Quand des soldats israéliens accusent Tsahal

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Un Palestinien montre à un soldat israélien des grenades sonores tirées par Tsahal, dans la ville de Hébron, en Cisjordanie.

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L'armée israélienne se voit reprocher dans un nouveau rapport basé sur des témoignages de ses propres soldats d'avoir multiplié inutilement les victimes civiles lors de l'offensive menée dans la bande de Gaza pendant l'été 2014.

L'organisation de défense des droits de l'homme Briser le silence affirme que Tsahal a adopté des règles d'engagement trop permissives pour ses troupes lors de l'opération «Bordure protectrice». Selon elle, cette dérive «éthique» a été lourde de conséquences. L'opération, qui a duré sept semaines, a fait plus de 2000 morts parmi la population palestinienne, civils et combattants confondus. Du côté israélien, au moins 66 soldats ont péri, ainsi que 6 civils.

Se basant sur des témoignages anonymes d'une dizaine de soldats, les dirigeants de Briser le silence ajoutent qu'une partie importante de l'infrastructure civile a été ciblée et détruite sans véritable raison de manière à «décourager et intimider» la population palestinienne et retarder le plus possible toute reprise ultérieure des hostilités avec le Hamas, qui contrôle ce territoire palestinien.

Yehuda Shaul, un ex-officier de l'armée israélienne ayant participé à la fondation de Briser le silence avec un groupe de soldats et d'ex-soldats, a indiqué hier en entrevue que l'organisation «était si troublée» par les témoignages recueillis qu'elle a sollicité, en vain, une rencontre avec la haute direction de l'armée pour discuter de la situation avant de rendre le rapport public.

Traditionnellement, dit-il, les soldats israéliens sont avisés de ne pas ouvrir le feu lorsqu'ils ont un doute sur la dangerosité de personnes rencontrées sur le terrain. Mais la volonté affichée de l'armée de réduire «à zéro» le risque pour ses soldats lors de l'intervention à Gaza a changé les choses.

«Les soldats ont été avisés de tirer dans le doute parce qu'ils préféraient que d'éventuelles erreurs se fassent aux dépens des adversaires», affirme M. Shaul.

L'un des soldats interrogés par l'organisation a déclaré que toute personne rencontrée dans les zones où avançait l'armée après avoir transmis des avertissements était considérée comme une cible légitime.

«Les règles d'engagement pour les soldats qui progressaient au sol étaient d'ouvrir le feu, d'ouvrir le feu sur tout dès qu'on arrivait. C'était basé sur l'idée que toute personne qui osait se montrer le bout du nez était un terroriste», a-t-il déclaré.

Un autre combattant israélien a déclaré que toute personne qui n'était pas en train d'agiter un drapeau blanc «représentait une menace sur laquelle on était autorisé à faire feu».

«Je ne suis pas de ceux qui disent qu'un soldat israélien devrait être prêt à se suicider pour sauver la vie d'un civil palestinien mais il y a une approche médiane que l'on peut adopter. Ce n'est pas ce qui s'est passé à Gaza», dit M. Shaul.

Les forces israéliennes, ajoute son organisation, ont rasé des milliers de maisons. Cette «destruction massive» était parfois justifiée par des menaces concrètes mais aussi souvent par des «menaces théoriques» même s'il n'y avait pas de risques immédiats pour les troupes au sol.

Le nombre important de victimes civiles et la destruction de l'infrastructure étaient le résultat «d'un changement délibéré de doctrine» militaire, répète M. Shaul, qui réclame la tenue d'une enquête publique pour faire la lumière sur ce qui s'est produit.

Le travail de Briser le silence a été accueilli avec réserve par l'armée israélienne, qui a réitéré sa volonté d'étudier toute plainte «crédible» ciblant son intervention dans la bande de Gaza.

Un porte-parole a indiqué au quotidien The Guardian que des enquêtes approfondies avaient été menées déjà et que les «incidents exceptionnels» avaient été soumis à l'attention d'un procureur militaire.

Rapport critiqué

Des voix critiques se sont élevées parallèlement pour fustiger la méthodologie utilisée par les auteurs du rapport, incluant le caractère anonyme des témoignages, et leurs conclusions.

Un ancien journaliste de l'Associated Press, Matti Friedman, a notamment relevé sur son compte Facebook que les soldats sur le terrain «ne comprennent pas toujours ce qu'ils voient» et sont mal placés pour juger du caractère opportun ou non de certaines décisions, notamment en matière de règles d'engagement.

Il affirme que les dirigeants de Briser le silence ont des motivations «suspectes» et agissent de manière contreproductive en fournissant à des médias internationaux des rapports biaisés contenant des exemples supposés de «malveillance israélienne».

Yehuda Shaul se défend d'avoir des intentions cachées et s'irrite de critiques qui visent, selon lui, à détourner l'attention des conclusions du rapport. «Le but, c'est qu'on parle de tout sauf de ce qui s'est passé à Gaza», souligne-t-il.

Tant la Fédération internationale des ligues des droits de l'homme qu'Amnistie internationale ont critiqué au cours des derniers mois l'intervention israélienne de 2014, accusant l'armée d'avoir perpétré des «crimes de guerre».

M. Shaul ne reprend pas l'affirmation. «Je ne suis pas un juriste, je suis un soldat alors je ne veux pas juger si ça s'applique. Mais j'ai un compas moral et je peux vous dire que l'armée ment lorsqu'elle prétend tout faire pour éviter les victimes civiles», souligne-t-il.

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