Conflit israélo-palestinien: à une étincelle de l'explosion

Des Palestiniens masqués lançaient des pierres à des... (PHOTO THOMAS COEX, AFP)

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Des Palestiniens masqués lançaient des pierres à des policiers israéliens lors des affrontements de mercredi à Shuafat, une banlieue arabe de Jérusalem.

PHOTO THOMAS COEX, AFP

L'enlèvement et le meurtre de quatre adolescents trois Juifs-Israéliens et un Palestinien ont jeté beaucoup d'huile sur le feu qui couve au Proche-Orient depuis la rupture des négociations de paix en avril. Un nouvel embrasement est-il imminent ?

Les symptômes de la colère font craindre le pire.

Des funérailles d'un adolescent palestinien probablement tué par vengeance. Des policiers israéliens qui bloquent la procession funéraire et aspergent les participants de gaz lacrymogène et de balles de plastique. Des Palestiniens masqués qui lancent des pierres.

La scène, qui s'est déroulée vendredi, a un air de déjà-vu. Un air d'intifada, le nom donné aux deux soulèvements palestiniens qui se sont déroulés respectivement de 1987 à 1993 et de 2000 à 2005. «Intifada, intifada», ont d'ailleurs hurlé certains manifestants.

Sommes-nous à la veille d'un troisième épisode? «Nous n'avons pas vu venir la première et la deuxième intifada, c'est difficile de prédire si ce sera la troisième», note Rex Brynen, professeur de science politique et expert du Moyen-Orient à l'Université McGill. «Selon moi, nous ne sommes pas encore rendus là», ajoute-t-il.

Les parallèles sont cependant faciles à tracer. Le lieu de la confrontation de vendredi était hautement symbolique. La deuxième intifada avait débuté lorsque Ariel Sharon, en campagne pour devenir premier ministre d'Israël, avait rendu visite à l'esplanade des Mosquées, aussi connue par les Juifs comme le mont du Temple. Vendredi, la police israélienne avait le mandat de bloquer l'accès à la procession palestinienne qui voulait se rendre au même endroit pour rendre un dernier hommage au jeune Mohammed Abu Khdeir, dont la dépouille calcinée a été retrouvée dans la forêt de Jérusalem, cette semaine.

Même si les coupables n'ont pas encore été identifiés, les autorités palestiniennes croient que le jeune a été tué par des extrémistes israéliens qui vengeaient la mort de trois adolescents juifs, tués en Cisjordanie le 12 juin et dont la mort a plongé Israël en entier dans le deuil.

Aux armes!

Les deux parties du conflit sont à cran. Après avoir mené une large opération policière qui a fait six morts dans les territoires occupés, Israël a bombardé de nombreuses cibles liées au Hamas, qu'elle accuse du crime, et a déployé des renforts militaires à la frontière de la bande de Gaza. Du côté palestinien, les tirs de roquette sur le sud d'Israël ont repris de plus belle, atteignant des résidences.

«Les deux parties devront faire attention pour que les choses ne basculent pas», note Robert Blecher, directeur du programme du Moyen-Orient et de l'Afrique du Nord à l'International Crisis Group, en espérant que tous feront preuve de retenue devant le pourrissement de la situation qui a débuté bien avant les quatre assassinats.

Des négos aux assassinats

La rupture des négociations de paix en avril n'est pas étrangère à la récente dégradation de la situation, selon les experts. Chapeautés par les États-Unis, les pourparlers ont été rompus par Israël. L'État hébreu a dénoncé la réconciliation entre les deux principaux acteurs politiques palestiniens, l'Organisation de libération de la Palestine de Mahmoud Abbas et le Hamas, l'organisation islamiste qui règne sur la bande de Gaza. Le gouvernement israélien refuse de négocier avec le Hamas, qu'il qualifie d'«organisation terroriste».

Du côté palestinien, les négociations étaient déjà rendues quasi impossibles par l'acharnement de Juifs d'extrême droite à développer de nouvelles colonies dans les territoires occupés, et ce, malgré l'opposition des États-Unis et de la communauté internationale. «Les négociateurs palestiniens ont dit que leur voix à la table des négociations était enterrée par le bruit des bulldozers», remarque Robert Blecher.

Haut la haine!

Le conflit autour des colonies déborde largement de l'arène politique. Les assassinats des derniers jours ont mis en lumière les relations à couteaux tirés entre les Palestiniens des territoires occupés et les habitants des colonies juives.

Les trois jeunes juifs tués étaient des colons et leur enlèvement a été vu d'un bon oeil par l'opinion publique palestinienne, note Rex Brynen.

Le racisme a été tout aussi manifeste du côté israélien. Des propos haineux, appelant à la «mort des Arabes» et au «rasage de Gaza» se sont répandus sur l'internet et ont ponctué les manifestations en marge des funérailles des trois jeunes Israéliens.

«On n'a jamais vu un tel niveau de racisme, même pendant la première et la deuxième intifada», a dit un proche du jeune Palestinien tué au New York Times cette semaine.

Analyste à Jérusalem, travaillant aussi pour l'International Crisis Group, Ofer Zalzberg remarque depuis cinq ans un durcissement dans les propos de la droite israélienne. «Les gens ont perdu espoir dans le processus de paix et s'en sont désintéressés. Ils sont de plus en plus centrés sur eux-mêmes. Il y a peu d'empathie pour l'autre partie au conflit et les accusations sont de plus en plus simplistes», note-t-il, ajoutant que les leaders israéliens n'en font pas assez pour endiguer la chose. Les attaques physiques contre des Palestiniens se font plus fréquentes et les responsables sont rarement punis.

Robert Blecher estime que ce serait une erreur de prendre cette tendance à la légère. Même si le gouvernement israélien et le Hamas ne veulent pas d'un autre long épisode de guerre ouverte, la rue, elle, risque de s'engouffrer dans la violence ethnique. «Le déclencheur de la troisième intifada ne sera peut-être pas seulement entre colons juifs et Palestiniens des territoires occupés, mais aussi entre la droite israélienne et les Arabes qui sont citoyens d'Israël», met en garde l'expert.

«La situation actuelle n'est pas seulement le produit des négociations qui ont échoué. C'est une décennie de nationalismes ethniques qui s'affrontent, combinée avec l'occupation israélienne, la discrimination et l'élargissement des colonies qui ont pour effet de refouler les Palestiniens dans un coin.»

Une pluie d'irritants

La tension est palpable ces jours-ci en Israël et dans les territoires palestiniens où, craignent plusieurs, une étincelle pourrait raviver le brasier.

Survol des pommes de discorde.

L'occupation

Depuis la guerre des Six Jours en 1967, Israël occupe la Cisjordanie, Jérusalem-Est, les hauteurs du Golan et la péninsule du Sinaï (restituée à l'Égypte depuis), en plus d'encercler la bande de Gaza. Même si les Palestiniens ont un gouvernement élu, les forces israéliennes contrôlent militairement les territoires occupés et y font la loi.

L'embargo

Depuis 2007, Israël impose un embargo à la bande de Gaza, empêchant une longue liste de produits de se rendre jusqu'à la population. Cet embargo a été mis en place après que le parti islamiste du Hamas y ait remporté les élections. L'embargo a été quelque peu allégé au cours des trois dernières années, mais l'économie de Gaza est encore affectée par les restrictions, notamment sur les matériaux de construction.

La haine

«Mort aux Arabes.» «Mort aux Juifs.» Les manifestations qui ont suivi la mort des quatre adolescents cette semaine ont démontré un niveau de haine peu commun entre les populations juives et arabes de la région.

Quatre adolescents, un même triste destin

Israël a retenu son souffle pendant 18 jours pour trois adolescents juifs enlevés et a pleuré abondamment leur mort, confirmée par la découverte des corps le 30 juin. Les Palestiniens crient de rage et de douleur après qu'un des leurs, âgé de tout juste 16 ans, a été retrouvé calciné cette semaine. Portrait des quatre jeunes hommes qui sont devenus le symbole de la haine entre les deux peuples en guerre.  

Eyal Yifrach, 19 ans

Le jeune homme, qui espérait joindre l'armée israélienne, étudiait à l'école religieuse Shavei Hevron, dans la colonie juive au coeur d'Hébron, comme les deux autres victimes juives. Il était originaire de la ville ultra-orthodoxe d'Elad, dans le centre d'Israël. Un ami de la famille a dit de lui qu'il était «le père de tous les enfants de son quartier».

Gilad Shaer, 16 ans

Originaire de la colonie juive de Talmon, en Cisjordanie, ce jeune homme était un des leaders de l'organisation Bnei Akiva, un mouvement religieux pour la jeunesse. Selon sa famille, c'était un mordu de la boulangerie et de la pâtisserie.

Naftali Frenkel, 16 ans

Né en Israël, dans la communauté religieuse de Nof Ayalon, l'adolescent détenait les citoyennetés israélienne et américaine. Dans un hommage à son fils, sa mère a décrit un jeune homme enjoué qui aimait jouer de la guitare et adorait le basketball. Il revenait d'un voyage avec sa classe au moment de son enlèvement.

Mohammed Abu Khdeir, 16 ans

Cinquième d'une famille de sept enfants, le jeune Palestinien vivait avec sa famille dans le quartier de Shuafat, l'un des mieux nantis de Jérusalem-Est. Fils du propriétaire d'un magasin d'électroménagers, il étudiait l'électronique. Il était friand de jeux vidéo. Le jeune Abu Khdeir se dirigeait vers une mosquée de son quartier pour faire la prière de l'aube du Ramadan quand il a été enlevé.

Sources: The New York Times, Ynet, BBC




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