Civils irakiens tués: lourdes peines pour d'ex-mercenaires américains

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Après la tuerie, Blackwater avait été obligée d'arrêter ses activités en Irak.

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Agence France-Presse
Washington

D'anciens «mercenaires» de la société de sécurité privée américaine Blackwater ont été condamnés lundi à Washington à de lourdes peines de prison, pour avoir tué au moins 14 civils irakiens à Bagdad en 2007, un drame qui avait exacerbé le ressentiment contre les Américains en Irak.

Un ancien employé de Blackwater, Nicholas Slatten, a été condamné à la prison à vie et trois autres à 30 ans de prison.

«Il s'agit d'un crime grave», a justifié le juge Royce Lamberth. «Il est clair que ces gentils jeunes gens ont été pris de panique», a-t-il expliqué.

Les employés de Blackwater --qui a depuis changé de nom-- étaient chargés de la sécurité d'un convoi diplomatique américain le 16 septembre 2007 sur la place Nisour, quand ils ont ouvert le feu sur des automobilistes et passants qui se trouvaient là, utilisant des lance-grenades, des mitrailleuses, et des fusils automatiques.

Quatorze civils irakiens avaient été tués sur ce rond-point central de la capitale irakienne, selon les enquêteurs américains, 17 selon les enquêteurs irakiens. Dix-huit autres Irakiens avaient été blessés dans la fusillade.

Les quatre anciens employés de Blackwater avaient été reconnus coupable en octobre de plusieurs chefs d'inculpation, allant de l'assassinat à l'homicide volontaire.

Les jurés avaient reconnu à l'unanimité Nicholas Slatten coupable d'avoir assassiné un civil irakien, et ses trois collègues d'alors - Paul Slough, Evan Liberty et Dustin Heard - du meurtre de 13 Irakiens.

De gauche à droite : Dustin Heard, Evan... (Photo: AP) - image 2.0

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De gauche à droite : Dustin Heard, Evan Liberty, Nicholas Slatten et Paul Slough.   

Photo: AP

Après deux mois de procès, le jury avait reconnu la préméditation pour M. Slatten. Avant cette tuerie, il aurait dit à des proches qu'il voulait «tuer autant d'Irakiens qu'il pouvait pour se "venger" du 11-Septembre», selon des documents judiciaires.

«Je soutiens pleinement la décision du jury dans cette affaire», a souligné le juge Lamberth.

«L'acte sauvage qui a eu lieu ici ne peut jamais être cautionné par le tribunal», a déclaré le juge, devant une salle remplie surtout de sympathisants des ex-»mercenaires», dont certains portaient des sweatshirts où était inscrit le nom de Blackwater.

Les procureurs avaient réclamé entre 47 et 57 ans de prison.

Les quatre accusés avaient clamé leur innocence et demandé la clémence. Dans la phase de plaidoiries, Bill Heberlig, l'avocat de M. Slough, avait rappelé le contexte de «menaces terribles de l'après 11-Septembre à Bagdad».

«Je me sens complètement trahi par un gouvernement que j'ai servi honorablement», a réagi M. Slough. «Dieu m'en est témoin, j'ai tiré contre deux personnes en uniforme irakien qui me tiraient dessus», a estimé M. Liberty.

Ce bain de sang avait exacerbé le ressentiment contre les Américains en Irak mais aussi souligné l'impunité dont ont bénéficié les compagnies de sécurité privées dans le pays.

Après la tuerie, Blackwater avait été obligée d'arrêter ses activités en Irak. Mais, selon des câbles diplomatiques américains publiés par WikiLeaks, des centaines d'anciens employés de la compagnie ont continué à travailler dans le pays, pour d'autres entreprises.

Deux proches des victimes se sont exprimés avant le prononcé de la peine. «J'ai une question (...). Pourquoi vous avez tué mon fils?», a demandé Fatimah al-Fadwi Kinani, la mère éplorée d'un garçon de 9 ans tué par une mitrailleuse, qui s'exprimait avec l'aide d'un interprète.

Le père du garçon, Mohammed al-Kinani, a demandé au juge Lamberth de «montrer à Blackwater et (à son ancien PDG) Erik Prince ce qu'est la loi».

L'ancien mercenaire Paul Slough s'est tourné en direction du père: «M. Kinani, je ne pouvais pas et n'ai pas tué votre fils». Les défenseurs de M. Slough prétendent que le garçon a été tué par une mitrailleuse M-240 alors que l'ancien mercenaire utilisait une arme différente.

Les quatre hommes avaient aussi affirmé qu'ils avaient répliqué à des tirs, mais aucun témoin n'est venu corroborer cette hypothèse, a rappelé le juge lundi.

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