Les talibans frappent à Kaboul: deux Canadiens parmi les victimes

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L'assaut, revendiqué par les talibans, s'est terminé trois heures plus tard lorsque les insurgés ont été abattus par les forces afghanes.

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Mushtaq Mojaddidi
Agence France-Presse
Kaboul, Afghanistan

Un raid d'un commando taliban contre un hôtel de luxe situé en plein coeur de Kaboul a fait au moins neuf morts, dont quatre étrangers - parmi lesquels deux Canadiens - et un journaliste de l'AFP, signe de la dégradation de la sécurité dans la capitale afghane à deux semaines de la présidentielle, ont annoncé vendredi des responsables.

La mort des deux ressortissants canadiens a été confirmée par le ministère des Affaires étrangères à Ottawa. 

Jeudi soir, quatre jeunes insurgés ayant dissimulé des pistolets dans leurs chaussettes ont réussi à déjouer la sécurité du Serena, l'hôtel le plus prestigieux de Kaboul fréquenté par de nombreux étrangers.

Vers 20h30 locales, les assaillants ont ouvert le feu sur des clients réunis dans le restaurant de l'hôtel, dont certains célébraient Norouz, le nouvel an afghan, a déclaré le porte-parole du ministère afghan de l'Intérieur, Sediq Seddiqi.

L'assaut, revendiqué par les talibans, s'est terminé trois heures plus tard lorsque les insurgés ont été abattus par les forces afghanes.

«Selon nos dernières informations, neuf personnes ont malheureusement péri. Il s'agit de quatre étrangers et de cinq Afghans», excluant les assaillants, a déclaré M. Seddiqi.

Le journaliste de l'AFP Sardar Ahmad, sa femme et deux de ses enfants ont été tués dans cette attaque. Le troisième enfant du couple, un jeune garçon, était quant à lui dans un état critique.

Sardar Ahmad, 40 ans, pilier du bureau de l'AFP Kaboul où il travaillait depuis 2003, était reconnu dans la profession pour sa connaissance des questions sécuritaires et ses reportages vivants.

«C'est une douleur immense et une perte considérable pour l'Agence France-Presse», a déclaré le PDG de l'AFP, Emmanuel Hoog. «Sardar Ahmad, journaliste confirmé et courageux, était une pièce maîtresse de notre équipe en Afghanistan qui assure, chaque jour, une couverture exceptionnelle de l'actualité de ce pays dans des conditions extrêmement difficiles», a-t-il ajouté.

Dans un communiqué, le président Hamid Karzaï a dénoncé cette attaque et présenté ses condoléances à la famille «du brillant journaliste afghan» Sardar Ahmad.

Les quatre ressortissants étrangers sont de nationalité canadienne, néo-zélandaise, indienne et pakistanaise, ont indiqué des responsables afghans.

Selon le ministre paraguayen des Affaires étrangères Eladio Loizaga, un ex-diplomate du Paraguay, Luis Maria Duarte, fait aussi d'ailleurs partie des victimes.

M. Duarte travaillait pour la mission d'observation des élections du National democratic institute (NDI), un organisme proche du Parti démocrate américain qui fait la promotion de la démocratie à travers le monde.

Une attaque liée aux élections

Les Afghans sont conviés aux urnes dans deux semaines, le 5 avril, pour élire le successeur de Hamid Karzaï, seul homme à avoir dirigé le pays depuis l'intervention militaire occidentale ayant chassé les talibans du pouvoir à la fin 2001.

Selon la Constitution, M. Karzaï ne peut briguer un troisième mandat lors de ce scrutin ce qui ouvre la voie à une première transition démocratique dans ce pays miné par plus de trois décennies de guerre.

Les talibans ont toutefois prévenu qu'ils allaient «perturber» cette élection et attaquer le personnel politique, électoral et des observateurs, ce qui pourrait avoir une incidence sur la participation populaire et sur la capacité à détecter de possibles fraudes électorales sur le terrain.

«Nous pensons que cette attaque est directement liée aux élections», a d'ailleurs soutenu vendredi M. Sediqqi.

«L'objectif politique des talibans est clair: ils veulent discréditer les élections, créer une crise de légitimité à Kaboul... et ainsi arriver à la table des négociations en position de force», a déclaré à l'AFP Ahmed Rashid, auteur célèbre de nombreux ouvrages sur les talibans.

La branche des insurgés hostile à toute réconciliation avec le pouvoir pour stabiliser le pays après le retrait de l'Otan à la fin de l'année pourrait, elle, prendre prétexte d'une telle crise à Kaboul pour tenter de saisir le pouvoir par les armes, a-t-il ajouté.

Vague d'attaques à Kaboul

L'hôtel Serena, un établissement élégant doté d'une vaste cour intérieure, d'une salle de sport, d'une piscine et de plusieurs restaurants, avait déjà été visé en janvier 2008 par un attentat suicide des talibans qui avait fait huit morts.

L'hôtel avait renforcé ses mesures de sécurité après cette attaque et ainsi continué à attirer étrangers, diplomates et hommes d'affaires afghans.

Mais les autorités afghanes ont montré du doigt vendredi les services de sécurité de l'hôtel pour ne pas avoir été en mesure de détecter les armes des insurgés.

«Au cours des deux dernières années, nous avons demandé à la direction de l'hôtel d'utiliser nos forces de protection publiques, mais elle préférait s'en remettre à leurs propres gardes», a déploré M. Seddiqi.

L'attaque du Serena s'inscrit aussi dans le cadre d'une vague de violence ciblant les étrangers en Afghanistan, ce qui a forcé des organisations à réduire leur suivi des élections.

Le 17 janvier dernier, un commando-suicide taliban avait tué 21 personnes, dont 13 étrangers, dans une attaque contre le restaurant «La Taverne du Liban». Et le 11 mars, ce fut au tour du grand reporter anglo-suédois Nils Horner d'être abattu en pleine rue à Wazir Akbar Khan, un quartier de la capitale afghane où sont établies des ambassades.

- Avec Associated Press




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