La police pakistanaise a annoncé mardi l'ouverture d'une enquête contre l'ex-président Pervez Musharraf, qui peut potentiellement déboucher sur son arrestation, pour avoir ordonné l'assignation à résidence de 60 juges qui s'opposaient à lui en 2007.

Le 3 novembre 2007, M. Musharraf avait imposé l'état d'urgence et limogé près de 60 juges dont il craignait qu'ils ne le déclarent inéligible, en raison de sa condition d'officier, au scrutin présidentiel qui avait lieu peu de temps après. Il les avait également assignés à résidence. La plainte, déposée par un avocat, Aslam Ghuman, concerne cette dernière décision, M. Ghuman estimant qu'il s'agissait d'une «détention illégale».

«Nous avons enregistré une plainte contre Pervez Musharraf», et ouvert une enquête, a annoncé à l'AFP un responsable de la police d'Islamabad, Hakim Khan.

Le juge du district d'Islamabad, Mohammad Akmal, a demandé lundi à la police de l'enregistrer, a ajouté M. Khan. «C'est une enquête criminelle», a précisé à l'AFP un autre responsable de la police sous couvert d'anonymat.

En juillet dernier, un comité présidé par le président de la Cour suprême, Iftikhar Muhammad Chaudhry, avait déclaré illégales les décisions prises à l'époque par M. Musharraf de limoger et d'assigner ses opposants à résidence.

Dans son ordonnance, dont l'AFP s'est procuré une copie, le juge Akmal demande au chef de la police d'Islamabad de «remplir ses obligations statutaires en enregistrant la déclaration du plaignant...et de procéder par la suite dans le respect de la loi». Il lui demande d'«enquêter de manière équitable» sur cette plainte.

Le plaignant, Aslam Ghuman, s'est de son côté dit prêt à faire tout son possible pour forcer M. Musharraf à revenir au Pakistan. «Musharraf a commis des crimes graves. Nous allons essayer de le faire revenir par le biais de la justice», a-t-il déclaré à l'AFP par téléphone.

Selon lui, l'ex-président pourrait risquer jusqu'à trois ans de prison s'il est déclaré coupable.

Pervez Musharraf avait démissionné en août 2008 de son poste de président du Pakistan, après avoir été menacé d'une procédure de destitution par le gouvernement.

Il a été remplacé par Asif Ali Zardari, veuf de l'ancien premier ministre Mme Benazir Bhutto, après que la victoire du parti de ce dernier aux élections.

M. Zardari a réinstallé le juge Chaudhry et ses collègues en mars dernier, au terme d'une longue crise politique.