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Abus sexuels : l'Église catholique allemande se dit «honteuse»

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Antoine LAMBROSCHINI
Agence France-Presse
Berlin

«Honteuse» : l'Église catholique allemande a réalisé un premier acte de contrition mercredi après la publication par la presse d'un rapport relatant des milliers d'abus sexuels sur mineurs passés sous silence durant des décennies.

«Nous sommes conscients de l'ampleur des abus sexuels qui ont été démontrés par les résultats de l'étude. Nous sommes accablés et honteux», a déclaré l'évêque Stephan Ackerman dans un communiqué au nom de la conférence épiscopale allemande.

Selon lui, ce rapport vise à apporter «plus de clarté et de transparence concernant cette page sombre de l'Histoire de l'Église».

C'est à la Conférence épiscopale allemande prévue fin septembre à Fulda que «les conséquences à tirer» seront débattues.

Mgr Ackerman a cependant dénoncé le fait que ce document, commandé par l'Église il y a quatre ans, ait fuité dans les médias avant sa présentation à la conférence prévue le 25 septembre, soulignant que les membres de cette assemblée n'étaient même «pas informés de l'ensemble de l'étude».

Au moins 3677 victimes 

Le dignitaire assure aussi que la fuite dans la presse est «un coup lourd porté aux victimes des abus sexuels», si bien qu'un numéro de téléphone de soutien a été mis en place.

Cette vaste étude a établi, selon les hebdomadaires Der Spiegel et Die Zeit, qu'au moins 3677 enfants, en majorité des garçons âgés de moins de 13 ans, avaient été victimes entre 1946 et 2014 d'abus sexuels commis par 1670 membres du clergé.

Mais ces résultats pourraient être incomplets car le consortium de chercheurs des universités de Mannheim, Heidelberg et Giessen qui a réalisé l'enquête n'a pas eu d'accès direct aux archives des 27 diocèses allemands.

Il a en effet examiné 38 000 dossiers et manuscrits sélectionnés et transmis par l'Église.

Selon les auteurs de l'étude, pendant des décennies l'Église a «détruit ou manipulé» de nombreux documents relatifs à des suspects et «minimisé» sciemment la gravité et l'ampleur des faits.

Le rapport relève aussi que les clercs accusés étaient souvent transférés sans que les fidèles ne soient avertis du danger potentiel pour les enfants.

En tout, seul un tiers des suspects a fait face à des procédures en vertu du droit canonique mais les sanctions étaient minimes voire inexistantes, expliquent les auteurs du rapport selon Der Spiegel et Die Zeit.

Partout dans le monde des scandales de viols, d'abus sexuels, de pédophilie et de sévices physiques visent l'Église catholique et le Vatican.

Choeur de Ratisbonne 

Le pape François a convoqué pour février 2019 une réunion au Vatican de tous les présidents des conférences épiscopales dans le monde, pour aborder le thème de «la protection des mineurs», a d'ailleurs annoncé mercredi le Saint-Siège.

Le souverain pontife argentin est lui-même confronté depuis des mois à la révélation de nouveaux scandales d'agressions sexuelles du clergé à vaste échelle, en particulier en Australie, au Chili et aux États-Unis.

Un ex-ambassadeur auprès du Saint-Siège, Mgr Carlo Vigano, est allé jusqu'à demander la démission du pape en août, accusant François d'avoir couvert pendant cinq ans le cardinal américain Theodore McCarrick soupçonné d'agressions sexuelles sur des séminaristes et des prêtres.

L'Allemagne a été secouée par plusieurs affaires de ce type. L'une des plus retentissantes concerne le choeur catholique de Ratisbonne où, selon un rapport de juillet 2017, au moins 547 enfants ont subi des sévices physiques et des abus sexuels allant jusqu'au viol entre 1945 et 1992.

Dans cette affaire, sont indirectement mis en cause le frère de l'ancien pape Benoît XVI et le cardinal Gerhard Ludwig Müller, l'ex-chef de la Congrégation pour la doctrine de la foi écarté en 2017 par le pape François. Ces deux dignitaires religieux sont critiqués pour ne pas avoir suffisamment oeuvré à faire la lumière sur ce drame.

Mgr Georg Ratzinger, le frère de l'ancien pape, qui a dirigé de 1964 à 1994 ce choeur millénaire de petits chanteurs, a assuré n'avoir pas eu connaissance de sévices sexuels. Mais pour un avocat de victimes, Ulrich Weber, il a «détourné le regard» et fait régner une «culture du silence».




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