Le Yémen en crise, écartelé entre deux capitales

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Le président Hadi a réussi à échapper à l'attention des Houthis qui le maintenaient en résidence surveillée depuis un mois, à Sanaa, et s'est enfui à Aden, le fief de ses partisans (photo).

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Fawaz AL-HAIDARI
Agence France-Presse
ADEN

Aden est en train de devenir la capitale politique et diplomatique du Yémen depuis que Sanaa est passée sous le contrôle d'une milice chiite et que le président légitime s'est réfugié dans la grande ville du sud.

Ces derniers jours, les émissaires internationaux et les représentants de partis yéménites ont évité Sanaa, pourtant la capitale officielle du pays.

Ils se sont plutôt rendus à Aden, où le président Abd Rabbo Mansour Hadi a reçu mercredi le secrétaire général du Conseil de coopération du Golfe (CCG) puis jeudi l'envoyé spécial de l'ONU Jamal Benomar, a constaté un correspondant de l'AFP.

«Le centre de gravité politique et diplomatique s'est déplacé à Aden» en raison «de la situation politique et sécuritaire à Sanaa», note l'expert yéménite Thabet Hussein.

«Cela a été rendu possible par le déplacement de M. Hadi à Aden et par le soutien populaire qu'il a reçu dans les provinces centrales et méridionales», selon lui.

Le président Hadi, élu en 2012 lors de la première élection au suffrage universel de l'histoire du pays, a réussi le 21 février à échapper à l'attention des Houthis qui le maintenaient en résidence surveillée depuis un mois à Sanaa.

Il s'est enfui à Aden, le fief de ses partisans, où il a «retiré» la démission qu'il avait présentée en janvier sous la pression des Houthis.

Dans une déclaration télévisée jeudi soir, le chef des miliciens, Abdel Malek al-Houthi a tiré à boulets rouges contre le président Hadi, l'accusant de «déstabiliser le pays, d'alimenter le conflit et de rendre plus complexe la crise», dans le pays.

Selon lui, le seul salut réside dans l'application de la «déclaration constitutionnelle» par laquelle les miliciens chiites se sont emparés du pouvoir le 6 février.

Aden et Sanaa sont historiquement les deux grandes villes rivales du pays.

Ancien comptoir prospère de l'empire britannique sur l'océan Indien, Aden était la capitale de l'ancien Yémen du Sud qui était un État indépendant jusqu'à sa fusion avec le Yémen du Nord en 1990.

À cette date, la Constitution a donné le statut de capitale à Sanaa, située au centre du pays, tandis qu'Aden, excentrée sur la côte,restait le coeur économique du pays.

«Sanaa occupée»

Le déplacement à Aden de M. Benomar est significatif car c'est à Sanaa que se déroulaient jusqu'à présent les discussions politiques qu'il parraine pour tenter de trouver une issue à la crise politique.

À l'issue de la réunion, M. Benomar a indiqué rechercher un «lieu sûr» pour poursuivre les discussions. M. Hadi lui a assuré qu'il continuait à rechercher «une solution pacifique», avec la participation des Houthis, et condamnait «la violence à des fins politiques», a-t-il précisé.

À Aden, le diplomate s'est également entretenu avec des responsables du Mouvement sudiste qui regroupe des autonomistes et des sécessionnistes.

Tous ces partis yéménites rejettent ce qu'ils considèrent comme un «coup d'État» des Houthis et clament leur attachement à la «légitimité» représentée par M. Hadi.

De puissantes tribus de Marib (centre) ont demandé à M. Hadi, lui-même originaire du sud, de «déclarer Sanaa ville occupée et Aden capitale du Yémen».

Très préoccupées par l'instabilité au Yémen, où Al-Qaïda est également très active, les monarchies sunnites du Golfe (Arabie saoudite, Bahreïn, Émirats arabes unis, Koweït, Oman, Qatar) ont également réaffirmé leur soutien à M. Hadi.

L'ambassadeur saoudien, Mohammed Saeed al-Jaber, a repris ses activités diplomatiques à partir du consulat à Aden après la fermeture de la chancellerie à Sanaa, a indiqué jeudi l'ambassade. D'autres pays du Golfe envisagent de faire de même, selon des journaux arabes.

Le secrétaire d'État américain John Kerry avait accusé mardi l'Iran d'avoir «contribué» à l'avènement des Houthis et à la chute du gouvernement à Sanaa, une accusation démentie par Téhéran.

L'insécurité qui règne à Sanaa a été illustrée par le rapt mardi d'une jeune Française, Isabelle Prime, et de son accompagnatrice yéménite Chérine Makkaoui, dont le sort restait inconnu.

Son père a appelé jeudi ses ravisseurs «à faire preuve d'humanité» et à la libérer «dans les meilleurs délais». L'enlèvement n'a pas été revendiqué.

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