Un Tillerson affaibli se heurte aux critiques des Européens

Debout aux côtés de Rex Tillerson, la Haute... (PHOTO REUTERS)

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Debout aux côtés de Rex Tillerson, la Haute représentante pour les Affaires étrangères de l'UE, Federica Mogherini, en a profité pour réitérer les positions de l'UE sur l'Iran, le multilatéralisme, l'ONU et le conflit israélo-palestinien.

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Alix RIJCKAERT, Dave CLARK
Agence France-Presse
Bruxelles

Rex Tillerson a tenté mardi à Bruxelles de faire oublier les rumeurs sur son prochain remplacement à la tête de la diplomatie américaine, mais il s'est heurté à la résistance des Européens sur l'Iran ou le statut de Jérusalem.

Avant de dîner avec ses homologues de l'UE, le chef de la diplomatie américaine a salué la «position déterminée» de l'Union qui a imposé des sanctions très dures à la Corée du Nord, et insisté sur leurs «objectifs sécuritaires partagés».

Mais, debout à ses côtés, l'air sombre, la Haute représentante pour les Affaires étrangères de l'UE, Federica Mogherini, en a profité pour réitérer les positions de l'UE sur l'Iran, le multilatéralisme, l'ONU et le conflit israélo-palestinien, qui sonnaient comme autant de critiques implicites de la politique étrangère américaine.

«Nous avons eu une discussion très franche à ce propos, comme le font des amis», a ensuite précisé Mme Mogherini, en ajoutant à la liste des «différends» le commerce international ou la lutte contre le changement climatique.

En même temps, «il y a de nombreux dossiers sur lesquels notre coopération est vitale, et donne des résultats», a-t-elle souligné, en citant la Corée du Nord, l'Afghanistan, la Syrie, la Libye, des crises en Afrique, la lutte antiterroriste et contre l'État islamique ou encore l'Ukraine.

Désaccord sur Jérusalem 

Mardi matin, devant les personnels diplomatiques américains en poste à Bruxelles, M. Tillerson avait tenté de faire oublier les rumeurs de la presse sur son prochain remplacement par l'actuel directeur de la CIA, Mike Pompeo, en promettant que ses projets de restructuration du Département d'État - qui peine à attirer les hauts responsables dont il a besoin - donneraient «des résultats rapides».

«Même si nous ne pouvons pas encore afficher de résultats, je peux vous dire que nous sommes en bien meilleure position pour faire avancer les intérêts des États-Unis dans le monde que là où nous étions il y a dix mois», a-t-il plaidé.

Les tensions récurrentes de l'ancien PDG d'ExxonMobil avec Donald Trump sont notoires, et M. Trump a mis 24 heures avant de démentir qu'il envisageait de limoger M. Tillerson, tout en insistant sur leurs «divergences» de vues.

«C'est moi qui a le dernier mot», a rappelé le milliardaire républicain vendredi sur Twitter.

À Bruxelles, il a été difficile pour M. Tillerson d'afficher l'harmonie transatlantique alors que M. Trump pourrait reconnaître Jérusalem - occupée et annexée par Israël - comme la capitale de l'État hébreu dans les prochains jours.

Cette décision serait «catastrophique», a réagi la ministre suédoise des Affaires étrangères Margot Wallstrom, mettant en garde contre ses «conséquences énormes».

Les Européens craignent qu'une telle reconnaissance ne provoque une flambée de violences au Proche-Orient et rende tout à fait impossible la création d'un État palestinien vivant en paix avec Israël.

Jérusalem devrait être la «future capitale de deux États» israélien et palestinien, «de façon à répondre aux aspirations des deux parties», a insisté Mme Mogherini, estimant que cette question ne pouvait être réglée qu'«à travers des négociations».

«Rival économique» 

Devant la presse, M. Tillerson est resté silencieux sur cette question archi-sensible. Il a en revanche répété avec force ses griefs contre l'Iran, des récents tirs de missiles balistiques à son ingérence dans le conflit syrien et au Yémen, en y incluant l'accord nucléaire que Donald Trump a refusé de «certifier» en octobre.

Mais là aussi, l'UE défend bec et ongles cet accord historique qui permet à ses yeux d'éviter une course à l'armement au Moyen-Orient. Cet accord «fonctionne», a jugé Mme Mogherini, rappelant que c'est une «priorité stratégique majeure pour l'UE».

«Nous avons besoin les uns des autres en dépit des irritations récentes», a résumé le chef de la diplomatie allemande Sigmar Gabriel, qui a en même temps regretté que Washington considère de plus en plus l'Europe «comme un concurrent ou un rival économique».

Même l'OTAN, organisation de coopération militaire transatlantique historiquement dominée par les États-Unis, a été remise en cause par Donald Trump, qui réclame sans ménagement à ses Alliés européens et canadien qu'ils augmentent leurs budgets militaires.

Lors d'un souper, mardi soir, M. Tillerson et ses homologues de l'OTAN devaient débattre des deux grands défis sécuritaires du moment : la Corée du Nord et la Russie.




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