Le roi d'Espagne met son autorité en jeu en Catalogne

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Le roi d'Espagne Felipe VI, dans son message à la nation, s'est montré très dur envers les autorités catalanes organisatrices du référendum d'autodétermination interdit dimanche dernier, qui pourraient faire dans les prochains jours une déclaration unilatérale d'indépendance.

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Álvaro VILLALOBOS, Alfons LUNA
Agence France-Presse
Madrid

Dans un discours d'une fermeté sans précédent, lors duquel il s'est aligné sur les positions du gouvernement de Mariano Rajoy, le roi d'Espagne Felipe VI a «joué son va-tout», estimaient mercredi les analystes.

Le souverain, dans son message à la nation, s'est montré très dur envers les autorités catalanes organisatrices du référendum d'autodétermination interdit dimanche dernier, qui pourraient faire dans les prochains jours une déclaration unilatérale d'indépendance.

Il les a accusées de «déloyauté» et de s'être mis «totalement en marge du droit et de la démocratie», assurant que l'État devait «assurer l'ordre constitutionnel».

Ana Romero, journaliste spécialiste de la famille royale, estime qu'avec cette position, Felipe VI, 49 ans, sur le trône depuis 2014, fait un pari risqué.

«Ce qui arrivera à la fin de tout cela va déterminer le succès ou l'échec de son règne», dit-elle à l'AFP.

«Il défend sa Maison, sa Couronne, le futur de sa fille (la princesse Leonor, héritière du trône), il joue son va-tout», ajoute-t-elle. Face au défi souverainiste catalan, «tout ce que signifie l'Espagne est en danger, y compris son architecture institutionnelle, et la clé de voûte de l'architecture institutionnelle espagnole, c'est le roi».

«Il a tout misé sur un coup. S'il perd, c'est fini», tranche Abel Hernandez, journaliste connaisseur de la monarchie espagnole.

La Catalogne indignée

Beaucoup d'observateurs ont fait le parallèle entre son intervention et celle de son père, Juan Carlos Ier, en février 1981, apparu en uniforme militaire à la télévision en pleine nuit pour bloquer une tentative de coup d'État militaire.

Pour Ana Romero, le défi catalan «est infiniment plus compliqué» car en 1981 «il n'y avait aucun doute que la société espagnole était d'un côté», celui de la démocratie. Cette fois en revanche, Felipe VI «s'est aliéné les nationalistes catalans de manière «très ferme et très dure».

José Apezarena, biographe de Felipe VI, note que «le mot "dialogue" est absent de son discours».

Le roi n'a pas non plus mentionné les forces de l'ordre, soutenues par le gouvernement conservateur mais très critiquées pour avoir chargé, parfois avec des coups de matraque et des tirs de balles en caoutchouc, les manifestants décidés à voter dimanche.

Les blessés, justement, étaient aussi absents de son discours, ce qui a indigné en Catalogne.

«Il n'a rien dit sur les blessés. J'imagine que pour lui, ils n'existent pas», réagissait à chaud Domingo Gutiérrez dans un bar de Barcelone. «Un roi représente un peuple, tout le monde, pas seulement une partie», fulminait ce camionneur de 61 ans.

Le porte-parole du gouvernement indépendantiste catalan Jordi Turull a accusé mercredi le monarque de «jeter de l'huile sur le feu». «Ça a été effrayant, un erreur à tout point de vue».

Mesures radicales

Pour les analystes, le discours sans concessions du roi envers le gouvernement régional de Carles Puigdemont prépare le terrain pour l'application de mesures radicales.

«Avec ce discours, le roi ouvre la porte à toutes les mesures que prévoit la Constitution pour restaurer l'ordre institutionnel», estime Fermin Urbiola, auteur de plusieurs livres sur la famille royale espagnole.

L'une de ces mesures pourrait être l'article 155 de la Constitution, qui permet au gouvernement, si une région viole ses obligations constitutionnelles et légales ou «porte gravement atteinte à l'intérêt général de l'État», de «l'obliger à les respecter».

«La question a besoin d'une solution politique, mais le scénario est maintenant clair» après ce discours: le recours à cet article, jamais encore appliqué, pronostique José Apezarena.

«Il n'y a plus de retour en arrière possible», pense aussi Abel Hernandez, qui prévoit, après l'application de l'article 155, des élections en Catalogne.




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