Bahreïn: la police frappée par un attentat

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Les forces de l'ordre ont bouclé le secteur de l'attaque survenue tôt mardi dans le village de Sitra, théâtre d'affrontements récurrents entre manifestants chiites et policiers.

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Mohamed HASNI
Agence France-Presse
DUBAÏ

Deux policiers ont été tués et six blessés mardi à Bahreïn dans un attentat perpétré dans un village à majorité chiite sur fond de dispute avec l'Iran, accusé de soutenir les opposants à la dynastie sunnite de ce petit royaume du Golfe.

L'un des six policiers blessés est dans un état grave, a précisé le ministère de l'Intérieur sur son compte Twitter, ajoutant qu'une enquête avait été ouverte après cet attentat «terroriste».

Selon des témoins, les forces de l'ordre ont bouclé le secteur de l'attaque survenue tôt mardi dans le village de Sitra, théâtre d'affrontements récurrents entre manifestants chiites et policiers.

Le pays connaît depuis des mois des attaques dirigées contre les forces de l'ordre, dont la plus meurtrière avait coûté la vie en mars 2014 à trois policiers, dont un Émirati.

L'attentat de mardi s'est produit alors que la tension est vive avec l'Iran, accusé par Manama de soutenir des opposants issus de la majorité chiite qui réclament depuis 2011 des réformes politiques à la dynastie sunnite dirigeant Bahreïn.

Ce mouvement s'est traduit par des protestations parfois violentes, qui ont fait au moins 89 morts, selon des ONG. Le chef de l'opposition chiite, cheikh Ali Salmane, a été condamné à la mi-juin à quatre ans de prison pour incitation à la désobéissance.

Sa formation, Al-Wefaq, a dénoncé l'attentat dans un communiqué, disant «refuser la violence d'où qu'elle vienne».

Samedi, Manama a rappelé son ambassadeur à Téhéran pour protester contre des «déclarations hostiles de dirigeants iraniens», une semaine après un discours du numéro un iranien, Ali Khamenei, affirmant le soutien de son pays aux «peuples opprimés» de certains pays, dont Bahreïn.

Le ministère de l'Intérieur a annoncé le même jour l'arrestation de deux Bahreïnis, soupçonnés d'avoir tenté d'introduire dans le pays des explosifs et des armes en provenance d'Iran, où l'un d'eux aurait été formé au maniement des armes par les Gardiens de la révolution, armée d'élite du régime de Téhéran.



Campagne anti-Iran

Le ministère avait indiqué que des explosifs de type C4, huit fusils Kalachnikov et différentes munitions avaient été récupérés au fond de la mer lors d'une opération de police.

Selon l'agence officielle BNA, les explosifs utilisés dans l'attentat de mardi sont du même type.

Les deux suspects sont accusés d'avoir jeté les armes à la mer après avoir été surpris par une patrouille de police au large de Bahreïn, selon la même source.

Ce n'est pas la première fois que les autorités de Bahreïn évoquent la contrebande d'armes depuis l'Iran. Les autorités avaient annoncé le 18 juin une saisie d'armes en provenance d'Iran et d'Irak et l'arrestation de suspects.

L'Iran a répliqué dimanche en affirmant que Bahreïn cherchait à provoquer des «tensions» dans la région en lançant des accusations «infondées» contre Téhéran.

«Je le dis ouvertement: les affirmations (de Bahreïn) sont totalement fausses», avait assuré le ministre iranien des Affaires étrangères, Mohammad Javad Zarif, en visite au Koweït. Il avait accusé Manama de vouloir «empêcher tout progrès dans la coopération entre l'Iran et les autres pays du Golfe».

L'Arabie saoudite, poids lourd du Conseil de coopération du Golfe (CCG) dont fait aussi partie Manama, et qui a envoyé des troupes à Bahreïn après les troubles de 2011, s'est mêlée de la dispute.

Le ministre saoudien des Affaires étrangères, Adel al-Jubeir, a dénoncé lundi des «déclarations agressives» émanant de responsables iraniens. «Ceci est inacceptable pour nous», a-t-il martelé.

Les Émirats arabes unis, autre membre du CCG, a condamné mardi les «ingérences iraniennes à Bahreïn», selon l'agence officielle WAM.

À Bahreïn même, les autorités et les médias ont lancé une campagne contre l'Iran.

Les premières ont demandé un sommet arabe sur cette question et l'accélération du processus d'intégration des monarchies membres du CCG.

Les médias proches du pouvoir diffusent de leur côté à longueur de journée des messages de soutien à la dynastie sunnite des Al-Khalifa et de dénonciation de l'Iran, émanant des dignitaires et de grandes familles locales, y compris chiites.

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