Madrid au défi de trouver une solution politique à la crise avec la Catalogne

Agitant leurs drapeaux indépendantistes, les manifestants tenaient des... (Photo Pierre-Philippe Marcou, Agence France-Presse)

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Agitant leurs drapeaux indépendantistes, les manifestants tenaient des pancartes exigeant plus de démocratie.

Photo Pierre-Philippe Marcou, Agence France-Presse

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Michaela CANCELA-KIEFFER, Patrick RAHIR
Agence France-Presse
Madrid et Barcelone

Le gouvernement conservateur espagnol était pressé lundi par la communauté internationale de renouer le dialogue avec la Catalogne, dont les dirigeants menacent de déclarer l'indépendance après un référendum interdit émaillé de violences policières.

Les indépendantistes catalans ont exigé une médiation internationale au lendemain de cette consultation, que Madrid a tenté d'empêcher et qui a plongé le pays dans l'une de ses plus graves crises depuis le retour à la démocratie.

Les images des policiers faisant usage dimanche de matraques contre des manifestants ont frappé l'opinion au-delà des frontières espagnoles et encore aggravé la fracture entre Madrid et les indépendantistes catalans.

Lundi, plus de 15 000 personnes ont manifesté à Barcelone et dans d'autres villes pour dénoncer ces violences.

Et mardi les principaux syndicats de cette région, qui contribue à hauteur de 19 % au PIB espagnol, ont appelé à une grève générale. Elle pourrait toucher l'aéroport de Barcelone, des liaisons ferroviaires et le grand port de la ville. Toutes les universités publiques se joindront au mouvement, de même que le Musée d'art contemporain ou le FC Barcelone, qui renoncera à s'entraîner. Plusieurs manifestations sont prévues.

Le chef du gouvernement espagnol Mariano Rajoy était pressé de toutes parts d'enquêter sur ces violences et d'ouvrir la voie au dialogue.

La Commission européenne a invité «tous les acteurs pertinents à passer rapidement de la confrontation au dialogue», estimant qu'en aucun cas la violence ne peut être «un instrument en politique», comme le Haut commissaire de l'ONU aux droits de l'Homme Zeid Ra'ad Al Hussein qui a demandé une enquête et appelé au «dialogue politique».

Madrid et Berlin ont défendu l'unité de l'Espagne, mais l'Allemagne a aussi espéré des «discussions entre les deux parties».

Dimanche, des dizaines de policiers et de gardes civils sont intervenus pour saisir les urnes dans au moins une centaine de bureaux de vote destinés à l'organisation du référendum interdit.

Face aux manifestants pacifiques qui tentaient de leur barrer la route, ils ont asséné des coups de matraque et ont parfois fait usage de balles en caoutchouc. Les blessés, parmi lesquelles des personnes âgées, s'affichaient lundi à la Une de toute la presse européenne.

«Médiation internationale»

Dans la soirée, le président régional catalan Carles Puigdemont avait estimé que la région avait «gagné le droit d'avoir un État indépendant». Il avait ensuite déclaré qu'en cas de victoire du «oui» le parlement agirait en conséquence, «comme prévu par la loi organisant le référendum».

Cette loi prévoit une déclaration d'indépendance 48 heures après la proclamation officielle des résultats en cas de victoire du «oui».

Un décompte partiel a été diffusé dimanche soir, en vertu duquel le «oui» l'a emporté avec 90 % des suffrages. Mais les résultats officiels n'ont pas été proclamés et cela devrait prendre encore plusieurs jours.

Soufflant le chaud et le froid, M. Puigdemont a demandé lundi une médiation internationale, et laissé entendre qu'il pourrait reculer si elle avait lieu.

«Je ne suis pas en train de déclarer l'indépendance (...), le gouvernement a compris qu'il était temps de demander une médiation. Et s'il y a une médiation, nous parlerons de tout», a-t-il dit.

Il a aussi déclaré qu'il répondrait à l'appel de Madrid si le gouvernement était disposé à négocier «de tout sans conditions», y compris d'un référendum en bonne et due forme.

Il a ainsi lancé la balle dans le camp de Madrid, où Mariano Rajoy a préféré garder silence lundi.

M. Rajoy, qui s'était personnellement impliqué pour faire raboter un statut conférant selon lui de trop larges compétences à la Catalogne, a toujours dit que le référendum n'était pas négociable.

Et son ministre de la Justice n'a pas écarté d'avoir recours aux grands moyens si les dirigeants catalans vont de l'avant, envisageant même une suspension de l'autonomie de cette région où vivent 16 % des Espagnols.

La journée en Catalogne a été marquée par de nouvelles manifestations de militants indépendantistes, dénonçant les violences et scandant: «démocratie!».

«Voter n'est pas illégal !», lisait-on sur la pancarte d'un manifestant à Barcelone où, à la mi-journée, des milliers de personnes ont chanté et dansé sur la grande place de Catalunya.

La consultation de dimanche a été interdite par la Cour constitutionnelle qui la jugeait contraire à la Constitution.

Faute d'avoir pu être organisée en bonne et due forme, elle n'était pas assortie des garanties nécessaires: aucune commission électorale n'a supervisé l'organisation, le recensement n'était pas transparent, le vote n'était pas secret.

L'indépendantisme n'a cessé de grandir en Catalogne depuis le début des années 2010, alimenté par la crise économique et l'annulation partielle d'un statut qui conférait à la région de très larges compétences.




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