Le Portugal sous le choc après un gigantesque feu de forêt

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Thomas CABRAL, Brigitte HAGEMANN
Agence France-Presse
Pedrógão Grande et Lisbonne

Des familles piégées par les flammes dans leurs voitures, au moins 61 morts et 62 blessés, routes coupées, villages évacués, arbres calcinés: le Portugal était sous le choc dimanche après l'immense incendie de forêt qui fait rage depuis la veille dans le centre du pays.

Sous des températures caniculaires, le feu se poursuivait dans la soirée sur quatre fronts, dont un d'une grande violence, selon les autorités, et plus de 800 pompiers et 260 véhicules étaient toujours à pied d'oeuvre pour combattre le sinistre, le plus meurtrier de l'histoire récente du Portugal. 

«L'incendie a atteint une dimension de tragédie humaine jamais connue jusqu'ici», a déclaré, très ému, le premier ministre Antonio Costa qui s'est rendu sur les lieux du drame, à Pedrogao Grande dans la région de Leiria. Le gouvernement a décrété trois jours de deuil national.

Le dernier bilan de la protection civile faisait état de 61 morts et 62 blessés, dont cinq dans un état grave. Il s'agit d'un enfant et de quatre pompiers. Mais les autorités n'excluaient pas de trouver encore d'autres victimes dans des villages cernés par des murs de flammes.

Sur les collines situées entre les bourgades de Pedrogao Grande, Figueiro dos Vinhos et Castanheira de Pera, encore recouvertes d'eucalyptus et de pins 24 heures plus tôt, la dévastation était totale dans les zones où le feu est passé.

Devant quelques maisons délaissées, partiellement endommagées, une carcasse de voiture calcinée était abandonnée au bord d'une route secondaire. Plus loin, le cadavre d'un homme recouvert d'un drap blanc gisait, entouré par des gendarmes portant des masques.

Route de l'enfer

Selon les autorités, la majorité des victimes ont péri dans leurs voitures, piégées par les flammes alors qu'elles circulaient sur la nationale 236 reliant Figueiro dos Vinhos à Castanheira de Pera, devenue la route de l'enfer.

«Il est difficile de dire s'ils fuyaient les flammes ou ont été surpris par le feu», a déclaré le secrétaire d'État à l'Intérieur Jorge Gomes, à Pedrogao Grande, où l'incendie s'était déclaré samedi peu avant 15h00 locales.

«C'était vraiment l'enfer. Je pensais que la fin du monde était venue. J'ai cru que je n'allais pas m'en sortir», a témoigné à la télévision portugaise Maria de Fatima Nunes, l'une des rescapées du drame.

D'autres corps ont été découverts dans des maisons de zones isolées. Au moins trois villages à proximité de Pedrogao Grande ont dû être évacués.

«Tout a brûlé très vite à cause de la violence du vent. Les flammes sont passées à deux ou trois kilomètres de ma maison. On avait déjà eu des incendies dans la région, mais jamais de morts», a témoigné à l'AFP Isabel Ferreira, 62 ans, qui réside dans un village des alentours.

«Je connaissais plusieurs victimes. Une de mes collègues a perdu sa mère et sa fille de quatre ans, car elle n'a pas réussi à les sortir de l'arrière de la voiture», a-t-elle raconté.

La police judiciaire a indiqué avoir «réussi à déterminer qu'un orage sec est à l'origine de l'incendie», écartant la piste criminelle. «Nous avons trouvé l'arbre frappé par la foudre», a déclaré son directeur national, Almeida Rodrigues.

Aide européenne

Quatre Canadairs espagnols sont arrivés sur place dimanche matin pour appuyer les pompiers portugais, et des renforts terrestres étaient attendus lundi. La France a acheminé trois avions spécialisés dans l'extinction de feux.

«Solidarité avec le Portugal touché par un terrible incendie. Pensées pour les victimes. La France met son aide à la disposition du Portugal», a tweeté le président français Emmanuel Macron.

«Mes pensées vont aux victimes au Portugal», a indiqué le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker, ajoutant que le mécanisme européen de protection civile avait été activé à la demande de Lisbonne pour obtenir de l'aide.

Le premier ministre grec Alexandre Tsipras a promis à Lisbonne «toute l'aide nécessaire» de la part des équipes de pompiers grecs, très expérimentés en la matière.

Le Portugal a connu ce week-end une forte canicule, avec des températures dépassant les 40 degrés dans plusieurs régions.

Plus de 140 incendies de forêt faisaient encore rage à travers le pays dimanche soir, combattus par plus de 2000 pompiers.

Relativement épargné en 2014 et 2015, le pays avait été durement touché l'an dernier par une vague d'incendies qui avaient dévasté plus de 100 000 hectares sur son territoire continental.

Sur l'île touristique de Madère, où les feux ont fait trois morts en août, 5400 hectares sont partis en fumée en 2016 et près d'une quarantaine de maisons ont été détruites.

En 1966, un feu dans la forêt de Sintra à l'ouest de Lisbonne avait provoqué la mort de 25 militaires qui avaient tenté en vain de combattre les flammes.




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