Présidentielle en France: la campagne repart après le maintien de Fillon

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Après des semaines de tourmente marquées par des appels insistants à renoncer, la fin officielle de cette crise laisse néanmoins des traces : François Fillon doit reconstruire une équipe de campagne laminée par les désertions, rassembler un camp au-delà de l'unité de façade et faire face aux juges

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Béatrice LE BOHEC
Agence France-Presse
Paris

Le candidat conservateur à l'élection présidentielle française François Fillon, fort du soutien arraché à son camp malgré ses déboires judiciaires, relance sa campagne mardi, à moins de cinquante jours du premier tour d'un scrutin où il a perdu son statut de favori.

Après des semaines de tourmente marquées par des appels insistants à renoncer, la fin officielle de cette crise laisse néanmoins des traces : François Fillon doit reconstruire une équipe de campagne laminée par les désertions, rassembler un camp au-delà de l'unité de façade et faire face aux juges.

L'objectif majeur vise à reconquérir l'opinion: après avoir fait la course en tête des sondages depuis sa large désignation à la primaire de novembre, M. Fillon, 63 ans, est donné éliminé au premier tour le 23 avril par la chef de l'extrême droite Marine Le Pen et le centriste Emmanuel Macron.

Derrière ce trio de tête figurent le socialiste Benoît Hamon puis le candidat de la gauche radicale Jean-Luc Mélenchon, qui ne sont pas parvenus à trouver une entente pour une candidature commune.

Tous les candidats s'exaspèrent de voir cette campagne électorale, à l'issue encore très incertaine, vampirisée par le feuilleton judiciaire de l'affaire Fillon qui passionne les Français.

Lundi soir, Benoît Hamon qui peine à imposer ses thèmes novateurs comme le revenu universel ou la transition écologique a ainsi jugé «incroyablement régressif pour une démocratie que de ne faire campagne que sur les déboires de François Fillon».

«On regrette que tout ce bruit fasse obstacle à la clarté du débat», abonde Alexis Corbière, porte-parole de Jean-Luc Mélenchon, en notant que «l'horloge tourne» pour pouvoir débattre «projet contre projet».

François Bayrou, soutien-clé d'Emmanuel Macron, juge pour sa part que la volte-face du camp Fillon donne «un sentiment incroyable de perte de contrôle».

Selon la presse mardi, le candidat de la droite a certes remporté une victoire à l'usure en obtenant la veille un «soutien unanime» de son parti après le renoncement de l'ex-premier ministre Alain Juppé à jouer les candidats de remplacement. Mais ajoutent les commentateurs, le plus dur reste à faire.

«Si elle veut sauver ce qui peut l'être, la droite doit repartir en campagne, et vite! Et donc serrer les rangs derrière le seul candidat encore debout: François Fillon», juge ainsi le quotidien conservateur Le Figaro, avant d'ajouter: «est-ce à dire que la bataille sera facile? Évidemment non.»

Le carré de fidèles resté à ses côtés veut croire à une remise en selle immédiate.

«Dialogue avec le peuple»

«Maintenant, place à ce dialogue entre François Fillon, le candidat, et le peuple de France», a lancé mardi le coordinateur de sa campagne, Bruno Retailleau. Son entourage promet «un discours de mobilisation et de rassemblement de la droite et du centre» lors de sa réunion prévue mardi soir à Orléans (centre).

Déjà secoué par les révélations de la presse sur des soupçons d'emplois fictifs visant son épouse Penelope et deux de ses enfants, François Fillon a lui-même donné une tournure dramatique à l'affaire en annonçant la semaine dernière qu'il serait convoqué le 15 mars par les juges en vue de son inculpation.

Cette annonce, lors d'une conférence de presse suivie par des journalistes du monde entier, a provoqué une cascade de désertions dans son camp: son directeur de campagne, son conseiller à l'international, son trésorier et plus de 300 élus ont fait défection.

Mais le secrétaire général de son parti Les Républicains, Bernard Accoyer, assure qu'il y a déjà «un certain nombre de contacts avec ceux qui s'étaient éloignés» face au système de défense adopté par le candidat conservateur qui a crié à «l'assassinat politique» et mis en cause l'impartialité des juges.

Le parti du centre UDI, qui avait «suspendu» son soutien, a indiqué souhaiter «la reprise des discussions dès maintenant». Une réunion est prévue dans la soirée.

Selon le chef de file des députés de droite, Christian Jacob, les maîtres mots sont maintenant «unité et rassemblement». «On a décidé de faire campagne à fond parce que le seul moyen de gagner cette présidentielle, c'est d'être mobilisés».




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