Attaques chimiques en Syrie: l'ONU charge des experts d'enquêter

L'ambassadrice des États-Unis à l'ONU, Samantha Power.... (Photo Lucas Jackson, Reuters)

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L'ambassadrice des États-Unis à l'ONU, Samantha Power.

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André Viollaz
Agence France-Presse
Nations Unies

Le Conseil de sécurité de l'ONU a décidé vendredi à l'unanimité de former un groupe d'experts pour identifier les responsables de récentes attaques chimiques au chlore en Syrie.

Le Conseil a adopté une résolution américaine en ce sens à laquelle la Russie s'est ralliée, permettant aux 15 pays membres de faire preuve d'une unité inhabituelle dans la crise syrienne.

Washington, Londres et Paris, qui ont co-parrainé le texte, accusent l'armée syrienne d'avoir mené depuis 16 mois des attaques au gaz de chlore, notamment dans le nord-ouest de la Syrie.

Mais pour la Russie, alliée de Damas, il n'existe pas pour l'instant de preuve irréfutable de la culpabilité du régime syrien.

La résolution crée un «mécanisme conjoint d'enquête» composé d'experts des Nations unies et de l'Organisation pour l'interdiction des armes chimiques (OIAC).

Ces experts devront «identifier dans toute la mesure du possible les individus, entités, groupes et gouvernements» qui ont organisé, parrainé ou commis ces attaques.

Cette mission devra être formée dans un délai de 20 jours et durera un an, avec possibilité de la prolonger par une nouvelle résolution. Elle rendra un premier rapport dans les 90 jours après le début de son enquête.

Le gouvernement syrien sera tenu de «coopérer pleinement» en permettant aux experts d'accéder aux sites des attaques, de recueillir des échantillons et d'interroger des témoins.

Les ambassadeurs américain et russe se sont félicités de cette démonstration d'unité du Conseil, paralysé par ses divisions depuis le début de la guerre en Syrie.

L'Américaine Samantha Power a souhaité que «cette unité se manifeste aussi pour trouver d'urgence une solution politique» au conflit, qui a fait 240 000 morts depuis quatre ans et provoqué une catastrophe humanitaire.

Son homologue russe Vitali Tchourkine a salué «un bon exemple de la volonté de coopérer et de la persévérance nécessaire pour obtenir un bon résultat».

Mais il a estimé que la résolution devait «surtout avoir un effet préventif, pour mettre fin à l'utilisation dans l'avenir» d'armes chimiques en Syrie.

L'ambassadeur syrien Bachar Jaafari a réaffirmé que «l'armée syrienne n'a jamais utilisé et n'utilisera jamais d'armes chimiques». Il a accusé «des groupes terroristes affiliés à Al-Qaïda» de l'avoir fait et a contesté l'impartialité de précédentes enquêtes de terrain menées par l'ONU et l'OIAC.

Dans une déclaration à l'AFP à Beyrouth, Hadi al-Bahra, membre de la direction de la coalition de l'opposition syrienne, a dit espérer «que le Conseil de sécurité appliquera ses décisions et qu'il pourra punir tout ceux qui ont commis des crimes contre le peuple syrien».

La Syrie est censée avoir détruit tout son arsenal chimique, aux termes d'un accord américano-russe de septembre 2013 qui lui a permis d'éviter des frappes occidentales.

Mais l'OIAC a conclu l'an dernier que du gaz de chlore avait été «systématiquement» utilisé dans le conflit syrien.

Enquête difficile

Selon l'OIAC, le chlore a été largué par hélicoptère sur des zones tenues par l'opposition syrienne, alors que seule l'armée syrienne possède des hélicoptères.

Mais l'organisation ne s'est pas prononcée sur la responsabilité de ces attaques, car elle n'est pas habilitée à le faire.

Pour désigner les coupables, l'ONU compte sur l'expertise de l'OIAC, qui avait déjà enquêté sur un massacre au gaz sarin ayant fait 1400 morts en août 2013 près de Damas.

Pour le secrétaire général de l'ONU, il s'agira «d'une mission extrèmement difficile» dans un pays en guerre. Ban Ki-moon a réclamé «la totale coopération de toutes les parties, dont le gouvernement syrien».

Moscou peut encore contester les conclusions de experts ou s'opposer à la prolongation de l'enquête.

Et même si la culpabilité du régime est établie, il faudra pour le sanctionner adopter une nouvelle résolution, que la Russie pourra bloquer comme elle l'a fait pour quatre résolutions occidentales depuis le début du conflit.

Des diplomates du Conseil voient néanmoins dans le vote positif de Moscou un signe encourageant.

Ils espèrent qu'il facilitera l'adoption de deux autres initiatives en discussion: une résolution française condamnant les largages de barils d'explosifs sur les civils et une déclaration de soutien au médiateur de l'ONU Staffan de Mistura, qui vient de proposer un nouveau plan de paix.

Selon l'ambassadeur russe, cette déclaration sera adoptée «très probablement» au début de la semaine prochaine. «Il s'agira du premier document exclusivement politique sur la crise syrienne adopté par consensus».

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