Allemagne: le congrès des populistes sous haute tension

Des policiers repoussent des manifestants qui tentent d'entrer... (PHOTO Odd ANDERSEN, AGENCE FRANCE-PRESSE)

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Des policiers repoussent des manifestants qui tentent d'entrer dans l'hôtel Maritim, où a lieu le congrès de l'Alternative pour l'Allemagne, le 22 avril à Cologne.

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Deborah COLE
Agence France-Presse
COLOGNE

Les populistes allemands de l'AfD ont entamé samedi un congrès de deux jours marqué par d'intenses luttes internes à cinq mois des élections législatives et perturbé par des contre-manifestations émaillées d'incidents avec les forces de l'ordre.

Deux policiers ont été légèrement blessés dans des échauffourées avec des manifestants qui ont tenté d'empêcher les quelque 600 délégués de l'Alternative pour l'Allemagne de rejoindre un hôtel du centre de Cologne, où leur congrès se tient jusqu'à dimanche.

Jusqu'à 50 000 manifestants, encadrés par 4000 officiers de police, sont attendus ce week-end. L'an passé à Stuttgart, des heurts attribués à l'extrême gauche avaient éclaté.

La réunion de l'AfD est censée résorber la fracture entre les « réalistes » du parti, qui veulent rompre avec les discours réputés d'extrême droite, et les tenants d'une ligne plus dure, habitués aux dérapages verbaux, notamment racistes.

Mais une réconciliation paraît peu probable après l'échec, en tout début de congrès, de la codirigeante du parti Frauke Petry à rallier les membres du parti autour d'un programme modéré, basé sur sa stratégie de « realpolitik ».

Les délégués ont en effet refusé de mettre au vote sa motion, infligeant selon le Bild Zeitung, journal le plus lu d'Allemagne, un cuisant « revers » à la télégénique Mme Petry, enceinte de son cinquième enfant.

Dans un plaidoyer fervent, elle a réaffirmé sa conviction que le parti pourrait prendre le pouvoir dès 2021 s'il adoptait une stratégie plus modérée.

Les membres du parti doivent décider « si l'AfD peut devenir, aux yeux des électeurs, une option réaliste pour une prise de pouvoir en 2021 » et « comment » il peut atteindre cet objectif, a-t-elle lancé samedi.

Répondre à l'érosion

La recherche d'une ligne commune est d'autant plus importante pour le parti que les hostilités entre factions nourrissent sa baisse de popularité.

Il avait pourtant connu un essor fulgurant lors de la crise migratoire de 2015-2016, lorsque la chancelière conservatrice Angela Merkel avait ouvert son pays à plus d'un million de demandeurs d'asile.

Frauke Petry avait surpris son monde en annonçant mercredi ne pas vouloir être tête de liste aux élections, plongeant le parti dans l'embarras faute d'autre candidat.

La formation, qui se revendique anti-islam, eurosceptique et porteuse des valeurs familiales traditionnelles, pourrait en conséquence décider de partir en campagne sans réelle figure de proue.

La jeune femme de 41 ans n'a de cesse de souligner que « les tensions internes » et les propos polémiques ont conduit « à une érosion drastique du potentiel électoral » de la formation.

Inspirée par la Française Marine Le Pen, elle veut élargir son électorat dans un pays encore marqué par son passé nazi. Mais les tenants d'une ligne plus dure sont majoritaires parmi les militants de l'AfD, notamment dans les bastions de l'Est.

Guerre de chefs

Son principal adversaire en interne, Alexander Gauland, 76 ans, avait ainsi vivement critiqué Mme Petry, lui intimant de retirer sa motion au congrès.

M. Gauland a fait aussi jusqu'ici échouer les efforts de Frauke Petry pour exclure les cadres du parti ayant tenu des propos controversés sur le nazisme.

Il y a peu encore, le parti volait de succès en succès, parvenant à entrer dans 11 des 16 assemblées régionales allemandes. Des sondages lui donnaient alors jusqu'à 15 % des voix.

Mais, entre crise interne et baisse du flux migratoire, la formation a enregistré un repli conséquent depuis janvier (7 à 11 % selon les études).

Ce niveau reste historique pour un parti de ce type dans l'Allemagne d'après-guerre, mais l'objectif d'obtenir un résultat à deux chiffres en septembre et de devenir le troisième parti du pays est loin d'être acquis.

Autre mauvaise nouvelle pour l'AfD: l'urgence migratoire est passée, et après l'adoption d'une série de mesures pour accélérer les expulsions, Mme Merkel, qui vise un quatrième mandat, a vu sa popularité remonter.

Les sociaux-démocrates, conduits par l'ex-président du Parlement européen Martin Schulz, connaissent aussi une embellie.




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