Ex-Yougoslavie : le suicide en direct d'un accusé

Slobodan Praljak a crié «Praljak n'est pas un... (PHOTO REUTERS)

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Slobodan Praljak a crié «Praljak n'est pas un criminel» avant de sortir une fiole de sa poche et d'avaler le contenu.

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Charlotte VAN OUWERKERK
Agence France-Presse
La Haye

Un accusé croate de Bosnie, Slobodan Praljak, s'est donné la mort mercredi au moment de l'énoncé de son verdict devant le tribunal pénal international à La Haye, traumatisant ses juges et plongeant la Croatie qui l'a soutenu jusqu'au bout dans un état de choc.

Ce mercredi devait clore le dernier procès devant le Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie (TPIY), qui ferme ses portes en décembre. Il a pris une toute autre tournure, dramatique, lorsque Slobodan Praljak a sorti une fiole de sa poche et avalé son contenu de couleur marron. Son avocat a immédiatement prononcé le mot «poison», une situation inédite dans la salle feutrée du tribunal.

«Un des six accusés dans le procès (...) est mort aujourd'hui à l'hôpital HMC de La Haye», où il a été transporté après avoir «bu un liquide dans la salle d'audience». «Il s'est rapidement trouvé mal», a déclaré Nenad Golcevski, porte-parole du tribunal, visage fermé et sueur sur le front, devant des journalistes.

Personne ne sait encore comment l'accusé a pu entrer dans l'enceinte du tribunal avec une fiole contenant du liquide, le porte-parole refusant de «communiquer là-dessus».

«Praljak n'est pas un criminel», «je rejette votre verdict», avait déclaré l'accusé juste après la confirmation par le tribunal de sa condamnation à 20 ans de prison, debout devant les juges, le regard dur et déterminé.

Puis, l'homme aux cheveux et à la barbe blanche a sorti une fiole de sa poche et a avalé son contenu.

Une onde de choc et de stupeur s'est propagée dans la salle d'audience. Quelques instants après, des journalistes ont pu voir des secouristes se précipiter à l'intérieur du tribunal survolé par un hélicoptère.

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Des Croates de Bosnie allument des cierges à la mémoire de Slobodan Praljak, mercredi à Mostar.

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«Scène de crime»  

Il s'agit d'un drame inédit dans l'histoire du TPIY. La salle, théâtre du drame, est désormais une «scène de crime», selon le juge.

Un périmètre de sécurité a ensuite été installé. «La police néerlandaise a ouvert une enquête», a annoncé le juge-président Carmel Agius, qui a repris l'audience en début d'après-midi dans une autre salle.

L'incident est survenu lors du prononcé du jugement en appel contre six ex-dirigeants et chefs militaires des Croates de Bosnie, accusés de crimes de guerre et crimes contre l'humanité durant le conflit croato-musulman (1993-1994) qui a éclaté durant la guerre en Bosnie (1992-1995).

Il s'est produit juste après que les juges eurent confirmé la condamnation à 25 ans d'emprisonnement contre l'ex-dirigeant des Croates de Bosnie, Jadranko Prlic, alors que quarante ans avaient été requis contre lui.

Le principal accusé a été reconnu coupable d'avoir mené le transfèrement de populations musulmanes lors de la guerre de Bosnie et d'avoir eu recours à des meurtres, des viols et des destructions de biens civils dans le but de créer une «grande Croatie» au cours de cette guerre qui a fait plus de 100 000 morts et 2,2 millions de déplacés.

Siégeant à La Haye, le TPIY s'est prononcé ce mercredi pour la toute dernière fois, après près d'un quart de siècle consacré à juger ceux qui ont commis les pires atrocités en Europe depuis la Seconde guerre mondiale.

Milan Babic... (AFP) - image 3.0

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Milan Babic

AFP

Des précédents

En 2006, l'ex-chef des Serbes de Croatie, Milan Babic, 50 ans, condamné à 13 ans de prison pour des exactions commises pendant la guerre de 1991-1995 en Croatie, s'était suicidé dans le centre de détention du TPIY à La Haye.

Il s'agissait du second détenu du tribunal à mettre fin à ses jours, après un autre Serbe de Croatie, Slavko Dokmanovic, en juin 1998.

Le 22 novembre, Ratko Mladic, l'ancien chef des forces serbes de Bosnie, condamné à la perpétuité, notamment pour génocide, avait quant à lui été très énervé lors du prononcé du jugement. Il avait été expulsé de force de la salle d'audience et n'était pas dans le box des accusés au moment de la lecture du verdict.

Jadranko Prlic, qui a notamment été «premier ministre» de la Herceg-Bosna, entité autoproclamée par des nationalistes croates, était jugé avec cinq autres ex-chefs de cette «République», condamnés en première instance à des peines allant de dix à vingt ans de prison, toutes confirmées en appel mercredi.

Comme pour M. Prlic, quarante ans de détention avaient été requis à l'encontre de trois d'entre eux: Bruno Stojic, son ancien ministre de la Défense, Milivoj Petkovic, ancien responsable des forces armées de la Herceg-Bosna, et Slobodan Praljak.

Ils ont été reconnus coupables d'une «entreprise criminelle commune» pour imposer une domination croate.

Mais pour de nombreux Croates, M. Praljak reste un héros. Après l'incident et avant l'annonce de sa mort, la présidente croate avait interrompu «en urgence» un voyage en Islande. À ses yeux, il incarnait la «vérité qu'il a sans relâche défendue après la guerre».

Le geste de Slobodan Praljak «illustre surtout la profonde injustice morale envers les six Croates de Bosnie», dont Praljak, condamnés mercredi par le TPIY, a déclaré le premier ministre croate Andrej Plenkovic.




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