Les insurgés irakiens ont visé mardi des bâtiments résidentiels dans plusieurs quartiers de Bagdad, tuant au moins 35 personnes, deux jours après une série d'attaques contre des ambassades.

Ce regain de violence coïncide avec le vide politique causé par l'incapacité des partis à se mettre d'accord sur la formation du gouvernement, un mois après la tenue des élections législatives.

«Six attentats à la bombe se sont produits dans plusieurs quartiers de Bagdad et sept bâtiments se sont écroulés», a affirmé un responsable du ministère de l'Intérieur.

Selon un bilan provisoire du ministère de l'Intérieur, 35 personnes ont été tuées et 140 blessées, mais en milieu de journée des victimes étaient encore sous les décombres.

Contrairement à la série d'attaques ayant visé dimanche des ambassades, les attentats de mardi ont ciblé les civils car les charges explosives étaient placées dans des immeubles résidentiels de la capitale. Les déflagrations ont eu lieu à Allawi (centre), Chkouk et Choula (nord), ainsi que Chourta Rabia et Amel (sud).

À Allawi, le bâtiment visé comprenait un café populaire et des magasins au rez-de-chaussée ainsi que des appartements au premier étage. La forte charge d'explosifs placée à l'intérieur a fait s'effrondrer la structure réduite à un tas de ruines, selon des journalistes de l'AFP.

Des habitants et des pompiers tentaient de secourir les personnes sous les décombres en creusant à mains nues au milieu des cris de proches ayant perdu des membres de leur famille.

«Maman, réponds moi s'il te plait», lançait en larmes une femme.

Moustapha, un jeune homme du quartier, qui participait au sauvetage, a découvert le corps d'une victime, Alaa, et a dû annoncer la nouvelle à son épouse en pleurs.

«J'étais parvenu à dégager les briques et le sable qui ensevelissaient Alaa, mais il a rendu l'âme car il a trop saigné de la tête», dit-il à l'épouse qui s'est effondrée sur la chaussée.

Un officier de l'armée sur place, s'exprimant sous couvert de l'anonymat, a confié que des inconnus étaient venus dimanche pour louer un des magasins afin, selon eux, d'ouvrir un snack.

«Hier, ils ont apporté beaucoup de matériel et aujourd'hui ils n'étaient pas là quand l'explosion s'est produite dans ce magasin. Nous sommes partis chercher le propriétaire pour l'interroger», a précisé l'officier.

À Chkouk, un photographe de l'AFP a assisté aux mêmes scènes d'horreur et de panique.

«Il y a eu une première explosion vers 9H15 (2H15 HNE) dans une maison près de la rue principale», a raconté Abou Ali, 47 ans, propriétaire d'un commerce dans le quartier.

«Lorsque les gens se sont précipités pour voir ce qui se passait, une seconde explosion a eu lieu dans un bâtiment mitoyen de deux étages. Les victimes sont des habitants de l'immeuble et des passants», a-t-il ajouté.

Ces attentats interviennent deux jours après la série d'attaques contre des ambassades dans la capitale qui ont tué 30 personnes et fait plus de 200 blessés.

Le ministre irakien des Affaires étrangères, Hoshyar Zebari, avait affirmé dimanche qu'elles portaient la «marque» du réseau d'Al-Qaeda, car elles rappellent des attaques spectaculaires des derniers mois contre des hôtels et des ministères.

Selon lui, les insurgés veulent utiliser «le vide politique» provoqué par l'absence d'un accord sur la formation d'un gouvernement, un mois après les législatives. «C'est une attaque politique qui vise à nuire au processus (politique) et à envoyer le message que les terroristes sont toujours actifs», a insisté M. Zebari.

Les partis mènent des tractations pour former le gouvernement, après la victoire de l'ancien premier ministre laïque Iyad Allawi, qui a devancé de deux sièges le chef du gouvernement sortant Nouri al-Maliki.