Les Irlandais devront se prononcer sur l'avortement en 2018

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L'avortement a toujours été illégal en Irlande mais son interdiction n'a été intégrée dans la constitution qu'en 1983, après avoir recueilli 67% des suffrages lors d'un référendum.

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Julien LAGACHE
Agence France-Presse
Dublin

Cédant aux pressions des militants pro-IVG, le gouvernement irlandais a annoncé mardi l'organisation au printemps 2018 d'un référendum sur l'avortement, actuellement illégal dans le pays sauf en cas de menace pour la vie de la mère.

Le référendum aura lieu «en mai ou juin 2018», a annoncé Dublin dans un communiqué. La consultation dans ce pays à forte tradition catholique portera sur le huitième amendement de la Constitution irlandaise qui garantit «le droit à la vie» de l'embryon, en tenant compte du «droit égal à la vie de la mère».

Le premier ministre Leo Varadkar, arrivé au pouvoir en juin, avait jugé cette loi «trop restrictive». Mais ce médecin de formation n'est pas non plus favorable à une légalisation inconditionnelle de l'avortement.

«Certaines personnes considèrent (...) qu'un enfant en gestation avec un coeur qui bat, la faculté d'entendre, de ressentir la douleur, ne devrait avoir aucun droit. Je ne suis pas d'accord avec ça», a-t-il déclaré début septembre dans un entretien au New York Times.

L'avortement a toujours été illégal en Irlande mais son interdiction n'a été intégrée dans la constitution qu'en 1983, après avoir recueilli 67% des suffrages lors d'un référendum dont la tenue est requise pour toute modification ou suppression d'un texte constitutionnel.

En 2013, l'Irlande a quitté le cercle très restreint des pays européens où l'avortement est totalement interdit mais il ne l'autorise qu'en cas de danger pour la mère. Le viol, l'inceste ou la malformation du foetus ne sont pas des raisons légales d'avorter, et une telle intervention constitue un crime passible de 14 ans de prison.

Des milliers d'Irlandaises sont donc contraintes chaque année de se rendre à l'étranger, principalement au Royaume-Uni, pour avorter légalement. Une situation que les associations en faveur du droit à l'avortement dénoncent et qualifient d'hypocrite tandis que l'opinion publique a évolué en faveur d'un changement de législation, notamment après des condamnations de jeunes filles.

Blasphème et femmes au foyer

L'Abortion Rights Campaign dit «accueillir avec prudence» cette annonce. «Tout dépendra de la formulation de la question», a déclaré Linda Kavanagh, porte-parole de ce mouvement pro-IVG.

Du côté des opposants, on s'inquiète qu'un tel débat puisse être ouvert. «Si le 8e amendement est modifié ou supprimé, nous arriverions à une situation que connaissent d'autres pays où l'avortement a été légalisé pour des cas particuliers, mais qui conduit à en pratiquer de plus en plus», a indiqué Cora Sherlock, la porte-parole de la Pro-Life Campaign.

Les termes de la question qui sera posée aux Irlandais ne sont pas encore établis. En avril, une assemblée de citoyens, convoquée pour réfléchir à des questions de société, s'était exprimée en faveur d'une libéralisation du droit à l'IVG mais contre l'abrogation du 8e amendement, au grand dam des pro-IVG dont c'est le cheval de bataille. Les conclusions de cette assemblée sont désormais à l'étude au sein d'une commission parlementaire qui doit rendre ses conclusions d'ici la fin de l'année.

Le référendum aura lieu quelques semaines avant une probable visite du pape François en Irlande à l'occasion de la Rencontre mondiale des familles, prévue en août 2018 à Dublin, le gouvernement souhaitant éviter qu'il n'interfère avec cet événement.

L'annonce du gouvernement survient deux jours avant la journée mondiale du droit à l'avortement, le 28 septembre, et alors que des manifestations pro et anti-IVG doivent se tenir samedi à Dublin.

Depuis quelques années, le débat sur le 8e amendement est revenu sur le devant de la scène et chacun des deux camps mobilise régulièrement ses partisans. Le 20 septembre, des militantes pro-avortement ont déjà défilé devant le Parlement irlandais.

Outre la question de l'IVG, le gouvernement semble bien vouloir moderniser la constitution et en gommer les références religieuses, avec plusieurs autres référendums annoncés pour 2018 et 2019.

Un vote sur l'interdiction du blasphème, établie par l'article 40.6.1 de la Constitution, est ainsi prévu en octobre 2018.

Un autre référendum pourrait avoir lieu en même temps, pour décider du sort de l'article 41.2.1, qui stipule que la place de la femme est au foyer.




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