciens talibans déçus par leur direction, notamment du fait qu'elle leur a caché longtemps la mort du mollah Omar.

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