Turquie: Erdogan somme l'UE de relancer les négos, «sinon au revoir»

Le président turc Recep Tayyip Erdogan avait officiellement coupé... (PHOTO REUTERS)

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Le président turc Recep Tayyip Erdogan avait officiellement coupé ses liens avec l'AKP lorsqu'il avait été élu président en août 2014, comme le prévoyait alors la Constitution, mais avait conservé une large influence sur le parti qu'il avait pris soin de truffer de fidèles.

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Luana Sarmini-Buonaccorsi, Gokan Gunes
Agence France-Presse
Ankara, Istanbul

La Turquie est prête à dire «au revoir» à l'Union européenne si celle-ci n'ouvre pas de nouveaux chapitres de négociations d'adhésion avec Ankara, a affirmé mardi le président Recep Tayyip Erdogan, peu après avoir commencé à appliquer une réforme renforçant ses pouvoirs.

«Vous n'avez d'autre choix que d'ouvrir les chapitres (de négociation d'adhésion) que vous n'avez pas ouverts», a déclaré M. Erdogan lors d'un discours à Ankara. «Si vous les ouvrez, très bien. Dans le cas contraire, au revoir», a-t-il lancé.

Ces déclarations surviennent alors que les relations entre Ankara et Bruxelles, houleuses depuis le putsch manqué du 15 juillet en Turquie, se sont fortement tendues pendant la campagne pour le référendum constitutionnel sur le renforcement des pouvoirs de M. Erdogan.

M. Erdogan a d'ailleurs adressé son message à l'UE lors d'un discours marquant sa réadmission dans les rangs du Parti de la justice et du développement (AKP,), première disposition de la réforme constitutionnelle à être appliquée.

La courte victoire de M. Erdogan lors du référendum du 16 avril sur cette réforme constitutionnelle a été accueillie par le silence par les capitales européennes, inquiètes de la situation des droits de l'Homme en Turquie. Et son résultat est contesté par l'opposition turque qui dénonce des irrégularités.

«Grand sommet Turquie-UE»

Le processus d'adhésion d'Ankara à l'UE est actuellement dans les limbes et des progrès semblent improbables à court terme. Depuis le début officiel des pourparlers, en 2005, 16 chapitres sur 35 ont été ouverts, le dernier en juin 2016.

Si l'Autriche réclame l'arrêt des négociations d'adhésion de la Turquie à l'UE, les responsables à Bruxelles appellent à ne pas rompre les liens avec Ankara, qui reste un important partenaire, notamment sur le dossier migratoire et dans la lutte antiterroriste.

Le président du Conseil européen Donald Tusk compte ainsi avoir une discussion avec le président turc lors d'un sommet de l'OTAN le 25 mai à Bruxelles.

Le chef de la diplomatie turque, Mevlüt Cavusoglu, a confirmé mardi que des responsables turcs et de l'UE allaient s'entretenir en marge de ce sommet, ajoutant qu'un «grand sommet Turquie-UE» se tiendrait à une date ultérieure.

Le chef de l'État turc a plusieurs fois évoqué une possible consultation populaire afin de décider de poursuivre ou non le processus d'adhésion à l'UE. Il s'est également prononcé en faveur du rétablissement de la peine de mort en Turquie, une ligne rouge pour Bruxelles.

«Mon parti, mon amour»

Adepte d'un style politique musclé, M. Erdogan s'est autorisé mardi à verser quelques larmes pendant la cérémonie qui a officialisé sa réintégration au sein de l'AKP, parti qu'il a cofondé en 2001 et qui domine depuis 15 ans la scène politique turque.

«Je retrouve aujourd'hui mon parti, mon nid, mon amour», s'est ému M. Erdogan, qui avait officiellement quitté l'AKP lorsqu'il a été élu président en août 2014, comme le prévoyait alors la Constitution, remettant les clés du parti à Ahmet Davutoglu, puis à Binali Yildirim en 2016.

M. Erdogan doit reprendre les rênes de l'AKP lors d'un congrès extraordinaire du parti le 21 mai, ce qui lui permettra de mettre fin aux rivalités internes et de préparer les prochaines élections législatives et présidentielle, prévues en 2019.

Les détracteurs de M. Erdogan critiquent une mesure qui met fin à l'impartialité du président, mais ce dernier rétorque que le fondateur de la République, Mustafa Kemal, était lui aussi à la tête de son parti lorsqu'il dirigeait la Turquie.

«Erdogan veut être maître du parti de jure et pas seulement de facto afin que ses décisions au sujet des investitures ne soient pas remises en question», souligne Samim Akgönül, politologue et enseignant à l'Université de Strasbourg (France).

Le référendum sur la révision constitutionnelle renforçant les prérogatives du président a été remporté par le camp du oui à 51,41 %.

La révision constitutionnelle, dont la plupart des dispositions entrent en vigueur en 2019, prévoit la suppression de la fonction de premier ministre au profit d'un hyperprésident qui pourra émettre des décrets et aura une main dans le domaine judiciaire.




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