Yémen: Washington hausse le ton contre l'Iran qui critique l'Arabie

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La capitale Sanaa est entre les mains des rebelles chiites Houthis, que Washington dit être armés par l'Iran.

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Nabil HASSAN, Fawaz AL-HAIDARI
Agence France-Presse
Aden, Taëz

Les États-Unis ont dénoncé jeudi le soutien apporté aux rebelles chiites yéménites par l'Iran, qui de son côté a enjoint l'Arabie saoudite, à la tête d'une coalition militaire anti-insurgés, de cesser ses «actes criminels» au Yémen.

Dans le même temps, les combats sont restés intenses sur le terrain, au 15e jour des frappes aériennes de la coalition arabo-sunnite dirigée par Riyad contre les rebelles et leurs alliés.

Le secrétaire d'État américain John Kerry a affirmé sans détour que son pays savait que l'Iran armait les rebelles chiites Houthis ayant pris la capitale Sanaa et de vastes régions du Yémen avant de déferler vers le sud.

«L'Iran doit savoir que les États-Unis ne resteront pas les bras croisés alors que la région est déstabilisée et que des gens lancent une guerre ouverte à travers les frontières internationales des autres pays», a déclaré M. Kerry.

«Il y a eu - il y a, de toute évidence - des vols en provenance d'Iran. Chaque semaine, il y a des vols d'Iran, nous les avons localisés», a-t-il ajouté.

Le guide suprême iranien, l'ayatollah Ali Khamenei, s'en est pris pour sa part à l'Arabie saoudite et aux frappes de sa coalition. Il a demandé l'arrêt de ces «actes criminels», qualifiant l'opération d'«inacceptable».

Appel à protéger les civils

Le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon a réitéré de son côté jeudi ses appels à la négociation, mettant en garde contre les «répercussions régionales profondes et durables» du conflit.

«Il faut un retour à des négociations politiques», a affirmé M. Ban, dont l'envoyé spécial Jamal Benomar a tenté en vain une médiation.

Le patron de l'ONU a aussi appelé les belligérants «à protéger les civils et à permettre aux travailleurs humanitaires de fournir en toute sécurité une assistance vitale», soulignant «la gravité de la crise humanitaire».

L'Unicef, l'agence des Nations unies pour l'enfance, s'est de nouveau alarmée de la mort d'enfants, à la suite du décès de deux écoliers dans un raid mercredi sur une école d'Ibb (centre). Au moins 77 enfants ont été tués et 44 blessés depuis le début des raids, selon l'organisation.

De passage à Genève, le représentant de l'Unicef au Yémen, Julien Harneis, a déclaré à l'AFP qu'un tiers des combattants des groupes armés étaient des enfants, et s'est inquiété d'un prochain pic de malnutrition.

Dans le cadre du renforcement de son soutien à ses alliés du Golfe, l'armée de l'air américaine a commencé à ravitailler en vol des avions de chasse de la coalition, selon le Pentagone. Washington lui fournissait déjà des renseignements.

Des raids de la coalition ont notamment touché jeudi le ministère de la Défense à Sanaa, contrôlée par les Houthis. D'après des témoins, deux bases de la Garde républicaine ont également été visées à Fajj Attan, dans le sud de Sanaa, et à Arhab, dans le nord de la capitale. La Garde républicaine est une unité d'élite restée fidèle à l'ex-président yéménite Ali Abdallah Saleh, aujourd'hui allié aux Houthis.

La coalition a aussi touché des positions rebelles dans les régions de Taëz (sud-ouest) et du nord, selon des témoins.

Militaires français visés

Le porte-parole de la coalition arabe, le général de brigade Ahmed Assiri, a affirmé, lors de son point de presse quotidien à Riyad, que l'Égypte avait participé ces dernières 24 heures aux frappes ayant visé des centres de communications utilisés par les Houthis à Sanaa et dans leur fief à Saada (nord). «Les directions des rebelles se retrouvent désormais isolées», a-t-il dit.

Les raids ont aussi ciblé des véhicules et des dépôts d'armes, a-t-il ajouté en accusant les Houthis de dissimuler leur armement «dans les zones résidentielles, notamment chez les chefs de tribus».

Les combats, dont les plus violents se déroulent dans le sud du pays, ont fait plus de 640 morts et 2200 blessés depuis le 19 mars, selon un bilan de l'Organisation mondiale de la Santé (OMS) daté du 6 avril.

L'état-major français a par ailleurs révélé que des militaires français avaient été pris sous le feu dimanche près d'Aden lors de l'évacuation de ressortissants de différentes nationalités vers Djibouti. La Marine française a évacué au total 109 personnes, dont 39 Français, du Yémen samedi et dimanche.

De leur côté, plusieurs associations d'Américains arabes, musulmans et asiatiques ont annoncé jeudi avoir porté plainte contre le secrétaire d'Etat John Kerry et son homologue à la Défense Ashton Carter «afin que le gouvernement agisse pour évacuer des citoyens américains coincés au Yémen».

Washington avait reconnu cette semaine ne pas avoir de plan d'évacuation de leurs ressortissants, les invitant à quitter le pays par voie maritime, notamment à bord de navires étrangers.

Américains coincés au Yémen: plainte contre John Kerry et Ashton Carter

Des associations d'Américains arabes, musulmans et asiatiques ont annoncé jeudi avoir porté plainte contre le secrétaire d'Etat John Kerry et son homologue à la Défense Ashton Carter pour que Washington évacue ses ressortissants coincés au Yémen en guerre.

Les États-Unis avaient reconnu cette semaine ne pas avoir de plan d'évacuation de leurs ressortissants restés au Yémen, secoué par un conflit armé, et ils les avaient invités à quitter ce pays par voie maritime, notamment à bord de navires étrangers.

Trois organisations américaines -- American-Arab Anti-Discrimination Committee (ADC), Council on American-Islamic Relations (CAIR) et Asian Americans Advancing Justice-Asian Law Caucus (ALC) -- ont annoncé dans un communiqué «le dépôt d'une action en justice contre le secrétaire d'État John Kerry et le secrétaire à la Défense Ashton Carter afin que le gouvernement agisse pour évacuer des citoyens américains coincés au Yémen».

D'après les associations, «les plaignants dans cette affaire (sont) 41 ressortissants américains ou résidents permanents au Yémen».

«En dépit du danger auquel sont clairement exposés des Américains au Yémen - et la mort d'au moins un Américain - l'administration Obama n'a pas encore pris de mesure d'importance pour les aider à se mettre en sécurité», selon un extrait de la plainte déposée auprès d'une juridiction de Washington.

Un site internet privé (stuckinyemen.com) s'est monté il y a quelques jours, accusant «le gouvernement américain d'avoir abandonné les Américano-yéménites en février 2015», date de la fermeture de l'ambassade des États-Unis à Sanaa. Selon les plaignants, il y aurait «plus de 450 personnes enregistrées» sur ce site.

Le département d'État a répondu jeudi «être au courant que des ressortissants américains demeuraient au Yémen».

«Nous restons en contact (...) pour informer les Américains du Yémen des possibilités de partir, s'ils le souhaitent», a déclaré le porte-parole de la diplomatie américaine Jeffrey Rathke, précisant que deux messages en ce sens avaient été diffusés mercredi via le site du département d'État (state.gov).

Il n'a pas dit combien d'Américains, souvent des binationaux, étaient toujours au Yémen.

Lundi, le ministère avait encouragé ses ressortissants à quitter ce pays sur des navires étrangers, notamment de la Marine indienne, ou sur des vols exceptionnellement affrétés au départ de Sanaa, malgré la fermeture des aéroports yéménites.

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