Yémen: le gouvernement à la merci des rebelles

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Dans un long discours prononcé à la télévision, leur chef, Abdel Malek al-Houthi, a revendiqué de plus grands pouvoirs pour les houthis dans le pays, sans quoi l'escalade de violence n'aurait « pas de plafond ».

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Le palais présidentiel envahi. La maison du président bombardée. Celle du premier ministre encerclée. Des rebelles chiites ont acculé le gouvernement du Yémen au pied du mur, hier, menaçant de le faire tomber s'il ne leur octroyait pas de plus grands pouvoirs. Le Conseil de sécurité de l'ONU a condamné les attaques, pendant que les habitants craignaient pour l'avenir de leur pays. Explications.

Q: Que s'est-il passé hier ?

R: Les rebelles chiites, appelés « houthis », ont pris le contrôle du palais présidentiel, où ils ont pillé les dépôts d'armes. Ils ont aussi bombardé la maison du président, Abed Rabbo Mansour Hadi, alors qu'il se trouvait à l'intérieur, mais celui-ci n'a pas été blessé. La maison du premier ministre a aussi été encerclée. Les rebelles s'étaient emparés de plusieurs médias nationaux lundi et avaient kidnappé le chef de cabinet du président samedi.

Q: Qui sont les houthis ?

R Les houthis sont des chiites du nord-ouest du Yémen qui ont grandement étendu leur influence et leur territoire récemment. Ils ont réussi à gagner la capitale, Sanaa, en septembre dernier.

Q: Peut-on parler de coup d'État ?

R: On a craint hier que les houthis renversent carrément le gouvernement. Mais dans un long discours prononcé à la télévision, leur chef, Abdel Malek al-Houthi, a revendiqué de plus grands pouvoirs pour les houthis dans le pays, sans quoi l'escalade de violence n'aurait « pas de plafond ».

« Toutes les options sont ouvertes dans cette action, a déclaré al-Houthi. Personne, qu'il soit président ou non, ne sera au-dessus de nos mesures », a-t-il averti.

« Ce n'est peut-être pas un coup d'État formel, mais dans les faits, il s'agit d'une prise de contrôle du pays par les houthis », analyse Thomas Juneau, expert du Moyen-Orient à l'Université d'Ottawa.

Q: Que veulent les houthis ?

R: Ils rejettent le nouveau projet de Constitution du pays, qui propose de faire du Yémen une fédération de six régions. Ce projet est l'aboutissement d'un « dialogue national » qui avait été lancé au Yémen en 2013 afin d'unir les différentes factions et tribus de ce pays extrêmement divisé.

« Ce processus a été pris en otage par certaines factions puissantes liées aux anciennes élites. Dans ce sens, les houthis ont raison. Par contre, on voit qu'ils utilisent la violence et l'intimidation pour détourner à leur tour ce processus », analyse Thomas Juneau.

Q: Les houthis ont-ils fomenté leur coup seuls ?

R: Plusieurs soupçonnent qu'ils sont de mèche avec l'ancien président Ali Abdallah Saleh, pourtant un ennemi historique des houthis. Saleh avait été chassé du pouvoir en 2011 dans la vague du Printemps arabe, mais plusieurs factions de l'armée lui sont restées fidèles.

Des officiers militaires ont confié à l'AFP que les rebelles avaient bénéficié d'un soutien direct des forces loyales à M. Saleh pour s'emparer du palais présidentiel. L'avancée rapide des houthis dans le pays laisse aussi penser qu'ils ont reçu un appui des forces pro-Saleh.

« Saleh n'a jamais accepté la légitimité de son renversement. Il a toujours été très clair qu'il visait un retour au pouvoir pour sa faction Demi-Cadratin pas nécessairement pour lui, mais davantage pour son fils », explique Thomas Juneau.

Q: Comment réagira la communauté internationale ?

R: Le Conseil de sécurité de l'ONU a tenu une réunion d'urgence hier au terme de laquelle il a condamné les attaques et offert son soutien au président Hadi. Washington est un allié du gouvernement Hadi, avec lequel il collabore pour combattre Al-Qaïda au Yémen. Selon Thomas Juneau, il ne faut toutefois pas s'attendre à voir les États-Unis ou d'autres pays intervenir au Yémen, un pays complexe où la priorité des Occidentaux est avant tout de combattre la menace que représente Al-Qaïda pour le reste du monde.

« Al-Qaïda bénéficiait déjà d'un gouvernement faible, et ce qui se passe, à mon avis, ne change pas les choses de façon fondamentale pour l'organisation », dit Thomas Juneau, de l'Université d'Ottawa.

Q: Quelle était la situation hier à Sanaa ?

R: « Nous avons entendu des bombes et des coups de feu au cours des derniers jours, mais pour l'instant, la situation est normale et les gens se promènent dans les rues. La zone de combat est très circonscrite. Les miliciens houthis sont très présents, mais ne sont pas hostiles. Les gens ont peur et sont inquiets pour l'avenir », a résumé Samia al-Haddad, une militante yéménite jointe hier par La Presse dans la capitale.

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