Yémen: les miliciens chiites s'emparent du palais présidentiel

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Des miliciens chiites montent la garde devant un bâtiment endommagé à proximité du complexe présidentiel à Sanaa, le 20 janvier.

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Jamal AL-JABIRI
Agence France-Presse
SANAA

La puissante milice chiite au Yémen s'est emparée mardi du palais présidentiel à Sanaa et encerclait la résidence du chef de l'État, une ministre l'accusant de tentative de coup dans ce pays au bord du chaos.

Le Conseil de sécurité de l'ONU a, dans une déclaration unanime, condamné les attaques de la milice d'Ansaruallah et exprimé son soutien au président «légitime» Abd Rabbo Mansour Hadi, un grand allié des États-Unis dans la lutte contre Al-Qaïda.

Mais le chef d'Ansaruallah, Abdel Malek al-Houthi, a par avance affirmé dans un discours télévisé que «toutes les options sont ouvertes» contre M. Hadi. Il s'est aussi dit prêt à faire face à «toute mesure» que prendrait l'ONU.

La nouvelle offensive de cette milice qui cherche à étendre son influence à l'ensemble de la capitale yéménite qu'elle contrôle en grande partie depuis le 21 septembre, a été lancée lundi par des combats près du palais présidentiel et une attaque contre le convoi du Premier ministre Khaled Bahah.

Il n'était pas possible dans l'immédiat de connaître le sort de MM. Hadi et Bahah, dont les résidences étaient toujours encerclées mardi soir par les miliciens chiites, communément appelés houthis du nom de leur chef.

Néanmoins les combats qui ont fait une dizaine de morts depuis lundi selon des sources médicales, ont baissé d'intensité, ont précisé des habitants.

Les combattants houthis se sont emparés du palais présidentiel dans le sud de Sanaa, selon un responsable militaire. «Ils sont entrés dans le complexe et pillent des armes dans les dépôts».

Un cadre houthi, Ali Al-Bukhaiti, a confirmé sur son compte Facebook «la prise du complexe présidentiel».

L'ombre de Saleh

Les miliciens chiites d'Ansaruallah «veulent renverser le régime», a affirmé la ministre de l'Information Nadia Sakkaf sur son compte Twitter. «Le président du Yémen est la cible d'une attaque de miliciens armés».

Les combats ont poussé plusieurs ambassades occidentales dont celle de France à fermer leurs portes, alors que ce pays pauvre de la péninsule arabique est depuis des années secoué par de multiples conflits armés liés aux houthis, au réseau Al-Qaïda et aux indépendantistes sudistes.

Les miliciens chiites, qui ont leur fief dans la province de Saada (nord), ont lancé leur dernier assaut à Sanaa après leur refus d'entériner un projet de Constitution sur une structure fédérale qui les priverait notamment d'un accès à la mer.

Les houthis n'ont cessé de monter en puissance depuis leur entrée à Sanaa après avoir mobilisé des milliers de personnes contre les autorités accusées de corruption.

Soupçonnés d'être appuyés par l'Iran chiite, ils semblent aussi bénéficier du soutien de l'ex-président Ali Abdallah Saleh qui garde une forte influence et des réseaux qu'il a soigneusement tissés dans l'armée et parmi les tribus durant ses 33 ans de présidence.

Lors des combats près du complexe présidentiel, les miliciens ont bénéficié d'un soutien de forces loyales à M. Saleh, a affirmé à l'AFP un officier de la garde présidentielle. «Nous avons vu des soldats et combattants sortir de la résidence d'Ahmed Ali Abdallah Saleh (fils de l'ex-président) pour aller aider les houthis».

Selon un résident, des éléments des Forces spéciales sont passées sous commandement des houthis qui ont pris une position stratégique surplombant le palais présidentiel, sans aucune résistance.

M. Saleh est d'ailleurs depuis novembre la cible de sanctions de l'ONU pour avoir menacé la paix au Yémen.

Émissaire de l'ONU à Sanaa

Avant cette dernière offensive, les houthis ont enlevé Ahmed Awad ben Moubarak, chef de cabinet de M. Hadi et l'un des architectes du projet de Constitution, qu'ils ont rejeté.

Selon April Longley Alley, experte du Yémen à l'International Crisis Group, «le rapt de ben Mubarak est un message à M. Hadi indiquant que les houthis ne reviendront pas sur leur rejet d'une structure fédérale à six régions». Ils «utilisent la violence pour parvenir à leurs fins».

Pour tenter de trouver une sortie de crise, l'émissaire de l'ONU Jamal Benomar, actuellement au Qatar, a annoncé qu'il se rendrait immédiatement à Sanaa.

Depuis la révolte populaire de 2011 qui a poussé Ali Abdallah Saleh au départ, le pouvoir central a été marginalisé par Ansaruallah et Al-Qaïda dans la péninsule arabique (Aqpa) qui ont accru leur influence en s'emparant notamment de plusieurs régions.

Des violences, marquées par des combats et des attentats, ont opposé ces derniers mois l'Aqpa et les houthis, des ennemis jurés.



L'ombre de Saleh

Lors des combats de lundi près du complexe présidentiel, les miliciens ont bénéficié d'un soutien direct de forces loyales à M. Saleh, a affirmé à l'AFP un officier de la garde présidentielle.

«Nous avons vu plusieurs formations de soldats et de combattants sortir de la résidence d'Ahmed Ali Abdallah Saleh (fils de l'ex-président) pour venir prêter main-forte aux houthis», a dit cet officier.

Selon un résidant, des éléments des forces spéciales sont passés sous commandement des houthis. Ils n'ont pas combattu les houthis lorsque ces derniers ont pris une position stratégique sur une colline surplombant le palais présidentiel, a-t-il assuré.

Un combattant houthi, se présentant sous le nom d'Abou Hachem, a affirmé que son mouvement était entré à Sanaa pour «protéger les civils et combattre la corruption».

Les affrontements ont éclaté deux jours après l'enlèvement par les houthis d'Ahmed Awad ben Moubarak, chef de cabinet de M. Hadi et l'un des architectes du projet de Constitution rejeté par les houthis.

Selon April Longley Alley, experte du Yémen à l'International Crisis Group, «le rapt de ben Mubarak est un message adressé à M. Hadi indiquant que les houthis ne reviendront pas sur leur rejet d'une structure fédérale à six régions».

«Cela fait partie plus généralement des méthodes utilisées par les houthis qui formulent des exigences et, lorsque celles-ci ne sont pas satisfaites, utilisent la violence pour parvenir à leurs fins», selon elle.

Depuis la révolte populaire de 2011 qui a poussé au départ d'Ali Abdallah Saleh, le pouvoir central a été marginalisé par Ansaruallah et le réseau Al-Qaïda dans la péninsule arabique (AQPA) qui ont accru leur influence en s'emparant notamment de territoires.

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