Le président catalan temporise sur la déclaration d'indépendance

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Carles Puigdemont a signé une déclaration d'indépendance mardi soir à Barcelone.

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Daniel BOSQUE, Jacques KLOPP
Agence France-Presse
Barcelone et Madrid

Pris entre deux feux, le président séparatiste catalan Carles Puigdemont a signé mardi soir une déclaration d'indépendance qu'il a immédiatement suspendue en vue d'un très hypothétique dialogue avec Madrid, semant la confusion sur la suite des événements.

«Nous constituons la République catalane comme État indépendant et souverain, de droit, démocratique et social», lit-on dans ce texte signé par les trois partis indépendantistes.

«Mais le président la suspend en appelant au dialogue», conformément à son allocution préalable devant le Parlement régional, a précisé un porte-parole du gouvernement catalan.

En paraphant ce document, Carles Puigdemont a dit tirer les conséquences du référendum d'autodétermination, marqué par des violences policières, qui s'est tenu le 1er octobre en Catalogne.

Les séparatistes catalans affirment avoir remporté avec 90% des voix et 43% de participation ce scrutin jugé illégal par la justice espagnole et boycotté par leurs opposants. Assez, disent-ils, pour déclarer unilatéralement l'indépendance, au risque d'aggraver la pire crise politique en Espagne depuis le retour de la démocratie il y a quarante ans.

Carles Puigdemont, pressé de toutes parts, n'est pas allé aussi loin. Il a privilégié la voie médiane en proposant de «suspendre les effets de la déclaration d'indépendance», sans fixer de délai, lors d'une allocution historique au Parlement, placé sous haute sécurité.

Auparavant, il avait estimé, l'air grave devant les parlementaires, qu'il avait reçu un «mandat» des Catalans «afin de transformer la région en un État indépendant sous forme de république».

Il continue ainsi à parler d'indépendance à son électorat, mais laisse une porte ouverte pour une solution négociée, qui s'annonce difficile.

Madrid reste ferme 

Car Madrid reste ferme et n'entend pas négocier avec les séparatistes. Dans une première réaction, le gouvernement conservateur espagnol a estimé qu'une «déclaration implicite d'indépendance (....) n'est pas admissible», a indiqué un porte-parole.

«C'est le discours de quelqu'un qui ne sait pas où il est, ni où il va, ni où il veut aller», a déclaré en fin de soirée la numéro deux du gouvernement conservateur espagnol, Soraya Saenz de Santamaria en annonçant un conseil des ministres extraordinaire mercredi à 09h00 locales pour décider de la réponse au défi des indépendantistes catalans.

Le premier ministre Mariano Rajoy avait laissé entendre ces derniers jours qu'en cas de déclaration d'indépendance, il pourrait suspendre l'autonomie de la région, une mesure jamais appliquée dans cette monarchie parlementaire extrêmement décentralisée.

Mais il a d'autres instruments à sa disposition. Il a déjà pris le contrôle des finances de cette région en septembre. Il peut aussi instaurer un état d'urgence allégé lui permettant d'agir par décrets.

Toute mesure draconienne risque cependant de provoquer des troubles en Catalogne, région de 7,5 millions d'habitants, pesant 19% du PIB du pays.

La tension reste très vive dans toute l'Espagne et le Parlement était placé mardi sous sécurité maximale, alors que la présence policière avait également été renforcée dans les points stratégiques de la ville, notamment les gares et l'aéroport.

Les Catalans sont divisés presque à parts égales sur le sujet, selon des sondages avant l'été, mais souhaitent en majorité un référendum en bonne et due forme.

En décidant de temporiser, M. Puigdemont a suscité la déception son allié au Parlement catalan de la CUP (Candidature d'unité populaire). Le parti d'extrême gauche a regretté «une occasion perdue de proclamer solennellement la république catalane».

«Nous attendions plus» 

À Barcelone, beaucoup de partisans de l'indépendance, rassemblés par milliers devant un écran géant avant de se disperser dans le calme, restaient également sur leur faim. «Au fond, nous sommes contents, mais nous attendions plus», a dit Pere Valldeneu, 66 ans. «Il ne va rien se passer parce que Madrid ne le permettra pas».

Jusqu'à la dernière minute, Madrid et l'Europe ont exhorté le leader séparatiste à ne pas prendre de décision «irréversible».

L'Union européenne, déjà secouée par le Brexit, suit la crise avec inquiétude, ses dirigeants prévenant qu'une Catalogne indépendante ne serait pas reconnue.

Le président du Conseil européen Donald Tusk avait encouragé Carles Puigdemont à éviter «une décision qui rendrait le dialogue impossible», redoutant «un conflit dont les conséquences seraient à l'évidence négatives pour les Catalans, pour l'Espagne et pour toute l'Europe».

Même si M. Puigdemont finissait par déclarer solennellement l'indépendance, de nombreuses questions demeureraient sur la mise en oeuvre d'une telle initiative. La  région a déjà la main sur l'éducation, la santé et la police mais les finances et le contrôle de l'espace aérien, des infrastructures (ports, aéroports, réseau ferroviaire, télécommunications, etc.) et de l'armée restent entre les mains de l'État central.




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