Afghanistan : un scrutin déjà taché de sang

Dimanche, les talibans ont promis de s'en prendre aux forces de sécurité en... (Photo David  Guttenfelder, AP)

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Dimanche, les talibans ont promis de s'en prendre aux forces de sécurité en Afghanistan et de couper les doigts de ceux qui iront voter demain. Hier, ils ont mis leurs menaces à exécution en commettant un spectaculaire attentat. Le gouvernement, qui craint de voir les bureaux de scrutin désertés demain, a sorti une nouvelle arme: la censure.

Hier, quelques heures après un attentat à la voiture piégée qui a fait au moins sept morts, dont deux travailleurs des Nations unies, sur une des principales routes de Kaboul, le ministère des Affaires étrangères a pris un décret enjoignant aux journalistes afghans et étrangers de «ne pas diffuser d'information sur les violences» le matin du scrutin.

Le Ministère explique qu'il veut «s'assurer d'une large participation du peuple afghan» au scrutin de demain, au cours duquel 17 millions d'électeurs sont invités à choisir un président et à élire les 420 personnes qui siégeront à 34 conseils provinciaux.

Cette demande inusitée a pris de court les centaines de journalistes qui couvrent ce deuxième scrutin présidentiel de l'histoire afghane et soulevé l'ire des groupes de défense des droits de la personne. «Censurer l'information au sujet des violences est déraisonnable. Les électeurs doivent pouvoir faire un choix éclairé en se rendant aux bureaux de scrutin», a dit hier une représentante de Human Rights Watch en Afghanistan, Rachel Reid, que La Presse a jointe à Kaboul.

Vague d'attentats

La censure médiatique survient alors que l'Afghanistan est frappé de plein fouet par une vague de violences malgré le déploiement de 64 500 militaires étrangers.

Hier seulement, les talibans ont revendiqué trois attentats dans la capitale, moins de trois jours après qu'un kamikaze eut tué sept personnes devant le quartier général des forces étrangères.

Dans le plus meurtrier des attentats d'hier, une voiture piégée a foncé sur un convoi militaire étranger. La déflagration a tué au moins sept personnes et en a blessé cinquante. Le secrétaire général de l'ONU, Ban ki-Moon, déplorant la perte de deux employés afghans des Nations unies dans l'explosion, a appelé hier les talibans à mettre fin à leurs tentatives d'intimidation. Plus tôt dans la journée, les rebelles islamistes ont aussi propulsé des roquettes sur le quartier général de la police et sur le palais présidentiel, sans faire beaucoup de dégâts.

Le reste du pays n'a pas été épargné. Un candidat aux élections régionales a été assassiné dans le nord du pays. Trois travailleurs électoraux ont aussi été tués par une bombe dans la région montagneuse du Badakhshan.

Menaces multiples

Cette escalade de la violence fait suite aux menaces ouvertes qu'a proférées dimanche un porte-parole des talibans, Qari Mohammed Yousouf. Il a recommandé aux Afghans de se tenir loin des forces de sécurité afghanes et internationales, contre qui les insurgés comptent multiplier les attaques. Les talibans ont aussi menacé de «couper les doigts» tachés d'encre indélébile et de «trancher la gorge» à ceux qui oseront se présenter à l'un des 7000 bureaux de vote. «Ne vous laissez pas abuser par les infidèles, par leurs valets et par les Américains, et ne vous rendez pas aux urnes», a dit Qari Mohammed Yousouf.

Pour sa part, la Force internationale d'assistance à la sécurité, qui regroupe les effectifs des armées étrangères, a annoncé hier qu'elle cesserait ses actions militaires contre les talibans dans le sud du pays pour se concentrer sur la protection des civils pendant le scrutin.

Les autorités ont déjà annoncé des mesures de sécurité beaucoup plus importantes que lors des élections précédentes de 2004 et 2005. Demain, tout déplacement en automobile sera notamment interdit au pays.

Malgré des mois de juillet et d'août exceptionnellement meurtriers, le président sortant, Hamid Karzaï, se disait hier optimiste quant au déroulement des élections de demain. Protégé des États-Unis après le renversement du régime taliban, Hamid Karzaï récolte, selon les sondages, 45% des intentions de vote. S'il n'obtient pas la majorité demain, il devra affronter dans un deuxième tour son plus proche rival parmi les 40 autres candidats. Les résultats du premier tour seront connus le 17 septembre.

- Avec AFP, AP, Al-Jazira et IWPR




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