Les talibans veulent plus de garanties avant de faire la paix

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Un véhicule est la proie des flammes sur les lieux d'un attentat à la bombe ayant eu lieu à Kaboul, le 7 juillet.

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Agence France-Presse
KABOUL

Salués à l'étranger comme un pas vers la paix en Afghanistan, les premiers contacts officiels entre Kaboul et les talibans ont été accueillis avec prudence par les combattants rebelles, qui réclament bien plus de garanties avant de baisser les armes.

Satisfaction affichée à Islamabad, Kaboul, Washington, Pékin et à l'ONU: pour la première fois toutes les capitales régionales et les grandes puissances semblent d'accord et pousser dans le même sens afin de soutenir le processus de paix en Afghanistan.

Des responsables du gouvernement afghan et des cadres de la rébellion talibane se sont entretenus au cours des derniers jours à Murree, station touristique sur les hauteurs d'Islamabad, sous le regard de responsables américains et chinois, un premier contact inédit qui ouvre la voie à d'autres rencontres au cours des prochaines semaines ou mois.

Mais si des commandants talibans comme Haji Hijrat de Kandahar se disent «optimistes» pour la suite des choses, la plupart de ceux interrogés par l'AFP restent prudents, soulignant que les insurgés présents à Murree ne représentent pas tout le mouvement, mais uniquement un groupe proche du Pakistan.

«Les talibans présents à la rencontre de Murree y ont été amenés par le Pakistan. Les vrais talibans ayant de l'influence pour les pourparlers sont basés au Qatar», soutient ainsi Ershad Gazi, un commandant basé dans la province de Kunar (est).

Les talibans du mollah Omar avaient déjà mis sur pied il y a deux ans une antenne au Qatar chargée de négocier un éventuel accord de paix pour mettre fin à 14 ans d'insurrection islamiste.

Où est le mollah Omar?

Mais les insurgés ont savamment entretenu le flou cette semaine sur l'autorité réelle de la délégation présente à Murree.

Le commandement central des talibans, surnommé la «choura de Quetta», du nom de la ville du sud-ouest du Pakistan où il serait réfugié, n'a ni condamné ni commenté les discussions de Murree, affirmant seulement que sa commission politique avait l'autorité pour discuter de paix, une manière peut-être de prendre la température sans trop se mouiller.

Et le mollah Omar, mystérieux chef des talibans souvent donné pour mort, n'a pas fait de déclaration, au grand dam de commandants sur le terrain qui attendent à la fois des preuves de vie de leur chef et un message clair quant à la position du groupe sur cette initiative de paix.

«Ceux qui ont représenté les talibans dans ces discussions étaient des cadres intermédiaires de la commission politique... La direction des talibans demeure très prudente, nous ne sommes pas pressés», soupèse un membre de la Choura de Quetta requérant l'anonymat.

Faute de confirmation du commandement taliban, et sans doute d'engagements plus fermes de Kaboul et des puissances étrangères, des combattants campent sur leur position traditionnelle: pas de discussion sans départ des forces étrangères.

L'OTAN a mis fin en décembre dernier à sa mission de combat en Afghanistan, remplacée par une mission d'assistance aux forces afghanes qui est beaucoup plus légère et doit s'achever à la fin 2016.

«Nous n'irons à la table des négociations que lorsque les troupes étrangères auront quitté le pays», s'arc-boute le Minhaj, un commandant qui tient environ 200 hommes à Kandahar.

Mais au moins l'échéance de 2016, si elle n'est pas revue par les Américains, permet à des chefs talibans d'anticiper le départ des forces étrangères et donc le besoin de prendre langue avec Kaboul sans pour autant pactiser.

Cette prudence des talibans sur le terrain témoigne aussi des divisions qui traversent la rébellion et ajoute à la difficulté non seulement d'en arriver à un éventuel accord de paix mais, par-delà, de le faire respecter.

Ces divisions entre pro et antinégociations au sein des talibans sont exacerbées par l'émergence de la branche locale de l'organisation État islamique (EI) qui a proclamé un califat sur des pans entiers de l'Irak et de la Syrie, ce que ni Al-Qaïda, ni les talibans ne sont parvenus à faire en Afghanistan au cours des 14 dernières années.

Les talibans ont ainsi mis en garde récemment l'EI contre toute implantation dans la région, ce qui n'a pas empêché certains de leurs combattants, grisés par les succès de ce groupe djihadiste au Moyen-Orient, de faire défection pour faire allégeance à l'Irakien Abou Bakr al-Baghdadi d'autant que le mollah Omar demeure aux abonnés absents.

Au cours des derniers jours, des frappes de drones américains ont d'ailleurs tué dans l'est de l'Afghanistan des combattants de l'EI, dont son chef pour l'Afghanistan et le Pakistan Hafez Saïd. Et l'EI n'a aucune intention pour l'heure de discuter de paix et pourrait à terme fédérer davantage de combattants talibans prêts à en découdre plutôt que de pactiser.

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