Theresa May demande aux électeurs un mandat clair pour le Brexit

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Theresa May

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Alice RITCHIE
Agence France-Presse
Halifax

Theresa May a demandé jeudi aux Britanniques de «renforcer» sa main en vue des négociations du Brexit lors des législatives du 8 juin, promettant de limiter l'immigration non européenne, puis celle en provenance de l'UE.

«Venez me rejoindre au moment où je me bats pour le Royaume-Uni», a lancé, combative, la première ministre britannique lors de la présentation à Halifax (nord de l'Angleterre) du programme du Parti conservateur pour les élections.

Au moment où le pays embarque pour le «grand voyage» du Brexit, la cheffe du gouvernement conservateur a insisté sur l'importance d'avoir un «mandat clair» afin d'arracher «le meilleur accord possible» lors des négociations de sortie de l'Union européenne.

«Les cinq années à venir seront un tournant pour le Royaume-Uni, un moment fondateur et un défi. Chaque vote pour moi et mon équipe va renforcer ma main pour les négociations», a-t-elle martelé lors de son discours prononcé dans une ancienne fabrique à tapis du XIXe siècle, devant tous les poids lourds de son gouvernement.

Au pouvoir depuis 2010, les Tories caracolent en tête des sondages à trois semaines de ce scrutin anticipé après lequel on devrait entrer dans le vif du sujet des négociations sur le Brexit.

Une étude Ipsos-Mori, réalisée auprès d'un échantillon de 1053 Britanniques et publiée jeudi, suggère cependant une forte progression du Labour depuis la publication de son programme résolument à gauche : le parti de Jeremy Corbyn gagne huit points pour grimper à 34% des intentions de vote, mais reste toutefois distancé par les Tories, à 49%.

Les autres partis sont relégués au rang de faire-valoir, avec les libéraux-démocrates (europhiles) à 7% et le parti europhobe Ukip à seulement 2%, alors qu'il était la troisième force politique du pays à l'issue des législatives de 2015 avec 12,6% des voix.

Les conservateurs, en plaçant la question de l'immigration au coeur de leur programme, ont privé l'Ukip de son principal argument de campagne. Et Mme May ne s'est pas privée jeudi de répéter l'objectif de ramener le solde migratoire net à moins de 100 000 personnes par an, contre 273 000 en 2016, une promesse que les Tories peinent à remplir depuis des années.

«Analphabète»

Le thème de l'immigration a tenu une place centrale dans le référendum du 23 juin 2016 lors duquel les Britanniques ont voté à près de 52% en faveur du Brexit.

Évoquant la «pression sur les bas salaires et les services publics», Mme May compte d'abord faire baisser le nombre des arrivées en dehors de l'UE avec une augmentation de la taxe patronale pour employer ces immigrés.

Actuellement, cette taxe s'établit à 364 livres (420 euros) par an pour les petites entreprises et jusqu'à 1000 livres pour les moyennes et grandes entreprises.

Après la sortie de l'UE et du marché unique dans moins de deux ans, le Royaume-Uni pourra ensuite commencer à limiter aussi le nombre d'immigrés européens, ce qui lui est impossible pour l'instant en raison du principe de libre circulation.

Cet objectif, réaffirmé alors que le pays affiche son taux de chômage le plus bas depuis 1975, à 4,6%, essuie cependant les critiques, y compris au sein des rangs conservateurs.

Le quotidien The Evening Standard, dont l'ancien ministre conservateur des Finances George Osborne est le nouveau rédacteur en chef, évoque ainsi une décision «analphabète sur le plan économique» qui demeure un «mystère».

Mme May risque aussi de mécontenter une autre catégorie de son électorat avec son programme, les personnes âgées, puisqu'elle compte raboter certaines aides pour financer le secteur des soins en crise.

Quelques dizaines de manifestants protestaient jeudi à Halifax derrière des banderoles appelant à «virer les Tories» accusés de ruiner le système de santé NHS. À cet égard, Mme May a fait un choix fort en venant présenter son programme dans une circonscription détenue par le parti travailliste depuis 1987, mais qu'elle compte bien ravir au Labour dans trois semaines.

Pas de négociations «avant la mi-juin»

BRUXELLES - Les négociations du Brexit ne commenceront pas «avant la mi-juin», estime le négociateur en chef de l'UE Michel Barnier, espérant que le climat politique au Royaume-Uni sera plus favorable à un accord après les élections législatives, selon un document de la Commission européenne consulté jeudi par l'AFP.

Les Européens doivent finaliser le 22 mai leurs préparatifs des négociations avec Londres, mais «compte tenu de la convocation, ce 8 juin, d'élections législatives au Royaume-Uni, elles ne seront pas de fait engagées avant la mi-juin», selon ce procès-verbal d'une réunion de l'exécutif européen tenue début mai.

Le Français Michel Barnier, qui négociera au nom des 27, espère «que le climat de politique intérieure au Royaume-Uni sera plus propice à un accord» après ce rendez-vous électoral, selon le document, suggérant que la période pré-électorale durcit la position britannique face à Bruxelles.

M. Barnier considère sans surprise que la question du «règlement financier», c'est-à-dire du paiement par Londres de tous les engagements financiers pris au sein de l'UE, «sera sans doute l'une des plus difficiles de la négociation».

«Or, si aucun accord n'est trouvé sur ce point, il estime que le risque d'une absence d'accord sur le retrait ordonné du Royaume-Uni deviendrait réel, puisqu'aucun des 27 États membres ne veut contribuer davantage au cadre financier pluriannuel actuel ni recevoir moins en projets financés par ce cadre», est-il écrit dans le procès-verbal.

Un accord sur une «méthodologie claire» pour calculer ce montant --évalué à ce stade côté européen à environ 60 milliards d'euros-- devra être trouvé lors de la première phase des négociations. Celle-ci devra aussi permettre d'avoir un accord sur deux autres sujets: le sort après le Brexit des expatriés européens au Royaume-Uni et la question de la frontière irlandaise.

Il faudra impérativement un accord sur ces trois points selon Bruxelles pour pouvoir entamer la «seconde étape» des négociations. Celle-ci porterait sur «le cadre des relations futures entre l'Union et le Royaume-Uni», pour esquisser notamment l'accord de libre-échange post-Brexit, et mettre en place des «dispositions transitoires».

M. Barnier a détaillé lors de cette réunion son calendrier prévisionnel: un accord sur la première phase «entre octobre et décembre 2017», puis un lancement de la «seconde étape» entre «décembre 2017 et le printemps 2018», puis une «finalisation» de l'accord de retrait «vers octobre 2018».

Il resterait ainsi six mois, jusqu'en mars 2019, «pour achever le processus de ratification» de l'accord de divorce.

Le négociateur européen propose des tractations structurées «autour d'un cycle de quatre semaines»: une semaine de préparation des travaux à 27, une deuxième pour échanger des documents avec le Royaume-Uni, une troisième pour négocier, et une dernière semaine «pour rendre compte des résultats aux 27 États membres et au Parlement européen».




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