Catalogne: la présidente indépendantiste du Parlement devant la justice

Carme Forcadell, inculpée après la déclaration d'indépendance votée... (REUTERS)

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Carme Forcadell, inculpée après la déclaration d'indépendance votée le 27 octobre par le parlement régional, a assuré devant le juge qu'elle n'avait pas, en tant que présidente du Parlement, «la liberté d'interdire un vote», selon un porte-parole de l'élue.

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Adrien VICENTE, Anne-Laure MONDESERT
Agence France-Presse
Madrid

La présidente du Parlement de Catalogne, l'indépendantiste Carme Forcadell, a été entendue jeudi par un juge de la Cour suprême qui doit décider de son éventuelle incarcération dans une enquête pour «rébellion», au moment où plusieurs membres du noyau dur séparatiste sont déjà derrière les barreaux.

Carme Forcadell et cinq autres élus étaient convoqués par un juge de la Cour suprême de Madrid, Pablo Llarena.

Mme Forcadell, inculpée après la déclaration d'indépendance votée le 27 octobre par le parlement régional, a assuré devant le juge qu'elle n'avait pas, en tant que présidente du Parlement, «la liberté d'interdire un vote», selon un porte-parole de l'élue.

C'est Carme Forcadell qui avait compté, un à un, les bulletins des élus ayant voté pour la sécession, 70 sur 135, un fait sans précédent qui a ébranlé l'Espagne et inquiété l'Europe.

Carme Forcadell a été accueillie à son arrivée au tribunal par les cris de manifestants pour et contre l'indépendance. «Vous n'êtes pas seuls!», disaient les uns aux élus indépendantistes, «Puigdemont (président indépendantiste destitué) en prison», hurlaient les autres.

La Cour, compétente s'agissant de parlementaires, doit décider dans la soirée si elle place en détention provisoire les élus, poursuivis dans le cadre d'une enquête sur de possibles faits de rébellion ou sédition, voire de malversations de fonds, commis en vue de déclarer l'indépendance.

S'ils étaient incarcérés, ils subiraient le même sort que huit membres du gouvernement séparatiste destitué de l'indépendantiste Carles Puigdemont, qui a lui quitté l'Espagne pour la Belgique avec quatre autres «ministres», visés désormais par un mandat d'arrêt de la justice espagnole.

«Prisonniers politiques»

M. Puigdemont, également visé par ce mandat, a signé jeudi une lettre publiée par un quotidien catalan, El Punt Avui, réclamant la «libération des prisonniers politiques retenus en otage par l'État espagnol».

L'organisation de défense des droits de l'homme Amnesty International écarte cependant l'idée qu'ils soient des «prisonniers d'opinion», au motif qu'«ils sont accusés d'actes qui peuvent constituer des délits».

Le délit de rébellion est passible en Espagne de 15 à 30 ans de prison, et celui de sédition d'un maximum de 15 ans.

Ces incarcérations ont entraîné de nombreuses manifestations des indépendantistes, au moment où ils doivent préparer les élections régionales convoquées par le gouvernement central pour le 21 décembre.

Jeudi le chef du gouvernement Mariano Rajoy a souhaité une forte mobilisation des adversaires à l'indépendance lors de ce scrutin, alors que la région est très divisée, presque à parts égales, sur le sujet. «Il sera important qu'il y ait une participation massive», a-t-il déclaré.

Peu après, le chef du gouvernement conservateur a reçu à Salamanque son «ami», le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker, qui s'est vu décerner le titre de docteur Honoris Causa, et en a profité pour rappeler son opposition «à toute forme de séparatisme qui fragilise l'Europe», soulignant que l'«on ne joue pas avec le droit».

La Commission européenne a apporté une bonne nouvelle à l'Espagne, assurant qu'à ce stade l'impact économique du conflit catalan, était «limité, voire négligeable», et révisant ses prévisions de croissance à la hausse pour l'Espagne en 2017 et 2018, respectivement à 3,1% et 2,5%.

L'incertitude n'en a pas moins entrainé le déménagement de siège social de plus de 2200 entreprises hors de la région.

Et mercredi des responsables du Congrès mondial de la téléphonie mobile, rendez-vous annuel crucial du secteur aux retombées économiques très importantes pour Barcelone, ont fait part de leur «inquiétude», et souhaité un «environnement stable» pour le congrès en 2018. Ils ont eu la malchance de se rendre à Barcelone en pleine grève indépendantiste.

Des dizaines de milliers de passagers et des centaines de camions, en particulier en partance vers la France, ont été bloqués pendant cette grève par des indépendantistes protestant contre l'incarcération de responsables indépendantistes aux cris de «Liberté! Liberté!».

Au total, 150 000 passagers, dont 10 000 de trains à grande vitesse, ont été affectés par des annulations ou retards.

Mais la majorité des commerces et entreprises de Barcelone et sa région ont fonctionné normalement.

Lors des dernières élections régionales en 2015, les partis indépendantistes avaient obtenu 47,8% des suffrages et 72 sièges sur 135 au Parlement régional. Les sondages prédisent pour l'instant un résultat très serré pour le scrutin de décembre.




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