La Presse en Allemagne: les populistes frappent aux portes du parlement

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Un partisan du parti d'extrême droite AfD manifeste à Pforzheim, le 6 septembre.

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(Meissen) Dehors, devant le lieu du rassemblement, un grand car bleu marqué du slogan «Merkel doit partir». Sur les routes de campagne qui y mènent, des dizaines d'affiches du parti : «L'islam? Pas dans notre cuisine», «Burqa? On préfère les bikinis», «Nouveaux Allemands? Faisons-les nous-mêmes.»

Le ton est donné. Et il plaît à beaucoup d'électeurs. Aujourd'hui, le parti d'extrême droite Alternative für Deutschland (AfD) devrait être le premier parti identitaire à entrer au Bundestag, ou parlement allemand, depuis la Seconde Guerre mondiale, dans un pays où l'ombre du nazisme étouffe habituellement tout débat de ce genre.

Dans la morne salle de réception où s'étaient rassemblés de 200 à 300 partisans, la semaine dernière en périphérie de Meissen, dans l'est du pays, le candidat local est interrompu par les applaudissements à l'arrivée de Frauke Petry. Les cellulaires se lèvent pour capter une image.

La présidente fédérale de la formation politique prêche aux convertis. À travers l'odeur des saucisses vendues au public, un discours essentiellement axé sur l'identité allemande et l'immigration, les chevaux de bataille de l'AfD.

Résultats impressionnants

Demandez qui est Mme Petry à un Allemand, et la réponse ne se fera pas attendre : c'est celle qui voulait tirer sur les migrants. «On doit pouvoir avoir recours aux armes» pour les empêcher d'entrer au pays, avait-elle affirmé en janvier 2016.

À l'époque, sa formation politique surfait sur la crise. Les sondages lui accordaient jusqu'à 16% du vote au niveau national, mais ses résultats régionaux étaient encore plus impressionnants. Dans le land (province) de Saxe-Anhalt voisin de Meissen, l'AfD récoltait 24% des voix en mars 2016, tout juste derrière le parti d'Angela Merkel. Plus au nord, mais toujours dans l'ancienne Allemagne de l'Est, 21% des électeurs du land natal de la chancelière votaient pour l'AfD.

«Beaucoup d'Allemands de l'Est n'ont pas peur des discours clairs et des mots qui frappent», explique Frauke Petry, en entrevue avec La Presse après le rassemblement. Elle-même est née dans l'ex-République démocratique allemande. «Nous avons expérimenté une dictature il n'y a pas si longtemps, beaucoup des sujets que l'AfD met de l'avant ont leurs racines dans la révolution de 1989.»

«Nous ne voulons pas que notre discours soit censuré, nous ne voulons pas que les médias ne présentent qu'un point de vue et ignorent les autres.»

C'est aussi dans l'Est que les débordements de haine xénophobe sont les plus nombreux depuis deux ans. Chaque lundi à Dresde, à 30 minutes de route de Meissen, le groupe islamophobe PEGIDA manifeste de façon véhémente son rejet de l'immigration. Et à Meissen même, charmante ville historique construite sur l'Elbe, un refuge pour migrants a été incendié à l'été 2015, alors que la crise était à son comble.

Popularité en berne

Même si elle reste populaire dans l'Est, l'AfD a perdu de sa force à mesure que la crise des migrants s'est résorbée. À la veille du scrutin, la formation politique attire maintenant 10% des intentions de vote, bien au-delà de la barre des 5% fixée pour entrer au Bundestag.

Frauke Petry, elle, attribue notamment sa chute dans les sondages au fait que «certains [des] représentants [du parti] discutent de leurs idées personnelles qui ne sont pas toujours compatibles avec le programme». C'est que les personnalités de l'AfD ont multiplié les déclarations controversées depuis deux ans - et Mme Petry ne fait pas exception à la règle. Encore la semaine dernière, le candidat à la chancellerie du parti défendait son «droit d'être fier des réalisations des soldats allemands durant la Seconde Guerre mondiale».

Ces dérapages à répétition - et les idées fondamentales de l'AfD - ont fait du parti le paria de la scène politique allemande.

«J'ai le sentiment que l'afd dit la vérité»

«Je n'oserais pas dire dans ma vie de tous les jours [que j'appuie l'AfD]. J'aurais peur que quelqu'un dise que je suis nazie ou d'extrême droite, parce que je ne le suis pas. J'ai le sentiment que l'AfD dit la vérité», explique Michaela Haug, agente de bord de la Lufthansa venue assister au rassemblement avec son conjoint Erich, un ingénieur.

Le couple, plutôt BCBG, a aimé le discours. Frauke Petry «abordait des problèmes que personne d'autre n'aborde dans la politique allemande», explique Michaela. 

«L'immigration est un gros problème pour moi : 90% des réfugiés qui arrivent n'étaient pas en danger de mort dans leur pays, ils prennent beaucoup de ressources et on ne peut pas secourir des pays comme l'Afrique ou la Syrie en permettant à tout le monde de venir ici. Nous devons les aider chez eux». dit Mme Haug.

Jörg Bretschneider, lui, n'est pas qu'un partisan. Membre de l'AfD, il revendique sa participation à l'élaboration du programme du parti.

«Le discours s'est concentré sur un sujet qui est très important pour les gens : l'identité. Qu'est-ce que ça veut dire, être Allemand?», a-t-il expliqué. Selon lui, l'identité allemande a été brisée par la Seconde Guerre mondiale et par la division des deux Allemagnes pendant 40 ans.

Trois décennies après la chute du mur de Berlin, «les gens ne veulent plus vivre avec cette identité brisée pour toujours», avance M. Bretschneider.

Combien choisiront les solutions de l'AfD pour la réparer? Réponse aujourd'hui.




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