La Turquie accuse l'Allemagne d'oeuvrer contre Erdogan

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Le président turc Recep Tayyip Erdogan salue les gens venus assister à sa conférence, le 3 mars à Istanbul.

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Luana Sarmini-Buonaccorsi, Gokan Gunes
Agence France-Presse
Ankara et Istanbul

Ankara et Berlin ont échangé vendredi sur un ton acrimonieux des accusations d'atteintes à la liberté d'expression, après l'annulation de rassemblements en Allemagne en soutien au président Recep Tayyip Erdogan, au grand dam de la Turquie.

Alors que les dirigeants turcs multiplient depuis jeudi soir les salves verbales, la chancelière Angela Merkel a, à son tour, dégainé vendredi et maintenu ses critiques déjà formulées sur la situation de la liberté de la presse en Turquie.

Ce pic de tension survient après l'annulation jeudi par des autorités locales allemandes de rassemblements visant à promouvoir le oui lors d'un référendum le 16 avril sur une réforme constitutionnelle renforçant les pouvoirs de M. Erdogan, accusé de dérive autoritaire.

Les turbulences entre Berlin et Ankara, omniprésentes depuis le putsch manqué de juillet en Turquie, avaient viré à l'orage après l'incarcération mardi d'un journaliste germano-turc en Turquie, Deniz Yücel, une mesure critiquée par Mme Merkel.

« Ils ne veulent pas que les Turcs fassent campagne ici, ils oeuvrent pour le non », a accusé vendredi le chef de la diplomatie turque Mevlüt Cavusoglu. « Ils veulent empêcher l'émergence d'une Turquie forte », a-t-il ajouté.

En signe de défi, le ministre de l'Économie Nihat Zeybekci a assuré qu'il se rendrait en Allemagne pour faire campagne dimanche, se disant prêt à « aller de maison en maison, de café en café » s'il n'était pas autorisé à tenir un rassemblement.

En déplacement à Tunis, la chancelière allemande a nié toute implication de son gouvernement dans l'annulation des rassemblements, un démenti assorti d'une critique : il est « approprié de notre part de critiquer les atteintes à la liberté de la presse » en Turquie, a-t-elle commenté.

Malgré des altercations récurrentes ces derniers mois - notamment sur la liberté d'expression -, ces deux piliers de l'OTAN aux liens historiques sont des partenaires incontournables.

Berlin et Ankara ont ainsi directement négocié un pacte migratoire UE-Turquie qui a permis d'assécher le flux de passages clandestins vers l'Europe. Le regain de tension survient à l'approche de l'anniversaire de la signature de cet accord, le 18 mars 2016.

Alerte à la bombe

Évoquant des difficultés logistiques, les autorités allemandes ont annulé jeudi la tenue d'un rassemblement à Gaggenau (sud-ouest) visant à promouvoir le oui lors du référendum le 16 avril.

La mairie de Gaggenau a été évacuée vendredi après une menace à la bombe envoyée par une personne dénonçant l'annulation de cette réunion auquel devait notamment participer le ministre turc de la Justice Bekir Bozdag. Mais la police n'a trouvé aucun engin explosif.

Parallèlement, la ville de Cologne, dans l'ouest, a indiqué qu'elle n'autoriserait pas la tenue d'un rassemblement prévu dimanche avec le ministre turc de l'Économie, M. Zeybekci, dans la salle d'une mairie de quartier.

En réaction, M. Bozdag avait renoncé à rencontrer son homologue allemand jeudi soir. Vendredi, il a qualifié l'annulation du rassemblement de « mesure fasciste ». Le ministre allemand de la Justice Heiko Maas a écrit une lettre à M. Bozdag dans laquelle il déplore l'annulation de leur entretien.

Les autorités turques ont également convoqué jeudi soir l'ambassadeur d'Allemagne à Ankara pour protester contre l'annulation des rassemblements.

Le porte-parole du ministère allemand des Affaires étrangères Martin Schäfer a toutefois affirmé vendredi que « le gouvernement fédéral n'avait aucune influence » sur ces décisions prises par les autorités locales.

« Les autorisations sont décidées au niveau communal », a complété Mme Merkel lors de son déplacement à Tunis.

Le mois dernier, le premier ministre turc Binali Yildirim s'était ainsi exprimé lors d'un rassemblement à Oberhausen (ouest de l'Allemagne) devant des milliers de sympathisants du pouvoir turc.

Le gouvernement allemand avait été vivement critiqué par l'opposition pour avoir accepté la tenue de ce rassemblement favorable au renforcement des pouvoirs de M. Erdogan, accusé par ses détracteurs de dérive autoritaire, notamment depuis le putsch avorté.

Après le coup de force, les autorités turques ont lancé des purges d'une ampleur sans précédent : plus de 43 000 personnes ont été incarcérées et plus de 100 000 limogées ou suspendues.

En retour, Ankara accuse régulièrement les autorités allemandes d'héberger des « terroristes », une expression désignant notamment des membres du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) et des putschistes présumés.




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