D'ex-détenus d'Abou Ghraïb toujours en quête de justice

Un soldat américain interroge un détenu dans la... (Photo d'archives AP/Washington Post)

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Un soldat américain interroge un détenu dans la prison d'Abou Ghraïb à l'aide d'un chien, en 2004.

Photo d'archives AP/Washington Post

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Des Irakiens qui affirment avoir été torturés dans la prison d'Abou Ghraïb durant l'occupation de leur pays par les États-Unis tentent d'obtenir réparation d'une firme privée, qu'ils accusent d'être responsable des sévices subis.

L'entreprise, CACI International, dont le siège se trouve en Viriginie, soutient que la poursuite est sans fondement et souhaite contraindre les quatre plaignants à lui rembourser une partie des frais judiciaires engagés pour se défendre.

Dix ans après la diffusion des photos-chocs montrant des soldats américains en train de torturer des détenus, il apparaît «clairement» que trop peu de choses ont été faites pour que les coupables répondent de leurs gestes, souligne Katherine Gallagher, du Center for Constitutional Rights (CCR).

L'organisation new-yorkaise de défense des droits de l'homme, qui représente les plaignants dans la cause contre CACI, note que seuls de simples soldats chargés d'appliquer les ordres ont été traînés en justice depuis.

L'implication du privé

Le rôle des entreprises privées auxquelles l'armée américaine avait confié l'interrogatoire de milliers d'Irakiens soupçonnés de prendre part à l'insurrection a été largement négligé dans le processus.

Le CCR a donc intenté une poursuite contre l'une de ces sociétés, Titan, au nom de 256 victimes d'Abou Ghraïb, mais un tribunal d'appel de Washington a rejeté la cause.

Une poursuite a également été lancée contre une autre entreprise, L-3 Services, qui a fourni des interprètes dans plusieurs centres de détention sous autorité américaine en Irak. Une firme apparentée a accepté il y a quelques années de régler à l'amiable pour 5,3 millions de dollars.

«Ils ont dû en arriver à la conclusion qu'ils pourraient être tenus responsables des abus par un jury. Nos prétentions ne sont pas frivoles», note Me Gallagher.

Reste la cause contre CACI, qui a joué, au dire des plaignants, un rôle de premier plan à Abou Ghraïb. La poursuite soutient que des employés de la firme ont pris de facto le commandement des soldats et leur ont ordonné d'utiliser la manière forte contre les détenus.

L'avocate du CCR note que des enquêtes menées par l'armée à la suite du scandale ainsi que l'interrogatoire des militaires traduits par la suite en cour martiale ont permis d'identifier nommément des employés de CACI qui ont joué un rôle dans ces sévices.

«Je vois mal comment CACI peut ne pas trouver ça problématique. Il est très clair que les choses ne se sont pas passées comme elles auraient dû se passer», souligne Me Gallagher.

Rien à se reprocher

La firme, qui a notamment produit un livre il y a quelques années pour défendre sa réputation et dénoncer les allégations «tordues» dont elle est l'objet, relève qu'aucun employé ou ex-employé n'a été traîné en justice dans cette affaire.

Ses dirigeants se disent «extrêmement fiers» des individus qui ont «accepté de soutenir la mission américaine en Irak en prenant des risques personnels importants». La porte-parole de l'entreprise n'a pas rappelé La Presse hier.

CACI a obtenu en juin dernier que la poursuite du CCR soit rejetée par un tribunal de la Virginie. Le magistrat a cité une récente décision de la Cour suprême qui interprétait de manière restrictive une loi autorisant les ressortissants étrangers à réclamer des dommages-intérêts devant les tribunaux américains en cas de préjudice.

Selon Me Gallagher, le juge aurait dû retenir qu'il y avait, dans la cause des anciens prisonniers d'Abou Ghraïb, un lien «suffisamment fort» avec les États-Unis pour accueillir la cause.

«La décision envoie un message extrêmement dangereux en accordant une certaine immunité» aux firmes américaines qui travaillent hors des États-Unis, déplore l'avocate du CCR, qui a interjeté appel.

Une décision est attendue cet été à ce sujet, note Me Gallagher, qui lutte aussi contre un autre jugement obligeant les plaignants à payer chacun près de 14 000$ pour les frais judiciaires de CACI.

«C'est une démarche inhabituelle. Le fait que des victimes de sévices puissent être bâillonnées par une facture de frais judiciaires pourrait faire en sorte que moins de personnes cherchent à obtenir justice», souligne l'avocate.

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TECHNIQUES SORDIDES

Les anciens détenus d'Abou Ghraïb qui poursuivent la firme américaine CACI affirment avoir subi une longue liste de sévices. Parmi les techniques alléguées:

> Exposition à des fluctuations de température extrêmes

> Nudité

> Privation de sommeil durant de longues périodes avec de la musique forte

> Humiliation, par exemple en imposant le port de sous-vêtements féminins

> Intimidation avec des chiens non muselés




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