Bras de fer au Yémen

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Abed Rabbo Mansour Hadi

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D'un côté, un président affaibli, traqué jusque dans sa maison et forcé de négocier sous la menace. De l'autre, un jeune chef rebelle aux ambitions dévorantes qui défie l'Occident et tient maintenant son pays en otage. Abed Rabbo Mansour Hadi et Abdel Malek al-Houthi se livrent actuellement un duel inégal dans un pays au bord de l'éclatement. Portraits.

ABED RABDO MANSOUR HADI

Âge: 69 ans 

Fonction: Président du Yémen depuis novembre 2011

Origine: Sud du Yémen

Religion: Musulman sunnite

EN QUELQUES MOTS

Soutenu par les États-Unis et l'Arabie saoudite, ce président énigmatique qui n'a jamais vraiment réussi à asseoir son autorité à la tête du Yémen a vu son palais présidentiel saisi et sa propre maison bombardée, cette semaine. Forcé hier de signer un accord avec ses opposants, il apparaît maintenant comme une marionnette manipulée par les rebelles.

PARCOURS

Après avoir étudié le commandement militaire à l'étranger, Hadi fait ses classes dans l'armée de ce qui est alors le Yémen du Sud. Son premier coup d'éclat survient en 1994, après la réunification du Yémen du Nord et du Yémen du Sud. Au Sud, des sécessionnistes veulent séparer à nouveau le pays. Mais Hadi, pourtant originaire du Sud, commande l'armée du Nord qui écrase ses concitoyens.

«Beaucoup de gens, au sud du Yémen, le considèrent encore comme un traître», explique Thomas Juneau, expert du Moyen-Orient à l'Université d'Ottawa.

Dauphin du président de l'époque, Ali Abdullah Saleh, il prend la tête du pays lorsque Saleh est chassé du pouvoir par les manifestations populaires du Printemps arabe, en 2011.

ALLIÉS

Les États-Unis et l'Arabie saoudite ont soutenu l'accession au pouvoir du président Hadi, qu'ils considèrent comme un allié dans leur lutte contre Al-Qaïda. Le Conseil de sécurité de l'ONU et les monarchies du Golfe (Bahreïn, Émirats arabes unis, Koweït, Oman et Qatar) ont aussi réitéré leur soutien au président en difficulté, cette semaine.

PERSONNALITÉ ET MOTIVATIONS

Le président Hadi est décrit comme un homme discret qui, malgré ses fonctions, n'a jamais eu beaucoup d'influence au Yémen. «Quand on l'a nommé président, en 2011, ce n'était pas pour sa capacité à gouverner, mais plutôt parce qu'il ne représentait pas une menace pour quiconque», dit l'expert Thomas Juneau. Sa présidence a été marquée par les concessions qu'il a faites aux différentes factions du pays.

Abdel Malek al-Houthi s'exprimant à la télévision yéménite,... (PHOTO MOHAMED AL-SAYAGHI, ARCHIVES REUTERS) - image 2.0

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Abdel Malek al-Houthi s'exprimant à la télévision yéménite, le 3 janvier.

PHOTO MOHAMED AL-SAYAGHI, ARCHIVES REUTERS

ABDEL MALEK AL-HOUTHI

Âge: 33 ans

Fonction: Chef des houthis, milices rebelles chiites

Origine: Nord du Yémen

Religion: Musulman de confession zaïdite, une branche de l'islam chiite

EN QUELQUES MOTS

En conquérant le palais présidentiel et en traquant le président jusque chez lui, al-Houthi s'est imposé cette semaine comme l'homme le plus puissant du Yémen. Le chef rebelle a conduit un mouvement d'insurrection d'abord confiné au nord-ouest du Yémen vers la capitale avec une efficacité surprenante. Il a forcé la main du président, hier, en l'obligeant à revoir le projet de nouvelle constitution du Yémen.

PARCOURS

Abdel Malek al-Houthi est le fils d'un érudit religieux considéré comme le «guide spirituel» de la contestation des zaïdites, minorité religieuse chiite du nord du Yémen marginalisée par le gouvernement. En 2004, le frère aîné d'Abdel Malek, Hussein, crée les houthis, milices qu'il lance à l'assaut de l'armée du pays. Mais Hussein meurt au combat et c'est Abdel Malek, 23 ans, qui prend les rênes de l'insurrection.

Abdel Malek al-Houthi profite du Printemps arabe pour mener ses combattants, alors confinés au nord-ouest du pays, vers le sud. En septembre dernier, à la surprise générale, les houthis entrent dans la capitale, Sanaa. Ils ont achevé leur conquête cette semaine en prenant le contrôle du palais présidentiel.

ALLIÉS

Les houthis reçoivent le soutien de l'Iran, de religion chiite tout comme eux, et tissent des liens avec le Hezbollah libanais. Mais selon Thomas Juneau, de l'Université d'Ottawa, on a tort de considérer le groupe comme une marionnette de Téhéran. Plusieurs indices donnent à penser que les houthis ont bénéficié du soutien de l'ex-président Ali Abdullah Saleh, pourtant un ennemi historique, pour intimider le gouvernement.

PERSONNALITÉ ET MOTIVATIONS

Le jeune chef rebelle, longtemps décrit comme discret, multiplie les apparitions télévisées depuis que son groupe gagne du terrain. Il y apparaît en costume traditionnel, poignard yéménite recourbé à la ceinture, et improvise de longs discours dans lesquels les slogans «Mort aux États-Unis» et «Mort à Israël» reviennent souvent. «On en sait peu sur lui, dit Thomas Juneau, de l'Université d'Ottawa. Mais il est clair qu'il dirige son mouvement d'une main de fer, avec une efficacité qui surprend tout le monde.»

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