Israël retient 106 millions d'euros destinés aux Palestiniens

Le premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou.... (Photo Dan Balilty, archives Reuters)

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Le premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou.

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Stephen WEIZMAN, Nasser ABU BAKR
Agence France-Presse
Jérusalem et Ramallah

Israël a riposté samedi à l'offensive diplomatique des Palestiniens à l'ONU en gelant un transfert de 106 millions d'euros à l'Autorité palestinienne et en menaçant ses dirigeants de poursuites en justice.

Après le dépôt vendredi à l'ONU de la demande d'adhésion palestinienne à la Cour pénale internationale (CPI), dans le but avoué d'y citer des responsables israéliens, la première mesure de rétorsion israélienne n'a pas tardé.

L'État hébreu a décidé samedi de ne pas reverser à l'Autorité palestinienne un demi-milliard de shekels (106 millions d'euros), selon un responsable israélien qui s'exprimait sous le couvert de l'anonymat.

Le négociateur en chef palestinien Saëb Erakat a aussitôt qualifié cette démarche de «nouveau crime de guerre israélien»: «Ce n'est pas une aumône israélienne au peuple palestinien qu'ils ont gelé, mais notre propre argent, qui est légalement à nous».

«Une fois de plus, Israël répond à une de nos initiatives légales par une nouvelle punition collective illégale», a-t-il ajouté, assurant que les Palestiniens «ne reculeront pas devant les pressions israéliennes».

Israël collecte pour le compte de l'Autorité palestinienne des taxes qu'il lui reverse chaque mois et qui représentent près de la moitié du budget palestinien.

Ces fonds sont régulièrement utilisés comme un levier de pression par l'État hébreu. En 2012 déjà, lorsque les Palestiniens avaient obtenu le statut d'État observateur à l'ONU, Israël avait gelé ces transferts.

Ces versements sont vitaux pour une Autorité palestinienne qui dépend aussi de l'aide internationale. Le ministère des Finances palestinien a d'ailleurs indiqué samedi qu'il rencontrait des difficultés à payer les fonctionnaires.

Menace judiciaire 

L'État hébreu a également menacé samedi les Palestiniens sur le front judiciaire, en retournant contre les dirigeants palestiniens leurs accusations de «crimes de guerre».

Selon un communiqué transmis à l'AFP et attribué à «des sources proches d'un responsable gouvernemental israélien», Israël envisage de poursuivre devant des tribunaux aux États-Unis et ailleurs le président Mahmoud Abbas, l'Autorité palestinienne et «de hauts responsables palestiniens», sans toutefois préciser quand et comment ces poursuites pourraient être lancées.

Israël ne digère pas la demande d'adhésion palestinienne à la CPI, initiée par le président Mahmoud Abbas dès mercredi, au lendemain du rejet à l'ONU d'un projet de résolution palestinienne sur la fin de l'occupation israélienne.

La Palestine peut rejoindre des organisations internationales depuis l'obtention de son statut d'État observateur aux Nations unies et M. Abbas a signé mercredi 20 nouvelles conventions, dont le Statut de Rome qui régit la CPI.

Le but de cette adhésion est, pour les Palestiniens, de citer à comparaître des dirigeants israéliens devant le tribunal de La Haye, dont la mission est de poursuivre les auteurs de génocides, crimes contre l'humanité ou crimes de guerre.

Ils pourraient ainsi leur demander des comptes pour les trois offensives lancées sur Gaza depuis 2008, ou encore pour l'occupation.

Campagne diplomatique 

En plus de cette demande d'adhésion, les Palestiniens entendent revenir à la charge à l'ONU avec leur résolution prévoyant la fin sous trois ans de l'occupation israélienne, pourtant rejetée mardi par le Conseil de sécurité et menacée de veto par les États-Unis.

Cette campagne diplomatique internationale vaut aux Palestiniens les foudres d'Israël, qui menace ses dirigeants de poursuites judiciaires.

Ceux qui doivent «craindre des poursuites sont les responsables de l'Autorité palestinienne qui opèrent au sein d'un gouvernement d'union avec le Hamas, une organisation terroriste qui comme [le groupe] État islamique perpètre des crimes de guerre», affirme ainsi le communiqué transmis samedi à l'AFP.

Depuis plusieurs mois, les responsables israéliens, le premier ministre Benyamin Nétanyahou en tête, multiplient les déclarations visant à assimiler les exactions de l'EI en Irak et en Syrie aux «crimes de guerre» qu'ils imputent au Hamas, qui a formé il y a sept mois un gouvernement d'indépendants avec le Fatah de Mahmoud Abbas après leur réconciliation au printemps dernier.

Ils accusent notamment le mouvement islamiste palestinien d'avoir utilisé les Gazaouis comme «bouclier humain» lors de la dernière offensive israélienne sur Gaza cet été.

En 50 jours, cette guerre, la troisième en six ans, a tué près de 2200 Palestiniens, en grande majorité des civils, et fait plus de 70 morts côté israélien, quasiment tous des soldats.

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