À l'OTAN, Trump bouscule ses Alliés et refuse de s'engager

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«Les membres de l'OTAN doivent enfin contribuer équitablement et remplir leurs obligations financières», a déclaré Donald Trump dans un discours clairement destiné à sa base électorale aux États-Unis.

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Alix RIJCKAERT, Jerome CARTILLIER
Agence France-Presse
Bruxelles

Donald Trump a bousculé jeudi ses partenaires de l'OTAN en réclamant qu'il paient leur écot, sans leur donner les gages qu'ils attendaient sur l'engagement américain à défendre l'Europe.

Le président américain a harangué ses pairs lors d'une cérémonie au nouveau siège de l'Alliance à Bruxelles, affirmant qu'ils devaient «d'énormes sommes d'argent» en raison du déséquilibre entre les budgets militaires des États-Unis et l'Europe.

M. Trump s'est bien gardé de prononcer les mots rassurants que tout le monde attendait: un soutien clair, explicite, à l'«article 5» de l'OTAN, qui prévoit que les Alliés volent au secours d'un des leurs en cas d'agression extérieure.

En près de 70 ans, il est le premier président des États-Unis à refuser d'expliciter un tel engagement, inscrit dans le traité de Washington, souligne Thomas Wright, chercheur au Brooking's Institute.

«Ceci constitue un énorme choc pour les membres de l'OTAN», estime-t-il sur Twitter. Le président russe Vladimir Poutine, avec lequel l'OTAN entretient des relations glaciales, mais que M. Trump admire, «sera ravi qu'il ait refusé de souscrire à l'article 5», souligne le chercheur.

La cérémonie, durant laquelle M. Trump a dévoilé un débris du World Trade Center en souvenir des attentats du 11 septembre 2001, après lesquels les États-Unis ont justement invoqué cet article, était l'occasion idéale pour le faire.

Et les diplomates à l'OTAN tenaient pour acquis que M. Trump saisirait cette perche tendue.

Mais l'imprévisible locataire de la Maison-Blanche, qui a longtemps jugé l'OTAN «obsolète» avant de se raviser, a préféré répéter ses exigences financières à l'égard de ses Alliés.

«Éradiquer le terrorisme»

Il les a exhortés à «éradiquer le terrorisme», après avoir demandé une minute de silence pour les victimes de l'attentat de Manchester (22 morts) revendiqué par l'organisation État islamique.

«L'OTAN du futur doit se concentrer sur le terrorisme et l'immigration, ainsi que sur les menaces de la Russie et les frontières à l'est et au sud de l'OTAN», a insisté M. Trump.

«Nous devons êtres durs» et «vigilants» sur l'immigration, a martelé M. Trump, qui avait durement critiqué la chancelière allemande Angela Merkel pour avoir ouvert les bras aux réfugiés. «Des milliers et des milliers de personnes se répandent dans nos différents pays et se dispersent, et dans de nombreux cas, nous ne savons pas qui ils sont».

«Les membres de l'OTAN doivent enfin contribuer équitablement et remplir leurs obligations financières», a-t-il réclamé dans un discours clairement destiné à sa base électorale aux États-Unis.

«Ceci est injuste pour les gens et contribuables» américains, a-t-il estimé, soulignant que 23 des 28 pays membres ne payaient «toujours pas ce qu'ils devraient».

M. Trump visait les pays de l'OTAN dont le budget militaire n'atteint pas 2% du PIB, cap fixé pour 2024.

Le magnat de l'immobilier n'a pas résisté à lancer une pique moqueuse sur le coût du nouveau siège (1,1 milliard d'euros): «Je n'ai jamais demandé combien cela avait coûté».

Pour l'accommoder, les Européens ont accepté jeudi que l'OTAN devienne membre à part entière de la coalition internationale contre l'EI en Irak et en Syrie, ce que Washington réclamait depuis plus d'un an.

Des pays comme la France, l'Allemagne ou l'Italie étaient jusqu'ici réticents, craignant que cela détériore encore davantage l'image de l'Alliance dans le monde arabe, bien que les États membre participent à titre individuel à cette coalition. 

Les fuites sous enquête

La première visite du M. Trump à Bruxelles avait démarré jeudi matin par un étalage de divergences avec l'Union européenne.

Que ce soit sur la Russie, avec laquelle les relations de l'OTAN et de l'UE sont  glaciales depuis le début de la crise ukrainienne, sur le réchauffement climatique ou le libre-échange, difficile de trouver une «position commune», a reconnu le président du Conseil européen, Donald Tusk.

Et la première ministre britannique, Theresa May, n'a pu cacher son irritation devant des fuites, dans la presse américaine, d'informations cruciales dans l'enquête sur l'attentat de Manchester.

Mme May a profité du sommet de l'OTAN pour signifier à M. Trump «que l'information que nous partageons doit rester confidentielle».

Soucieux de calmer cette polémique, M. Trump a ordonné que le Département de la Justice diligente une enquête interne pour débusquer les responsables ayant transmis ces informations aux médias.

«Les coupables devront être poursuivis avec toute la rigueur de la loi», a promis le locataire de la Maison-Blanche.




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