Bahreïn: la révolte qui dérange l'Occident

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Au moins 89 personnes, dont des enfants, ont été tuées aux mains du régime depuis trois ans, d'après la Fédération internationale des droits de l'homme (FIDH). Plus de 3000 citoyens seraient toujours détenus par les autorités de Bahreïn, selon les groupes d'opposition.

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Des prisonniers politiques continuent d'être torturés et tués trois ans après le Printemps arabe à Bahreïn, dictature du golfe Persique et allié militaire d'Ottawa et de Washington. À quelques jours des élections parlementaires au Bahreïn, le Canada «garde le silence pendant que des gens sont battus à mort», accuse la principale organisation américaine qui défend les droits de l'homme à Bahreïn.

Chaque soir, à Manama, capitale du Bahreïn, des manifestants descendent dans les rues pour demander des réformes démocratiques. Une occupation à haut risque: certains disparaissent et refont surface dans un hôpital avec des membres brisés. D'autres ne sont jamais revus vivants.

«Demander la démocratie et le respect des droits de l'homme, c'est un crime à Bahreïn», explique Husain Abdulla, directeur et fondateur du groupe Americans for Democracy&Human Rights in Bahrain, à Washington.

Au moins 89 personnes, dont des enfants, ont été tuées aux mains du régime depuis trois ans, d'après la Fédération internationale des droits de l'homme (FIDH). Plus de 3000 citoyens seraient toujours détenus par les autorités du Bahreïn, selon les groupes d'opposition.

«Le bilan du gouvernement du Canada vis-à-vis des atrocités commises par Bahreïn est désastreux, dit-il. Cela montre que les grandes déclarations sur la démocratie est les droits de l'homme ne sont que du vent.»

Tom Henheffer
directeur général de l'organisation Journalistes canadiens pour la liberté d'expression

Une répression qui s'accélère, note M. Abdulla. «Ils visent les intellectuels, les professeurs, les militants des droits de l'homme. Il y a un roulement: certains sont mis en liberté, d'autres sont arrêtés. Les cas de torture sont nombreux et bien documentés.»

Des actes dénoncés par les organisations non gouvernementales, mais qui semblent être dans l'angle mort des pays occidentaux. À ce chapitre, un pays se démarque par son inaction: le Canada.

Selon Tom Henheffer, directeur général de l'organisation Journalistes canadiens pour la liberté d'expression (CJFE), à Toronto, le silence du Canada est «effarant».

«Le bilan du gouvernement du Canada vis-à-vis des atrocités commises par Bahreïn est désastreux, dit-il. Cela montre que les grandes déclarations sur la démocratie est les droits de l'homme ne sont que du vent.»

L'an dernier, le ministre des Affaires étrangères du Canada, John Baird, s'est fait prendre en photo avec le prince héritier Salman bin Hamad al-Khalifa, frère du prince du Bahreïn, Nasser ben Hamad al-Khalifa, soupçonné d'avoir personnellement torturé des prisonniers politiques, note M. Henheffer.

«C'est comme si le Canada fermait les yeux sur les agissements du gouvernement de Bahreïn.»

Husain Abdulla note que son organisation a plusieurs fois écrit au ministre Baird. «Nous n'avons reçu aucune réponse, dit-il. Le Canada garde le silence pendant que des gens sont battus à mort. Le Canada veut tisser des liens étroits avec le régime monarchique, pas le critiquer.»

«Élections factices»

Petite île du golfe Persique, Bahreïn occupe une position unique sur l'échiquier géopolitique mondial: un allié de l'Occident, en plein coeur de l'une des zones les plus stratégiques du globe.

Bahreïn accueille une base du Centcom (commandement central militaire américain) ainsi que l'état-major de la 5e flotte de la US Navy. C'est le principal point d'ancrage des États-Unis dans cette région du globe. Les ventes d'armes canadiennes à Bahreïn ont connu une hausse importante ces dernières années.

Brian Dooley, directeur du programme des droits de l'homme de l'organisation Human Rights First, à Washington, est d'avis que le Canada pourrait mettre davantage de pression sur Bahreïn, nation majoritairement chiite dirigée depuis 200 ans par une monarchie sunnite.

«Les États-Unis ont une importante base militaire là-bas, ils sont dans une position difficile. Le Canada, en revanche, n'a pas d'intérêts majeurs au Bahreïn. Ottawa pourrait - et devrait - se montrer bien plus ferme.»

Adam Hodge, porte-parole du ministre John Baird, n'a pas répondu à la demande d'entrevue de La Presse.

Amy Mills, porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Commerce et Développement Canada, a indiqué par courriel: «Le Canada appuie l'engagement de Bahreïn à respecter ses obligations internationales en matière de droits de la personne, et ce, à tous les niveaux de participation.»

Amy Mills a ajouté: «Le Canada reconnaît le rôle solide et constructif que joue Bahreïn dans le domaine de la sécurité au sein de la région, notamment à titre de dirigeant des efforts de lutte contre le Hezbollah et le terrorisme.»

Élections boycottées

En tant que négociateur du Conseil de coopération du Golfe (GCC), c'est Bahreïn qui voit à l'achat de matériel militaire pour les pétromonarchies de la région, note Husain Abdulla.

Le 22 novembre, des élections parlementaires auront lieu à Bahreïn. Déclaré hors la loi par le régime monarchique, le principal parti de l'opposition, Al-Wefaq, a appelé au boycottage de ces «élections factices».

«À Bahreïn, il y a des points de contrôle de l'armée partout, dit M. Abdulla. La liberté de mouvement n'existe pas. Pendant ce temps, le pays se paie une campagne d'image à l'étranger, et se dit ouvert sur le monde et moderne.»

La position de l'Occident vis-à-vis de Bahreïn est «frustrante», dit Brian Dooley. «La situation à Bahreïn n'est pas désespérée, comme elle peut l'être en Irak ou en Syrie. L'Occident pourrait exiger des réformes démocratiques. Son silence en est d'autant plus troublant.»

Le prince Nasser ben Hamad al-Khalifa... (PHOTO ARCHIVES AFP/BNA) - image 4.0

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Le prince Nasser ben Hamad al-Khalifa

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Le prince «playboy» de Bahreïn

Si un réalisateur voulait inclure le personnage d'un prince du golfe Persique dans un film, il n'aurait qu'à reproduire la vie de Nasser ben Hamad, fils du roi de Bahreïn.

À 27 ans, Nasser ben Hamad al-Khalifa a remporté les honneurs lors de plusieurs courses d'endurance. Il pratique la chasse à l'aigle, sort dans les boîtes à la mode de Londres, fréquente la royauté britannique et participe à d'importantes courses de chevaux en Europe et ailleurs.

Nasser ben Hamad al-Khalifa est aussi soupçonné d'avoir personnellement torturé au moins trois prisonniers politiques dans une prison de Bahreïn, en 2011. Une de ses victimes présumées, réfugiée au Royaume-Uni, a intenté des démarches judiciaires contre lui à Londres.

Le 7 octobre, la justice britannique a levé l'immunité dont le prince Nasser jouissait en tant que membre d'un gouvernement étranger, traçant la voie à l'ouverture d'une enquête contre lui. Cela n'a pas empêché le prince de se rendre à une soirée mondaine donnée le 14 octobre au légendaire hôtel Savoy, sur les rives de la Tamise, dans le centre de Londres.

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