La flagellation de Badawi encore reportée: la pression s'intensifie

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Une nouvelle manifestation a eu lieu jeudi à Montréal en appui au blogueur emprisonné.

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Pierre Saint-Arnaud
La Presse Canadienne

La deuxième flagellation du blogueur Raïf Badawi a de nouveau été reportée pour des raisons médicales et ce report pourrait être répété la semaine prochaine aussi, selon ce qu'a appris la porte-parole de la famille, Elham Manea.

«Les autorités ont procédé à un examen médical approfondi et ont conclu qu'il n'est pas en état d'être flagellé ce vendredi et, semble-t-il, vendredi prochain également», a déclaré jeudi Mme Manea, rejointe en Suisse par La Presse Canadienne.

«Nous sommes très heureux d'entendre cela, mais nous sommes aussi prudents; les choses changent rapidement en Arabie saoudite», a-t-elle ajouté.

Raïf Badawi, âgé de 32 ans, a été condamné à une peine de 1000 coups de fouet, en plus de 10 ans d'emprisonnement et d'une amende de 300 000 $, pour avoir tenu sur son blogue des propos jugés trop libéraux en Arabie saoudite.

Pendant ce temps, la pression internationale se maintient et Mme Manea n'écarte pas la possibilité que celle-ci ait joué un rôle dans ces reports répétés.

«L'Arabie saoudite a sous-estimé le cas de Raïf Badawi et l'indignation que sa flagellation soulèverait. Les condamnations de la société civile, d'organisations de droits de la personne, d'organisations internationales et, surtout, de gouvernements alliés qui ont changé leur ton à son endroit ont eu des effets», a-t-elle ajouté.

Selon la responsable d'Amnistie internationale en Estrie, Mireille Elchacar, qui oeuvre auprès de la famille de Raïf Badawi réfugiée à Sherbrooke, il ne fait toutefois aucun doute que l'état de santé du blogueur est préoccupant.

«On savait déjà que M. Badawi n'était pas en très bonne santé. Il est diabétique et c'est plus difficile de se remettre de ce genre de blessures à ce moment. Nous sommes très inquiets pour sa santé», a-t-elle indiqué.

Bien qu'elle se réjouisse que le gouvernement Harper soit sorti de son mutisme pour dénoncer cette situation, Mme Elchacar estime qu'il doit hausser la pression d'un cran. «Nous aimerions que se joignent maintenant à cette prise de position des démarches diplomatiques», a-t-elle dit.

Or, justement, le ministre canadien des Affaires étrangères, John Baird, a profité de son passage au Forum économique mondial à Davos, en Suisse, pour rencontrer le prince Turki Al Faisal, membre de la famille royale saoudienne.

Un membre de son entourage voulant demeurer anonyme a confié à La Presse Canadienne que le ministre Baird a soulevé les préoccupations de son gouvernement face au cas de Raïf Badawi lors de la rencontre bilatérale.

Par ailleurs, M. Baird et le premier ministre du Québec, Philippe Couillard, ont affirmé qu'advenant la libération de Raïf Badawi, Québec et Ottawa feraient des efforts pour le rapatrier au Québec afin de le réunir avec sa femme et ses trois enfants.

Pendant ce temps, une nouvelle manifestation avait lieu à Montréal en appui au blogueur emprisonné. Le chef de l'opposition néo-démocrate à Ottawa, Thomas Mulcair, qui participait à cette vigile, avait préalablement exigé à son tour du gouvernement conservateur qu'il augmente la pression pour faire cesse le traitement «intolérable» et «barbare» infligé à M. Badawi.

«J'espère que M. Harper va commencer à se rappeler que le Canada, historiquement, a toujours imposé des règles de conduite avec ses partenaires», avait indiqué M. Mulcair, mettant en exergue le fait que le Canada fournit de l'équipement militaire à l'Arabie saoudite. «Les relations économiques, pour M. Harper, priment sur tout. C'est ce qu'il nous montre depuis des années. Mais on a le droit, lorsqu'on est un pays responsable et qu'on respecte les droits de la personne à l'international, de demander à des pays avec lesquels on transige qu'ils modifient leur comportement ou qu'ils nous donnent des garanties.»

Selon Elham Manea, la pression internationale pourrait d'ailleurs être à l'origine de démarches judiciaires qui ont vu le dossier discrètement transféré à un tribunal supérieur qui a le pouvoir de décider si la cause a du mérite ou non et si la décision préalable peut être maintenue, annulée ou exiger un nouveau procès.

«La démarche n'a jamais été rendue publique, a précisé Mme Manea. Nous avons appris qu'il y a eu une forte intervention de certains éléments de la famille royale en appui au transfert de la cause de Raïf Badawi devant ce tribunal de révision», ce qui pourrait représenter, selon elle, une voie de sortie de toute l'affaire.

Raïf Badawi a reçu les 50 premiers coups de fouet de sa peine le 9 janvier, une pratique qui doit en principe être répétée 20 fois sur une base hebdomadaire, mais la deuxième séance, qui était prévue pour vendredi dernier, avait été reportée une première fois pour des raisons de santé.

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