Quelque 22 personnes sont poursuivies dans ce scandale ébranlant l'Afghanistan, qui a vu plus de 900 millions de dollars détournés des caisses de cet établissement financier entre 2006 et 2010.
«Des informations obtenues pendant l'enquête indiquent que la décision finale sur (les personnes à) inculper a été prise au niveau politique au printemps 2011 par un comité de haut niveau», affirme ce rapport du Comité indépendant d'évaluation et de contrôle anti-corruption, une organisation financée par les bailleurs.
«On a demandé aux procureurs du bureau de l'avocat général d'amender leurs inculpations pour se conformer aux décisions prises», selon ce texte.
Les 22 suspects incluent le fondateur et le président de la banque, Sher Khan Farnoud et son directeur général Khalilullah Ferozi, tout deux accusés d'avoir volé des centaines de millions de dollars via un système de prêts frauduleux.
Mahmood Karzaï, le frère du président Hamid Karzaï, et un frère du vice-président Mohammad Qasim Fahim, faisaient partie des actionnaires de la Banque de Kaboul. Aucun des deux n'est inquiété par la justice.
«Les inculpations n'incluent pas les responsables d'entreprises comptables ayant créé de faux documents, les employés de la compagnie aérienne qui ont fait sortir l'argent d'Afghanistan, ou les actionnaires qui ont emprunté de l'argent à taux zéro, apparemment sans intention de remboursement», selon ce rapport.
Le scandale de la Banque de Kaboul, dans un pays tenu à bout de bras par la communauté internationale, avait provoqué la colère des bailleurs.
«Les pertes de la Kabul Bank et la crise qui s'en est suivie s'expliquent par des fraudes, de faibles régulation et contrôle, l'impunité et les interférences politiques», peut-on lire dans le rapport.
Le président Karzaï aurait également profité des largesses de la banque, qui «a fourni des millions de dollars pour la campagne d'au moins un candidat à la présidentielle» de 2009, contre les recommandations de la Banque centrale afghane, de même source.
Il a été rapporté à de multiples reprises que la Banque de Kaboul était l'un des principaux donneurs de la campagne d'Hamid Karzaï, même si son nom n'est pas cité par les auteurs du rapport.
Mi-novembre, le Fonds monétaire international (FMI), qui avait cessé tout versement au gouvernement jusqu'à ce que des avancées tangibles surviennent dans l'enquête et les poursuites, a finalement accepté d'accorder un nouveau prêt à Kaboul.
La gestion du dossier Banque de Kaboul est un test pour les autorités afghanes, que les donneurs internationaux observent avec attention, eux qui ont conditionné le maintien de leur aide dans les années à venir à la mise en place de réformes, notamment en terme de gouvernance et de corruption.
L'affaire de la Banque de Kaboul est dans la ligne de mire de la communauté internationale.